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États-Unis : pourquoi la NRA, le lobby des armes américain, continue de dicter sa loi ?

La convention annuelle de la National Rifle Association (NRA) à Houston, au Texas, le 26 mai 2022.
La convention annuelle de la National Rifle Association (NRA) à Houston, au Texas, le 26 mai 2022.
AP/ Michael Wyke

La fusillade dans une école élémentaire au Texas qui a couté la vie à 19 enfants et deux enseignantes relance le débat sur le port d’armes aux États-Unis. La National Rifle Association (NRA) a réagi en dénonçant "l'acte d'un criminel isolé et dérangé".

À chaque tuerie, le lobby pro-armes utilise la même défense : « le problème ce ne sont pas les armes mais les personnes instables qui détiennent des armes ». La fusillade d’Uvalde au Texas n’empêchera d’ailleurs pas la NRA (National Rifle Association) de tenir sa convention annuelle… à quelques heures de route, dans le même État.

Créée en 1871, l’association regroupait initialement des chasseurs et des amateurs de tir. Elle est devenue depuis un organe politique de grande influence, revendique six millions de membres et pèse pas moins de 400 millions de dollars.

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1,6 million de dollars contrer la régulation du port d’armes

La mission première de la NRA est simple : défendre coûte-que-coûte le second amendement de la Constitution qui protège le droit de chacun de posséder et de porter une arme. Si aujourd’hui Joe Biden semble afficher une opposition radicale contre le lobby des armes en déclarant « Quand est-ce que pour l’amour de Dieu nous allons tenir tête au lobby des armes à feu? », les politiques, républicains comme démocrates, ont été jusqu’ici des acteurs clés dans la réussite du groupe de pression.

L’association américaine Brady qui lutte contre la violence des armes aux États-Unis rapporte qu’en 2019, la NRA a dépensé 1,6 million de dollars dans des opérations de lobbying afin de contrer toute législation de prévention de violence par armes à feu.

Les militants anti-armes ont aussi dressé une liste des sénateurs ayant perçu des donations du lobby. Mitt Romney, sénateur de l’Utah et ancien candidat à la présidentielle de 2016, a ainsi perçu 13,6 millions de dollars en 2019. Mitch McConnell, le chef des républicains au Sénat, a lui, reçu 1,2 millions de dollars. La campagne de Donald Trump avait été financée à hauteur de 30 millions de dollars par la NRA. L’ex-président avait tonné d’être « le plus grand défenseur du Deuxième amendement qu'il puisse y avoir. »

Les Républicains se sont depuis toujours opposés aux tentatives de régulation du port d’armes. Durant ses deux mandats, Barack Obama a tenté à de multiples reprises un durcissement des lois sur les armes à feu. 

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Après la fusillade dans une boite de nuit gay à Orlando en Floride en juin 2016, les Démocrates soumettaient au vote deux propositions visant, d'une part, à interdire aux personnes figurant sur les listes de surveillance terroriste d'acheter des armes à feu, et d'autre part à généraliser à toutes les ventes, notamment dans les salons spécialisés, les vérifications d'antécédents criminels et psychiatriques avant toute transaction. En vain, le Sénat américain, à l’époque avec une majorité républicaine, a refusé les deux propositions.

400 millions d’armes en circulation

Forte de ses 6 millions de membres, la NRA possède une base militante importante, qui plus est active. « Une partie de ces membres pensent même que la NRA est devenue trop molle sur la question des armes, affirme Charlotte Recoquillon, chercheure à l'Institut Français de géopolitique à TV5MONDE. Les détenteurs d’armes sont des citoyens beaucoup plus actifs que les non-détenteurs, plus enclins à écrire à leurs élus, à se rallier à des manifestations. Leurs voix pèsent donc beaucoup. »

Les armes à feu ont par ailleurs toujours été présentes dans la culture américaine, s’ancrant ainsi dans la pensée populaire. Des personnalités comme Clint Eastwood ou même Chuck Norris ont affirmé publiquement leur soutien au droit du port d’armes jusque dans des publicités.

La NRA a par ailleurs développé  ses propres médias comme NRA TV, chaine de télévision créée en 2016 mais qui a fermé en 2019. Le lobby possède toutefois toujours deux journaux, « America's 1st Freedom » et « American Rifleman » dont les centres d’intérêts portent sur les armes.

La fusillade d’Uvalde a cependant recréer la polémique autour du sujet et suscité de vives réactions. Le sénateur républicain du Connecticut Chris Murphy a "supplié" ses pairs d’agir dans l’hémicycle tandis que le sénateur texan Ted Cruz a refusé de continuer une interview d’un journaliste de Sky News qui lui demande d’expliquer l’exception américaine de la récurrence tragique des fusillades.

Malgré les tueries, les Américains continuent cependant de s’armer de plus en plus. Actuellement 400 millions d’armes sont en circulation dans le pays (pour 331 millions d’habitants) et la production annuelle d’armes à feu destinées à la vente commerciale est passé de 3,9 millions en 2000 à 11,3 millions d’armes à feu en 2020.