Info

États-Unis : Donald Trump veut classer les ""Antifa" dans la liste des terroristes

Donald Trump, à la Maison Blanche ce premier juin, veut inscrire les "Antifa" sur la liste des organisations terroristes.
Donald Trump, à la Maison Blanche ce premier juin, veut inscrire les "Antifa" sur la liste des organisations terroristes.
AP/Patrick Semansky

Donald Trump accuse la mouvance "Antifa" de fomenter les violences depuis la mort d'un Noir américain, George Floyd, aux mains de la police.  Il veut inscrire cette mouvance sur la liste des organisations terroristes. Mais qui sont les "Antifa" ?

Donald Trump veut mettre les "Antifa" perçus comme "radicaux" sur la liste des terroristes. Ces militants d''extrême gauche seraient placés sur la liste des entités terroristes, comme les groupes État islamique ou Al-Qaïda.

Mais cette promesse pourrait rester lettre morte tant ce réseau informel est loin d'être structuré et parce qu'il n'existe pas de loi antiterroriste pour les groupuscules américains. Donald Trump les accuse d'être à l'origine des violences au lendemain de la mort de George Floyd.

Mort de George Floyd : sixième nuit de révolte aux États-Unis :
Chargement du lecteur...

Trump face à ses violences menace de faire appel à l'armée :
 
Chargement du lecteur...

Qui sont les Antifa ? 

Le terme "Antifa", contraction d'Action antifasciste, vient des groupes socialistes italiens puis allemands qui ont tenté de résister à l'ascension de Benito Mussolini et Adolf Hitler dans les années 1920 et 1930. Aux Etats-Unis, les militants font surtout campagne sur les thèmes de justice sociale, comme les droits des minorités.


"Nous croyons en et luttons pour un monde sans fascisme, racisme, sexisme, homo/transphobie, antisémitisme, islamophobie ni haine", expliquait lundi le groupe Antifa de New York sur son compte Twitter.
 


Mais leur principal objectif est la lutte contre les mouvements néo-nazis, les groupes nationalistes et les suprémacistes blancs. L'un des plus anciens, le Rose City Antifa de Portland, s'était illustré en faisant annuler en 2007 un festival de musique néo-nazi.

Leur tactique comprend surtout l'organisation de contre-manifestations. Mais depuis l'élection de Donald Trump en 2016, après une féroce campagne anti-immigrés qui a libéré la parole de l'extrême droite radicale, les Antifa sont passés aux confrontations directes parfois violentes.

En janvier 2017, en marge de la cérémonie d'investiture du président républicain, des militants habillés de noir et masqués avaient manifesté violemment à Washington, brisant des vitrines. Au mois d'août, ils avaient participé aux échauffourées ayant émaillé un rassemblement d'organisations de l'ultra-droite à Charlottesville (Virginie) au cours duquel une militante antiraciste avait été tuée.

Les deux camps s'affrontent aussi régulièrement, notamment à Portland, New York et Berkeley, fief des étudiants de gauche en Californie. Mais les Antifa ne sont pas une organisation nationale et fonctionnent surtout en "collectifs" locaux, selon le Centre de recherche du Congrès américain.

Ce dernier les décrit comme un mouvement "décentralisé, composé d'individus et de groupes indépendants et radicaux". Ils sont majoritairement non-violents, mis certains militants "sont prêts à commettre des crimes pour promouvoir leurs idées".


Les Antifa organisent-ils les violences ? 


A part Donald Trump et ses proches conseillers, aucun responsable politique n'a fait porter la seule responsabilité des violences sur les Antifa. "Plusieurs groupes terroristes nationaux d'extrême gauche et d'extrême droite fomentent et commettent des actes de violences et des pillages", a dit dimanche le républicain Marco Rubio, président de la Commission sénatoriale du Renseignement.

Dans le Minnesota, secoué depuis une semaine par des violences quotidiennes, les responsables estiment que les troubles sont créés à la fois par des groupes d'extrême droite, des anarchistes et des gangs locaux.

Pour Mark Bray, historien à l'université Dartmouth, il est sûr que des militants antifascistes ont participé aux violences mais il est impossible de savoir combien tant les cellules sont petites et agissent en toute indépendance.

Dans le Washington Post, l'auteur du livre "Antifa: le manuel antifasciste" soutient qu'"il n'y a pas assez d'anarchistes et de militants antifa pour faire tant de dégâts".
 

Les Antifa sur la liste des terroristes ? 

Le ministre américain de la Justice William Barr a chargé le FBI d'identifier les organisateurs des désordres, qui sont selon lui "du terrorisme intérieur". Mais la loi antiterroriste ne concerne que les groupes étrangers (Etat Islamique, Al-Qaïda, Hezbollah libanais, Gardiens de la Révolution iraniens). 

Même si la pression s'accentue ces dernières années pour intégrer les groupes américains après des attaques contre les communautés afro-américaine ou juive, certains juristes s'inquiètent du risque pour la démocratie si un dirigeant était tenté d'y placer des adversaires politiques.

Entendu par le Congrès en février, le directeur du FBI Christopher Wray a indiqué que les enquêtes sur les groupuscules d'extrême droite pourraient être conduite par son unité anti-terroriste, comme pour les sympathisants de l'EI. Des militants extrémistes ont été condamnés ces dernières années pour menaces ou possession d'explosifs.

Selon William Barr, les militants Antifa pourraient être poursuivis par le gouvernement fédéral américain pour avoir traversé les frontières entre Etats, dans le but de participer à des violences. La justice pourrait également s'appuyer sur d'éventuels liens de la mouvance Antifa avec des organisations étrangères.
 

Un texte de 1807 pour faire appel à l'armée face aux violences

Donald Trump menace d'utiliser l'Insurection Act de 1807 pour rétablir l'ordre. Ce texte permet au gouvernement fédéral d'envoyer l'armée si les gouverneurs n'arrivent pas à rétablir l'ordre public dans les Etats. Il permet de faire appel à l'armée. Selon le New York Times, ce texte donne une grande capacité d'action. Il a été employé par la présidence américaine dans les années 1950 et 60 au moment de la lutte pour les droits civiques. Il a été également employé par l'administration Clinton lors des émeutes de Los Angeles en 1992.