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États-Unis : la déferlante anti-avortement

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Ces femmes manifestent pour le droit à l'avortement et pour que la dernière clinique à pratiquer l'IVG dans l'Etat du Missouri ne ferme pas.
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Le droit à l'avortement recule aux États-Unis. Après des lois très restrictives en Alabama, Géorgie ou Louisiane, le Missouri menace de fermer la dernière clinique qui pratique encore l'IVG. Il deviendrait alors le premier État américain où il est impossible d'avorter depuis 1973.

"Mon corps, mon choix ", "Plus jamais ça !", tels sont les slogans scandés par les femmes qui manifestaient ce jeudi 30 mai dans les rues de Saint-Louis. Elles sont venues par centaines pour sauver la seule clinique habilitée à pratiquer l'avortement dans l'État du Missouri.

Une tentative de la dernière chance : le centre de soins, est menacé de fermeture, l'État n'ayant pas renouvelé sa licence d'exploitation. Initialement prévue samedi 1er juin,  la clinique du Missouri devait cesser ses activités ce samedi 1er juin, mais la justice de cet Etat du centre des Etats-Unis a prolongé sa licence. Le dossier sera réexaminé lors d'une nouvelle audience le 4 juin.

Une "vraie crise de santé publique"


La clinique est accusée de ne pas vouloir coopérer avec les autorités locales, qui lui imposent de nouvelles réglementations. Les services de santé exigent notamment d'interroger les médecins qui pratiquent les interruptions volontaires de grossesse. Le planning familial, qui gère le centre de soins, dénonce un "harcèlement" et refuse de se plier à ces nouvelles conditions.

Sur Twitter,  Leana Wen, présidente de Planned parenthood, évoque une "vraie crise de santé publique". Elle rappelle : "Nous servons le Missouri depuis 87 ans et nous allons nous battre pour fournir des soins pendant un autre siècle."
 

La puissante organisation a décidé de porter l'affaire devant les tribunaux mais le gouverneur républicain, Mike Parson, conservateur et militant anti-avortement notoire, n'en démord pas.

Comme d'autres États conservateurs, le Missouri vient d'adopter une loi très restrictive qui interdit l'avortement au-delà de 8 semaines de grossesse, même en cas de viol ou d'inceste. La loi, qui a été contestée devant la justice, n'est pas encore entrée en application.
 

La "Bible belt" : les Etats croyants du sud-est


Une vague anti-avortement déferle sur l'Amérique... une Amérique divisée sur la question depuis longtemps.
 
L'offensive anti-avortement des Etats de la "Bible belt"
L'offensive anti-avortement des Etats de la "Bible belt"
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En tout, 10 États américains ont déjà réformé leur législation cette année. La plupart sont des États qui appartiennent à la "Bible belt" ("la ceinture de la Bible") : des États très croyants du sud-est et du midwest, tous dirigés par des conservateurs.

Dernier en date : la Louisiane, qui vient de restreindre le droit à l'IVG dès que les "battements du coeur" du foetus sont perceptibles. Cela correspond à 6 semaines de grossesse, un stade où bien des femmes ignorent encore qu'elles sont enceintes. La Géorgie lui avait emboîté le pas début mai.

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Hollywood s'invite dans le débat


Aujourd'hui, le sujet alimente le débat public américain jusque dans le milieu des affaires. Le monde du cinéma s'en mêle : Disney et Netflix menacent de délocaliser leurs activités des états qui veulent interdire ou restreindre l'IVG.

La Géorgie, à la fiscalité avantageuse pour les studios, est directement pointée du doigt. Bob Iger, le directeur général de la Walt Disney Company, a prévenu qu'"il serait très difficile de continuer à tourner en Géorgie", compte tenu de la récente loi anti-IVG. Une annonce qui fait suite à celle du géant du streaming Netflix.

Un droit garanti par la Cour Suprême

Avec ces lois très restrictives adoptées par plusieurs Etats, les opposants à l'avortement espèrent avec ces procédures amener la Cour Suprême à revenir sur ce droit constitutionnel.

L'interruption volontaire de grossesse est légale aux États-Unis. Depuis 1973, l'arrêt "Roe V. Wade" garantit le droit des Américaines à avorter tant que le fœtus n'est pas viable.

Avec la récente nomination de deux juges par Donald Trump, les conservateurs sont désormais majoritaires à la Cour Suprême. Le mouvement "pro-vie" croit dur comme fer que la plus haute instance judiciaire du pays puisse remettre en cause cet arrêt voté en 1973.

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