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Espagne : Andalousie, le paradoxe Vox

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© TV5MONDE

A perte de vue, des serres où été comme hiver poussent les légumes des supermarchés européens. La région d'Almeria ressemble à une mer de plastique. Aux dernières élections, l’extrême-droite y a fait une percée historique sous la bannière du parti Vox. Un paradoxe quand on sait que sans main-d’œuvre étrangère, l’eldorado andalou n’aurait jamais pu exister.

En cette soirée de février, Vox inaugurait son nouveau bureau à El Ejido. Un beau 4 pièces en centre-ville. Une inauguration emplie d’ambition et d'espoir. En décembre ce parti d'extrême droite a obtenu ici 30% aux élections régionales andalouses Alors maintenant l’objectif affiché est ambitieux, conquérir la mairie voisine. Les invités posent devant une mise en scène de légumes, tomates courgettes et autres concombres. La scène peut paraître incongrue mais les cultures maraîchères sont la fierté et la richesse de la région.
El Ejido est au cœur du potager de l'Europe, de la fameuse mer de plastique.
Et c’est sous ce plastique que nous retrouvons Juan José Bonilla, le coordinateur local de Vox. Avocat de profession, agriculteur aussi de père en fils.
En ce mois de mars les courgettes andalouses inondent les supermarchés européens… Sous la serre surchauffée, peu de main d'œuvre mais parmi les bras, des travailleurs migrants venus du Sénégal.
 

Vox est connu pour son discours anti-migrants.


Un temps le parti a annoncé son intention d'expulser 52.000 d'entre eux, des illégaux… Irréalisme suicidaire dans cette région qui vit grâce aux migrants.
Alors confronté aux réalités du terrain et du business, le discours se fait plus modéré.
 
L'idée n'est pas que Vox arrive et mette tous les immigrants illégaux dans une fourgonnette ou un bus et les éjecte. Les migrants sont nécessaires ici mais ce qu'il faut c'est réguler l'immigration. Le problème est qu'il y a beaucoup de main d'œuvre qui n'est pas régularisée, sans papier et l'objectif de vox est de régulariser cette main d'œuvre, d'amener des contingents de main d'œuvre dont on a besoin avec ses permis de travail, son contrat, son logement et tout en règle. L'immigration sans contrôle cela entraîne une grande insécurité.
JUAN JOSE BONILLA - Coordinateur de Vox à El Ejido
Attendus sur la question, les militants de Vox manient avec précaution le sujet de l'immigration. « Il n’y a pas de rejet » justifie Juan Jose Bonilla. 
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Au rond-point de San Isidro, non loin d'Almeria, chaque matin on assiste au même rituel. Les travailleurs migrants attendent un potentiel patron pour une seule journée de travail. Certains repartent bredouille, d'autres s'engouffrent dans la camionnette. Les plus anciens sont connus, pour les nouveaux arrivés il faut se faire une place. 
 
Officiellement le salaire minimum est de 6,90 euros de l'heure… officiellement car quand on n'a de papier, la journée de travail peut être facturée une trentaine d'euros. 
Un jeune migrant arrivé depuis quelques mois du Sénégal ose témoigner. S’il est ici c’est pour aider sa famille restée au pays, mais c’est dur. 
" Je suis venu en zodiac. Je suis passé par le Maroc. Les gens qui arrivent ici n'ont pas de papier, ils n'ont rien. Il n'y a plus de travail et le travail est très peu payé."
 

Esclavage moderne


José Garcia Cueva, le syndicaliste, connaît bien ce qu’endurent ces travailleurs. Tract à la main, code du travail comme argument, il encourage les migrants légaux ou non à défendre leurs droits. Le succès de Vox ne l'a pas étonné, le terreau était fertile dans la région. Mais y a-t-il réellement des raisons de craindre un ancrage durable de Vox et de sa politique ? Et si Vox passait aux élections législatives, municipales et mettait en applications ses idées? Quelles conséquences ?
 
Ils se tirent une balle dans le pied. Appliquer ce qu'ils sont en train de défendre signifie que ce grand business, qu'ils ont monté avec une main d'œuvre précaire s'écroulerait. Ce système fonctionne parce qu'il y a des milliers de travailleurs qui vivent dans des conditions très difficiles et donc du coup c'est une situation facile pour être exploités.
Jose Garcia Cueva Porte-parole du syndicat SAT à Almería
Les migrants n'hésitent pas à parler d'esclavage moderne, mais ils n'ont pas le choix. Si l'un refuse, un autre accepte.
Ils seraient ainsi 40.000 à vivoter jusque dans des bidonvilles, les chabolas, dans l'espoir d'obtenir des papiers. Certains iraient même jusqu'à payer pour que le patron leur donne un contrat, sésame vers une régularisation rêvée. Trois ans de présence prouvées sont nécessaires, trois années de labeur pour tenter d'avoir une régularisation. Alors chaque migrant accumule les maigres preuves qu’il peut récupérer.

A l'aube, les migrants apparaissent entre les serres 

Au vu du ballet quotidien des vélos entre les serres, la réalité est bien visible et connue de tous. 
Pour Jose Garcia Cueva, ce sont des conditions totalement indignes pour un être humain. Sans parler de l’exclusion. 
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Alors racisme, peur, ras le bol du système, c'est un certain désenchantement qui aurait motivé les sympathisants de Vox.

"La vraie Espagne"

Isidro est retraité, il tenait une loterie. Sur les conseils de son fils, il s'est décidé à s'impliquer pour le parti pour, dit-il, défendre la « vraie Espagne », l’Espagne unie contre les indépendantistes, contre les formations politiques, le parti populaire, Podemos ou Ciudadanos. L’Espagne fière aussi. 
 
Il affirme que Vox n'est pas d'extrême droite mais d'extrême urgence. Quant à la question des migrants, il met en avant la sécurité. Pour lui en embauchant un clandestin, l'agriculteur andalou ferait presque un geste pour la communauté.
 
L'agriculteur lui offre un salaire digne, pas un petit salaire comme ça et il prend le risque qu'un inspecteur du travail surgisse et le sanctionne. Mais si tu ne lui donnes pas ce salaire il va être délinquant dans la rue. Je crois que c'est mieux de s'occuper d'eux que de les laisser sans aucune protection dans la rue et qu'ils deviennent délinquants.
Isidro Ferrio - Sympathisant de Vox à Adra
Mais les frontières pour lui sont sacrées, l'âme espagnole aussi. « Ici on ne veut pas 52.000 migrants juste pour les accueillir, leur donner de l'argent, un toit. C'est impossible de maintenir ça. L'Espagne n'est pas prête pour ça ».

El Ejido 2000

Il y a 20 ans avaient éclaté à El Ejido des émeutes anti Marocains, une chasse aux Maures, suite au meurtre d'une espagnole par un déséquilibré . Tous ici s'en souviennent.
Aujourd'hui les langues se délient, les propos se radicalisent de nouveau.


Spitou Mendy est un témoin des deux décennies passées, 18 ans qu'il vit et travaille dans la région. Spitou était enseignant au Sénégal, en Andalousie il est agent social et employé agricole dans une serre.

Au contact des patrons, des habitants il constate l'hypocrisie régnante, dénonce l'ignorance des électeurs. Les migrants sont des bêtes de somme.
 
Nous n'avons jamais cessé d'attirer l'attention de nos voisins des acteurs sociaux pour leur dire que si nous ne prenions garde, El Ejido 2000, allait se répéter. Il y a un racisme latent un dédain fort de certains bien-nés, qui font que la main-d'œuvre qui est là dérange. Cette main-d'œuvre est envahissante, désirable que quand il faut entrer sous la serre. Après les serres il faut se cacher.
Spitou Mendy - Travailleur agricole et agent social
Un adage ici dit : 8h du matin les migrants sont les bienvenus, à 8h du soir, on ne veut plus voir. Alors c'est dans ces cafés africains qu'ils regardent le foot espagnol comme les Andalous et soutiennent les clubs ibériques pour la beauté du sport.

Reportage Sophie Roussi, Eric Black et Diane Cambon

 
2 QUESTIONS A : Miguel Angel Chamizo, président de la fondation Sevilla Acoge

L’Espagne est et a toujours été une porte d’entrée vers l’Europe. Via Ceuta et Melilla, par le détroit de Gibraltar, ils sont des milliers chaque année à tenter de rejoindre cette Europe convoitée. Mais quel accueil les attend sur ces terres andalouses ? L’arrivée de Vox au parlement, dans les mairies peut-être, doit-elle être prise pour un signal d’alarme? Nous avons posé la question à Miguel Angel Chamizo, président de la fondation Sevilla Acoge qui œuvre à l’intégration et l’autonomisation des migrants.
 
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