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Etats-Unis : Donald Trump prépare sa revanche

Des supporters applaudissent l'ancien président Donald Trump lors de son meeting à Lorain County Fairgrounds en Ohio, États-Unis, le 26 juin 2021.<br />
AP Photo/Tony Dejak
Des supporters applaudissent l'ancien président Donald Trump lors de son meeting à Lorain County Fairgrounds en Ohio, États-Unis, le 26 juin 2021.
AP Photo/Tony Dejak

Donald Trump a officiellement lancé samedi la campagne des élections américaines de mi-mandat, en retrouvant dans l'Ohio l'ambiance des meetings qu'il affectionne, avec un oeil déjà fixé sur la présidentielle de 2024. Retour sur les cinq derniers mois du milliardaire, interdit des principaux réseaux sociaux mais qui ne compte pas se faire oublier. 

Célèbre pour ses meetings en plein air à l'atmosphère survoltée, le tribun a renoué, pour la première fois depuis qu'il a quitté la Maison Blanche il y a cinq mois, avec tous les codes de ces rendez-vous lors d'un discours énergique d'une heure et demie.

Il s'agissait du "tout premier meeting de l'élection de 2022", a-t-il souligné en introduction, l'événement ayant été organisé en soutien d'un candidat républicain au Congrès.

Banni des réseaux sociaux après l'assaut meurtrier du Capitole, le 6 janvier, Trump avait déjà prononcé deux grands discours publics depuis son départ de Washington.

(Re)voir États-Unis : Donald Trump déjà prêt pour 2024 ? 

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Mais l'ambiance plus feutrée des salons conservateurs n'avait alors ressemblé en rien à l'atmosphère de ces meetings, où l'ancien président ne cesse d'interpeler un public surexcité et où s'enchaînent les tubes dans les hauts-parleurs.

Accusé d'avoir encouragé ses partisans à se lancer à l'assaut du Capitole, où les parlementaires étaient réunis pour certifier la victoire de Joe Biden, l'ex-président avait finalement été acquitté en février 2021 par le Sénat d'une procédure de destitution, la seconde qui a visé le 45e président des Etats-Unis.

Dès mercredi, il se rendra au Texas pour visiter la zone frontalière avec le Mexique et revenir sur l'immigration clandestine, l'un des sujets centraux de sa présidence. Puis le 3 juillet, il organisera un autre grand meeting à Sarasota, en Floride.

Le retour de Donald Trump après 5 mois 

 
  • Premier meeting en Ohio : quel discours de Donald Trump ? 

Lors de ce premier meeting, baptisé par la chaîne d'information américaine CNN le "Revenge tour", la tournée de la vengeance, Donald Trump venait initialement soutenir un candidat républicain au Congrès, Max Miller. Il est surtout venu tenter d'en descendre un autre : Anthony Gonzalez. Ce dernier a voté en faveur de la destitution de Donald Trump pour "incitation à l'insurrection", le 13 janvier 2021. Pour lui, comme pour les autres républicains ayant osé quitter le nid et se dresser contre leur président, le milliardaire a promis une chasse aux sorcières : il ne les laissera pas remporter des places au Congrès. "C'est un vendu, c'est un faux républicain, et une honte pour votre État, je vais vous le dire", a affirmé à la foule Donald Trump. Une campagne de démolition dont la réussite ou l'échec seront un bon indicateur de la popularité et de l'influence de l'ex-président. Pour ce premier meeting en Ohio, le public n'avait d'ailleurs pour la plupart jamais entendu parler du candidat au Congrès Miller. Tous avaient parcouru des centaines de kilomètres pour venir assister au retour de Donald Trump.

Nous avons gagné l'élection deux fois, et il est possible que nous devions la regagner une troisième fois

Donald Trump, Ohio, 26 juin 2021

"Nous allons reprendre la Chambre (des représentants), nous allons reprendre le Sénat", a-t-il martelé. Sur le fond, l'ancien président a abordé tous ses thèmes de prédilection, en dressant le portrait d'une Amérique courant "à sa perte" sous son successeur Joe Biden, tout en répétant ses allégations d'élection "volée" par les démocrates en 2020.

"Nous avons gagné l'élection deux fois, et il est possible que nous devions la regagner une troisième fois", a-t-il déclaré, déclenchant les acclamations des milliers de partisans réunis pour sa venue à Wellington, près de la ville industrielle de Cleveland. Le magnat de l'immobilier de 75 ans n'a toujours pas reconnu explicitement la victoire de son successeur. Il continue au contraire à crier à la fraude électorale, même si ses dizaines de plaintes ont été rejetées y compris par des juges qu'il avait nommés.

(Re)voir : États-Unis : l'acquittement de Trump divise le parti Républicain

"Joe Biden est en train de détruire notre nation, juste sous nos yeux", a-t-il lancé. "Qui diable sait ce qu'il va se passer en 2024, on n'aura même plus de pays!", s'est-il exclamé.

Certains supporteurs avaient campé depuis plusieurs jours sur place pour être certains de voir le milliardaire. Et l'on pouvait apercevoir dans la foule des T-shirts "Trump 2024", destinés à motiver l'ancien président, qui laisse planer la perspective d'une nouvelle candidature présidentielle. "Je suis venu ici pour soutenir Trump, pour qu'il se présente à la présidentielle" en 2024, a expliqué à l'AFP Philip Mesi, 52 ans, qui patientait peu avant le début de l'événement dans la chaleur de l'été. "Biden est horrible, il ne fait pas du bon travail", tandis que "Trump avait créé des emplois", a-t-il estimé.

Joe Biden "est le pire président qu'il soit", a pour sa part jugé Laura Benas, 57 ans, qui comme beaucoup sur place ne croit pas en la défaite du républicain en 2020, et parle d'une "corruption très profonde dans le gouvernement américain".

 
  • Quelle est l'influence de Donald Trump sur le parti républicain ?
Bien qu'il se trouve désormais loin de Washington, en Floride, l'homme d'affaire maintient son influence sur une bonne partie du clan républicain. Privé des réseaux sociaux, l'ex-président s'est rabattu sur les communiqués, qu'il a multipliés pour dénoncer l'une des seules élues critiques de son parti, Liz Cheney, fille de l'ex-vice-président Dick Cheney. Une campagne qui a débouché sur l'éviction de Liz Cheney de la hiérarchie du parti lors d'un vote à main levée des élus républicains expédié en quelques minutes à la Chambre des représentants.  Elle était la numéro trois du groupe parlementaire des républicains et surtout la bête noire de Donald Trump, bien connue pour dénoncer les "mensonges très dangereux" du milliardaire affirmant contre toute évidence que la dernière élection présidentielle lui a été "volée". Elle avait voté en faveur de l'impeachment contre Donald Trump, à la suite de l'attaque du Capitole le 6 janvier dernier. Pour Donald Trump, "Liz Cheney est une imbécile va-t-en-guerre qui n’a rien à faire dans la hiérarchie du parti républicain ". Après le verdict, Liz Cheney ajoutait : "Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour garantir que l'ancien président ne s'approche plus jamais du Bureau ovale". 

Regarder : États-Unis : Donald Trump attaque le chef des Républicains au Sénat, Mitch McConnell
 
  • Comment communique Donald Trump sans réseaux sociaux  ?
Après l'assaut du Capitole le 6 janvier dernier, où des supporters de Trump, convaincus du mythe entretenu par le milliardaire d'une fraude électorale massive, étaient entrés au sein du siège du Congrès américain, le conseil de surveillance de Facebook avait jugé que l’ancien locataire de la Maison Blanche « avait créé un environnement où un risque sérieux de violence était possible ». Le compte du milliardaire avait donc été suspendu. Tout comme Twitter, sa plateforme favorite, ou encore Instagram, Youtube, Snapchat et Twitch. Depuis son éviction de Twitter, le nombre de mentions de Donald Trump a été divisé par 10 sur le réseau. Même chose concernant les recherches Google. L'ex-président a bien tenté d'ouvrir un blog où il relayait ses communiqués, intitulé « Depuis le bureau de Donald J. Trump ». Simple onglet sur le site de Donald Trump, il a fermé en raison des audiences catastrophiques, générant 4 000 interactions quotidiennes selon une analyse de BuzzSumo. Il aurait déclaré fin mars vouloir revenir en ligne avec sa propre plateforme. 

Regarder : États-Unis : Donald Trump privé de Facebook pour deux ans
 
  • Quelles sont les chances de Donald Trump pour 2024 ? 

Un récent sondage effectué par Reuters et Ipsos révélait que 63% des Républicains estiment que les élections lui ont été volées. Seulement 23% estiment qu'il ne devrait pas se réprésenter pour les prochaines élections. Dans le même temps, l'indice de popularité de Trump est au plus bas, avec 32% d'approbation contre 55% de désapprobation en avril dernier selon un sondage NBC. Des chiffres qui semblent indiquer que si Donald Trump est en position de remporter la primaire de son parti, il perdrait les élections générales dans trois ans et demi. Selon un ancien gestionnaire de campagne de Donald Trump dont le témoignage anonyme a été recueilli par NBC, Donald Trump pourrait remporter une élection en son nom seul mais il aura beaucoup de mal à rassembler autour de lui des soutiens républicains modérés et indépendants. Il est parvenu à s'entourer d'une base solide de supporters avec des discours sévères et qui divisent. Notamment avec l'accusation de truquage des élections. Mais il devra changer de réthorique pour pouvoir espérer remporter les élections de 2024. 

(Re)voir : Etats-Unis : Donald Trump, le retour ?