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Espace : la Russie va se retirer de la Station Spatiale Internationale fin 2024

Photo de l'ISS prise depuis le module Atlantis en septembre 2000. Le premier équipage de la station, l'Américain Bill Shepherd et les Russes Sergei Krikalev et Yuri Gidzenko - arrivèrent deux mois plus tard commençant une collaboration de plus de 20 ans et qui prendra fin dans deux ans comme annoncé ce 26 juillet 2022 par le nouveau directeur de l'agence spatiale russe Iouri Borissov.
Photo de l'ISS prise depuis le module Atlantis en septembre 2000. Le premier équipage de la station, l'Américain Bill Shepherd et les Russes Sergei Krikalev et Yuri Gidzenko - arrivèrent deux mois plus tard commençant une collaboration de plus de 20 ans et qui prendra fin dans deux ans comme annoncé ce 26 juillet 2022 par le nouveau directeur de l'agence spatiale russe Iouri Borissov.
© NASA via AP

Après que l’agence spatiale européenne ait annoncé mettre un terme à sa collaboration avec la Russie sur la mission ExoMars, c’est au tour de la Russie d’annoncer qu'elle allait arrêter de participer à la Station spatiale internationale (ISS) "après 2024".

Modèle de coopération internationale réunissant l'Europe, le Japon, les États-Unis et la Russie, l'ISS a commencé à être assemblée en 1998, avec le lancement du module russe Zarya, suivi par le module Unity de la NASA un mois plus tard.

L’assemblage complet de la station ne s’est achevé qu’en 2011. Sa retraite était prévue en 2024, mais la NASA a estimé qu'elle pouvait fonctionner jusqu'en 2030. Ce prolongement était soumis à l'approbation du Congrès. L'élection de Biden l'a confirmé et c'est l'administration Biden-Harris qui décide de prolonger les activités de la Station spatiale internationale jusqu’en 2030 le 31 décembre dernier

La question de la désorbitation de ce gigantesque objet spatial vieillissant devait être envisagée en 2030. C’est une opération délicate et surtout très coûteuse comme nous l'explique cette vidéo du CNES en mai 2021.
 

C’était sans compter le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine qui va envenimer les relations de l'Union européenne et des États-Unis avec un de ses principaux partenaires qui va remettre plus tôt que prévu ce problème sur la table.

Or la Russie joue un rôle clé dans le maintien en orbite de la station.

"Les Russes ont été de bons partenaires"

L'annonce russe de vouloir se retirer de l'ISS intervient une dizaine de jours après la nomination à la tête de l'Agence spatiale russe (Roscosmos) d'un nouveau patron, Iouri Borissov, qui a remplacé Dmitri Rogozine, connu pour son style abrasif et son nationalisme outrancier.

"Nous allons sans doute remplir toutes nos obligations à l'égard de nos partenaires" de l'ISS, déclare Iouri Borissov, reçu au Kremlin par le président russe Vladimir Poutine, "mais la décision de quitter cette station après 2024 a été prise".

Quelques minutes plus tard, la Nasa a dit ne pas avoir reçu de notification "officielle" d'un tel retrait après cette date.

"Nous n'avons reçu aucune déclaration officielle de notre partenaire concernant la nouvelle d'aujourd'hui", déclare Robyn Gatens, la directrice de l'ISS à la Nasa, lors d'une conférence spatiale à Washington. "Donc nous allons donc davantage discuter de leurs plans."

Interrogée pour savoir si les États-Unis souhaitaient voir les Russes se retirer de l'ISS, Robyn Gatens a répondu : "Non, absolument pas. Ils ont été de bons partenaires, tout comme tous nos partenaires, et nous voulons continuer ensemble, en tant que partenariat, à opérer la station spatiale durant la décennie."

La Station spatiale est issue d'une immense collaboration internationale et la Nasa a maintes fois répété qu'elle ne pouvait fonctionner sans les contributions des différents partenaires.

Transition vers une offre commerciale

Mais la Nasa a déjà commencé à préparer une transition vers des stations commerciales. Elle aide d'ores et déjà à leur développement et elle souhaite louer leurs services une fois l'ISS mise à la retraite. C'est ainsi qu'elle a annoncé en décembre 2021 allouer les sommes suivantes à trois sociétés privées : 
 
  • Blue Origin of Kent, à Washington, pour 130 millions de dollars
  • Nanoracks LLC, à Houston pour 160 millions de dollars
  • Northrop Grumman Systems Corporation de Dulles, en Virginie, pour 125.6 millions de dollars
"Les Russes, tout comme nous, réfléchissent à ce qui va venir pour eux", temporise Robyn Gatens. "Tout comme nous planifions une transition après 2030 vers des stations commerciales en orbite basse, ils ont un projet similaire. Donc ils pensent à cette transition aussi."

"Je pense que d'ici là, nous commencerons à créer la station orbitale russe", qui sera "la principale priorité" du programme spatial national, a poursuivi Iouri Borissov.

"L'avenir des vols habités russes doit se baser avant tout sur un programme scientifique systémique et équilibré pour que chaque vol nous enrichisse en connaissances dans le domaine spatial", a-t-il précisé.

Quel avenir pour les vols habités ?

Pour l'analyste spatial russe Vitali Egorov, cette décision va signifier "une pause de plusieurs années pour les vols habités russes", car la Russie est bien loin d'avoir sa propre infrastructure en orbite.

"Il n'y aura pas de station orbitale russe ni en 2024, ni en 2025, ni en 2026", a-t-il dit à l'AFP : "créer une bonne station orbitale en trois ans, c'est presque irréel". Selon Vitali Egorov, même "avec le financement le plus généreux, cela prendra au moins dix ans".

Jusqu'à sa nomination à la tête de Roscosmos à la mi-juillet, Iouri Borissov, 65 ans, avait le portefeuille de vice-Premier ministre chargé du complexe militaro-industriel russe, qui inclut le domaine spatial.

Il a indiqué, devant Vladimir Poutine, vouloir fournir "avant tout les services spatiaux nécessaires pour l'économie russe", citant notamment la navigation, la communication et la transmission des données. Autant de domaines où Moscou est à la traîne des Américains.

La coopération russo-occidentale dans le domaine spatial a été plombée par l'offensive lancée par la Russie depuis le 24 février contre son voisin ukrainien.

Les sanctions occidentales prises dans la foulée touchent en partie l'industrie aérospatiale russe et risquent d'avoir des effets sur l'ISS, dont certains ravitaillements pourraient être perturbés.

Une coopération dégradée par la guerre en Ukraine


Dmitri Rogozine, le précédent patron de Roscosmos, avait déjà laissé entendre qu'à cause de cela la Russie allait renoncer à l'idée de prolonger la durée de vie de l'ISS jusqu'en 2030. Il avait affirmé en mars que sans les Russes, l'ISS s'écrasera sur Terre car seule la partie russe a les moyens de corriger l'orbite de la structure de 500 tonnes.

Si la Russie a l'ambition de se relancer indépendamment dans la course spatiale, elle est confrontée néanmoins depuis des années à de graves problèmes, notamment une corruption endémique qui freinent ses programmes et l'innovation.

Jusqu'à l'offensive contre l'Ukraine, la coopération spatiale n'avait pas trop pâti des tensions russo-occidentales. 

Mais ces derniers mois, plusieurs projets ont fait les frais de la guerre en Ukraine.

L'Agence spatiale européenne (ESA) a acté la suspension de la mission russo-européenne ExoMars et la recherche d'alternatives pour le lancement de quatre autres missions.

De son côté Moscou a suspendu le lancement de satellites OneWeb, qui s'est tourné vers la société américaine SpaceX d'Elon Musk.