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Etats-Unis : le "shutdown" se poursuit, Trump ne cède pas sur le mur

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(commentaire : Stéphane Leroyer)

Donald Trump a invité mardi les leaders républicains et démocrates à passer un accord sur le budget 2019. Le but : mettre fin au "shutdown". Mais dans le même temps, le patron de la Maison Blanche a promis de ne rien céder sur le mur qu'il veut édifier à la frontière avec le Mexique. Un bras de fer qui pourrait continuer à paralyser le pays encore longtemps dit-il lui-même.
 

Tiraillé entre républicains et démocrates sur fond d'affaire russe et la menace d'"impeachment", le nouveau Congrès américain fait sa rentrée jeudi en augurant une fin de mandat difficile pour Donald Trump.

Comptant un nombre record de femmes et d'élus issus de minorités, le 116e Congrès américain prendra ses fonctions à midi (17h00 GMT): 435 nouveaux élus à la Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates, et 100 sénateurs à la chambre haute, qui reste sous contrôle républicain.

Nancy Pelosi, femme puissante

En début d'après-midi, la démocrate Nancy Pelosi devrait retrouver, à 78 ans, le perchoir de la Chambre, signant son impressionnant retour au troisième échelon de la politique américaine, derrière le président Trump et le vice-président Mike Pence.

Sauf énorme coup de théâtre, elle sera élue par ses troupes "Speaker", ou présidente de la Chambre, un poste qu'elle avait déjà occupé, marquant alors une première historique, de 2007 à 2010.

Et c'est avec un défi au président républicain qu'elle marquera le premier jour de son nouveau rôle d'opposante en chef: les démocrates ont prévu de présenter dès jeudi à la Chambre des mesures budgétaires temporaires qui permettraient de débloquer les administrations américaines, partiellement paralysées depuis le 22 décembre.

Leur but: s'afficher comme le parti "raisonnable" face à ce qu'ils considèrent comme les "caprices" de Donald Trump.

Trump, inflexible sur le mur

Mais la Maison Blanche a par avance rejeté ces projets de loi, car ils n'incluent pas cinq milliards de dollars pour financer le mur voulu par Donald Trump à la frontière avec le Mexique afin de lutter contre l'immigration clandestine.

Ces mesures devraient donc rester lettre morte au Sénat, où le chef de la majorité républicaine a juré de ne soumettre au vote qu'une solution qui serait à la fois assurée de recevoir le vote des démocrates et la signature de Donald Trump.

S'ils ont renforcé leur majorité au Sénat, avec 53 sièges sur 100, les républicains ne peuvent se passer des démocrates car ils ont besoin de 60 voix pour approuver toute loi budgétaire.

Au 13e jour du shutdown, il reste ainsi difficile d'entrevoir une sortie de crise.

Donald Trump s'est encore montré inflexible mercredi sur le mur lors d'une réunion avec les démocrates.

"Cela pourrait durer longtemps", a-t-il lancé. Puis il a convié les responsables des deux bords à une nouvelle rencontre vendredi.

Les démocrates, eux, se sont redits favorables à une sécurité "forte" aux frontières, mais opposés à un mur qu'ils jugent "coûteux" et "inefficace".

- Enquêtes et déclarations d’impôts -

Ce bras de fer pourrait n'être que les prémices de féroces batailles à venir avec, en premier lieu, la promesse de multiples enquêtes parlementaires visant Donald Trump et son entourage.

En première ligne: les soupçons de collusion entre Moscou et son équipe de campagne électorale en 2016, alors que le mandat du républicain est, pratiquement depuis ses débuts, déjà empoisonné par l'enquête du procureur spécial Robert Mueller.

Avec leur nouveau contrôle de la Chambre, les démocrates décrochent en effet la tête de commissions parlementaires dotées de puissants pouvoirs d'investigation, notamment ceux d'assigner les témoins à comparaître et d'ordonner la présentation de documents.

Ils ont d'ailleurs promis d'exiger du milliardaire qu'il présente enfin ses déclarations d'impôts. Donald Trump est le seul candidat présidentiel de l'Histoire récente américaine à s'y être refusé.

Derrière ces turbulences, la perspective d'une procédure de destitution, ou "impeachment", pourrait se dessiner plus nettement.

Nancy Pelosi a pour l'instant écarté cette idée, affirmant vouloir d'abord attendre les conclusions des enquêtes.

"Si nous devons le faire, nous ne nous détournerons pas de nos responsabilités. Mais je ne pousse pas en ce sens", a-t-elle encore récemment déclaré à l'édition américaine du magazine Elle.

Célèbre pour son sens tactique, elle devra toutefois le mettre à l'épreuve des tiraillements à ce sujet entre les jeunes pousses fraîchement élues qui se réclament de la "résistance" contre le président et les élus démocrates plus modérés qui ont gagné dans des circonscriptions pro-Trump.

Pour l'instant, toute tentative de destituer le 45e président des Etats-Unis n'irait pas loin: si les démocrates sont en position de voter sa mise en accusation à la Chambre, c'est au Sénat qu'il reviendrait ensuite de faire son procès.