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Etats-Unis - Cuba : vers des lendemains qui ne chantent pas vraiment

Des manifestants expriment leur soutien au peuple cubain jeudi 15 juillet à Hialeah en Floride. C'est la ville qui concentre le plus d'exilés cubains aux Etats-Unis. 
Des manifestants expriment leur soutien au peuple cubain jeudi 15 juillet à Hialeah en Floride. C'est la ville qui concentre le plus d'exilés cubains aux Etats-Unis. 
Marta Lavandier (AP)

Alors que l’intronisation de Joe Biden présageait des lendemains meilleurs dans les relations américano-cubaines, les espoirs ont pris un coup dans l’aile. Le statu quo du président américain vis-à-vis des sanctions imposées par son prédécesseur et les récentes manifestations sur l’île, dont chacun des camps se renvoie la responsabilité, ont réveillé les antagonismes entre les deux pays.

L’arrivée au pouvoir de Joe Biden laissait présager un peu d’espoir sur l’île, notamment concernant un éventuel allègement des sanctions. Pendant sa campagne, il avait rappelé la nécessité « d’une nouvelle politique envers Cuba ».

Espoirs déchus pour un allègement des sanctions ?

L’idée de lever les restrictions sur les voyages de touristes américains vers les Antilles et sur les transferts de fonds avait ainsi été évoquée. Sous l’administration de Donald Trump, qui l’a notamment inscrite sur sa liste noire des Etats soutenant le terrorisme, Cuba a été éprouvée.

Les manifestations des 11 et 12 juillet dernier ont toutefois ravivé les tensions entre les deux pays, qui s’accusent mutuellement des troubles. Aux cris de « Nous avons faim », « A bas la dictature », notamment, des milliers de Cubains, excédés par la crise économique et sanitaire ont battu le pavé dans plusieurs villes de l'île.

(Re)voir : Cuba : les Cubains manifestent contre la crise sociale et sanitaire

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Le nouveau président cubain, Miguel Diaz-Canel, a accusé les Etats-Unis d’avoir financé et encouragé ces protestations. La réplique ne s’est pas faite attendre côté américain.

Son homologue a qualifié, jeudi 15 juillet, Cuba « d’Etat défaillant qui opprime ses citoyens ». Par la même, il a renvoyé aux calendes grecques la révision des mesures sur les « remesas », les envois d’argents aux Cubains par leurs proches à l’étranger.

Le lendemain, M. Diaz-Canel a une nouvelle fois réagi sur Twitter. « Si le président Joseph Biden avait une préoccupation humanitaire sincère pour le peuple cubain, il pourrait supprimer les 243 mesures mises en place par le président Donald Trump, dont plus de 50 cruellement imposées pendant la pandémie. »

Il a ajouté que les « Etats-Unis avaient échoué dans leurs efforts pour détruite Cuba, bien qu’ils aient dépensé des milliards de dollars à cette fin. »

Internet peut-il être rétabli par les Etats-Unis ?

C’est l’éventualité avancée par le locataire de la Maison Blanche, jeudi 15 juillet. Rétabli depuis mercredi 14 juillet, Internet avait été coupé sur l’île par les autorités cubaines.

L’accès aux réseaux sociaux tels que Facebook, WhatsApp ou Instagram reste toutefois impossible sans réseau privé virtuel (VPN). « Ils ont coupé l’accès à Internet. Nous vérifions si nous avons les capacités technologiques de rétablir cet accès », a déclaré, jeudi 15 juillet, M. Biden.

Bien que favorablement accueillie par certains défenseurs des droits humains, le rétablissement du réseau sur l’île depuis les Etats-Unis relèverait d’une prouesse technique loin d’être aisée.
  « Si le gouvernement coupe l’accès, il n’y a pas de manière simple et accessible de rétablir la connexion via ballons ou drones », explique ainsi Milton Mueller, professeur à la Georgia Tech University et directeur du Internet Governance Project. Le spécialiste considère toutefois qu’une telle manœuvre serait « justifiable d’un point de vue moral, si on était en mesure de le faire. »

Darell West, chercheur du Centre pour l’innovation technologique de la Brookings Institution, estime que « c’est de bonne guerre pour les Etats-Unis de proposer à distance un accès à Internet car Cuba est un pays autoritaire et son gouvernement a coupé ce service auquel ses citoyens avaient auparavant accès. »

Mais une telle initiative passerait mal du côté de la Havane, pour qui elle constituerait une violation de la souveraineté cubaine, selon l’association de défense des droits humains Freedom House.

Elle « renforcerait la résistance du gouvernement cubain et lui donnerait le prétexte d’y voir une sorte d’action impérialiste menée par les Etats-Unis », juge Milton Mueller. C’est d’ailleurs ce que souligne Gaspar Pisanu, de l’organisation Access Now. Aller plus loin « exigerait une analyse et des considérations géopolitiques plus larges. »

(Re)voir : Cuba : "Depuis 1962, l'île n'a pas accès aux financements internationaux"
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