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Espace : la Lune, de plus en plus convoitée ?

La Lune est de plus en plus convoitée. 
La Lune est de plus en plus convoitée. 
©AP Photo Marco Ugarte

Une annonce forte en symbole. C'est le jour d'une éclipse totale de la Lune, ce lundi 21 janvier, que l'Europe a dévoilé ses ambitions : mener sa propre mission lunaire avant 2025. Cinquante ans après les premiers pas de l'homme sur la Lune, l'astre est au centre de toutes les attentions. L'Inde, Israël et le Japon comptent aussi se lancer à sa conquête dans les prochains mois. Pourquoi ? Entretien avec Patrick Baudry, astronaute français et conférencier pour des entreprises.
 

2019 marque le 50 ème anniversaire des premiers pas sur la Lune, mais pas seulement. Début janvier, la Chine est devenue la première nation à explorer sa face cachée.

A ce jour, seuls trois pays se sont posés à la surface de la Lune : la Russie, les Etats-Unis et la Chine. Mais bientôt l'Europe pourrait aussi faire ce pas de géant, ce qui constituerait une première pour l'Europe de l'espace.

TV5MONDE : L'Europe envisage d'aller sur la Lune avant 2025, quel est l'objectif d'une telle mission ?

Patrick Baudry : L'Europe veut aller sur la Lune parce que c'est une question davantage de communication que d'objectif et de défi réel. Les Américains, les Russes, les Chinois et peut-être d'autres bientôt, vont aller sur la Lune, mais vraiment y aller pour exploiter les ressources lunaires... L'Europe n'a toujours aucun projet, aucun objectif dans le domaine du vol habité. L'exploitation du régolithe lunaire (débris de roche souterraine, ndlr) se fera de manière bien plus efficace avec la présence de l'homme que sans la présence de l'homme.

C'est une belle phrase "l'Europe va se rendre sur la Lune" mais concrètement je suis un peu sceptique sur ce que ça signifie. Je crois que dans les années qui viennent, il va se passer beaucoup de choses importantes venant des Etats-Unis et de la Chine notamment et pas seulement. J'aurais aimé qu'on ait une ambition plus affirmée et plus précise quant à notre présence et ce que l'on va faire sur la Lune. 

Je crois qu'on est un grand pays, l'Europe est un grand assemblage de pays extrêmement compétents, je ne vois pas pourquoi on est toujours à la traîne des autres. Cela je n'arrive pas à le comprendre surtout dans le domaine de la haute technologie. On a démontré que dans tous les domaines disons automatiques et économiquement importants, on pouvait être au niveau des plus grands. Pourquoi dans le domaine des vols habités, dans des domaines qui vont s'avérer extrêmement importants, pourquoi ne sommes-nous pas présents ?    

D'autres pays comme l'Inde, Israël et le Japon ont les mêmes ambitions. Pourquoi ces pays misent-ils sur la Lune ?

La communication n'a pas qu'un côté négatif c'est quelque chose d'important. Cela démontre aussi quelque part l'intention d'un Etat et surtout ses capacités. Ces pays, que ce soit l'Inde bien sûr qui est un pays immense avec une population extrêmement importante, il est normal que géopolitiquement elle se positionne, c'est naturel.  

Pour l'Inde c'est une ambition. Pour Israël bien sûr aussi. Et le contexte géopolitique est vraiment très sensible donc on peut deviner qu'il y ait des intentions différentes mais là encore on peut se dire Israël pense à l'avenir, veut conserver une indépendance et une sécurité. Elle se projette sur des objectifs de ce type, ça semble naturel. Mais l'Europe encore une fois, pourquoi sommes-nous aussi modestes ? 

Aller sur la Lune, c'est aussi un défi commercial pour ces pays ? 

C'est un défi commercial mais à différents niveaux. Commençons par la Chine qui est évidemment le pays le plus important. Elle n'a pas d'énergie fossile. Le pétrole est pratiquement absent du pays. Le fossile, le charbon, ils en ont mais on sait aujourd'hui que le charbon a perdu un peu de son attractivité. Donc, la Chine n'a  pas de pétrole et il sera sans doute possible de faire de l'énergie à partir de certains minerais, notamment de molécules... Il se peut que la Chine ait pour objectif de subvenir à ses besoins et d'être un grand pays énergétique dans le demi-siècle qui vient et on peut supposer que c'est une des raisons pour laquelle elle veut être présente sur la Lune et envoyer l'homme sur la Lune. 

Pourquoi la Lune a-t-elle été abandonnée ces dernières années ?

Simplement parce qu'on a manqué d'ambitions, parce qu'aucun des grands axes qui ont présidé aux décisions des grands Etats ces dernières trentes années. Aucune de ces ambitions n'a été vraiment au-delà des rêves et c'est dommage. Le pays en pointe ce sont les Etats-Unis, c'est eux qui donnent la mesure et à l'évidence, ils n'avaient aucune envie de mettre des budgets importants pour aller sur la Lune alors qu'ils en étaient capables et que les autres se sont contentés de faire le minimum nécessaire. Donc c'est vrai on a complètement oublié la Lune. Tous ces entrepeneurs qu'on a vu émerger ces dernières années, ces dernières décennies nous ont montré qu'il était aussi important d'aller plus loin et d'en tirer les conséquences et surtout les bénéfices économiques. 

Est-ce que la Lune est une étape vers mars ?

La meilleure stratégie pour aller sur Mars ne consiste pas à faire escale sur la Lune. Il faut y aller directement, produire les ressources dont on a besoin pour en revenir de la surface de la planète Mars et ensuite envoyer l'homme. Ça c'est le scénario le plus économique et le plus intelligent mais également le plus ambitieux. Une fois encore je me demande pourquoi on se réfugie dans des solutions conservatrices alors qu'au contraire dans ce domaine il faudrait s'attaquer à des solutions vraiment plus ambitieuses et beaucoup plus porteuses de bénéfices de toutes sortes.

Donc pour moi la Lune ce n'est pas une étape nécessaire pour aller sur Mars, pas du tout. C'est un objectif différent. La Lune c'est une partie de la Terre, elle fait partie de notre environnement immédiat, il serait normal qu'on aille la voir, en exploiter les ressources et les potentialités.  Mars, c'est une autre planète, il faut aller sur cette autre planète pour perfectionner approfondir notre connaissance de l'univers. Ce sont deux objectifs différents.