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Etats-Unis : une grande ambition pour le climat face à un lourd héritage de pollueur

<p>John Kerry, envoyé spécial du président pour le climat, écoute le président Joe Biden parler lors du Sommet Virtuel sur le Climat à la Maison-Blanche, le 22 avril 2021.</p>

John Kerry, envoyé spécial du président pour le climat, écoute le président Joe Biden parler lors du Sommet Virtuel sur le Climat à la Maison-Blanche, le 22 avril 2021.

AP/Evan Vucci

Joe Biden souhaite endosser un rôle de leader à l’occasion du sommet virtuel sur le climat. Depuis son arrivée au pouvoir, l’administration Biden multiplie les annonces d’objectifs ambitieux, mais la première puissance mondiale a un long chemin à rattraper. Bilan d’une politique environnementale américaine inconstante, en fonction des présidents.

Un sommet sur le climat censé marquer le retour des Etats-Unis dans la lutte contre le réchauffement. À l’échelle nationale déjà, Joe Biden est déterminé à se démarquer de son prédécesseur républicain connu pour son discours climatosceptique.

Dès le premier jour de son mandat, en janvier, le président Biden a rejoint à nouveau l'Accord de Paris sur le climat dont Donald Trump avait claqué la porte il y a quatre ans. Le mois dernier, le 46e président des Etats-Unis dévoilait un plan colossal de quelque 2.000 milliards de dollars pour les infrastructures américaines, avec un important volet de transition écologique.

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À l’occasion du sommet, Joe Biden a promis de dévoiler le nouvel engagement de Washington pour contribuer à maintenir le réchauffement mondial sous les +2 C°, si possible +1,5 C°, par rapport à l'ère pré-industrielle, comme le prévoit l'Accord de Paris conclu en 2015. Un objectif planétaire hors de portée en l'état actuel des engagements nationaux.

Du retard à rattraper

Historiquement, les Etats-Unis n'ont pourtant pas la réputation de prendre les devants en matière d’écologie. Le 13 mars 2001, George W. Bush refuse de ratifier le protocole de Kyoto, qui engage ses signataires à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, affirmant que "le mode de vie américain, c’est sacré".

À la Conférence des Nations Unies sur le développement durable de Rio 2012, Barack Obama fait partie des absents remarqués, à l’instar d’Angela Merkel et David Cameron, premier ministre britannique de l’époque. Cette même année, le charbon, dont les exploitations sont connues pour être de grandes émettrices de gaz à effet de serre, était la source d'énergie qui avait le plus progressé en volume dans l’année, et alimentait encore 30 % des besoins énergétiques de la planète.

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La politique environnementale du président démocrate Barack Obama lors de ses deux mandats marquera toutefois un tournant, là encore en comparaison à son prédécesseur républicain. Parmi ses engagements les plus marquants, son veto du projet d'oléoduc Keystone XL traversant des réserves autochtones, l’interdiction d’exploitation gazière et pétrolière dans de vastes zones de l’Arctique américain et de l’Atlantique, le placement sous protection de la loi d’un total de 2,24 millions de kilomètres carrés de territoires terrestres et de zones maritimes, dont la plus grande aire marine protégée du monde, et aussi la mise en place du Clean Power Plan (CPP).

Ce programme visait à imposer au secteur de l’énergie une réduction de 32% des émissions de dioxyde de carbone d’ici à 2030 par ­rapport au niveau de 2005, et permettait entre autres d'abaisser la part du charbon dans le mix électrique du pays. Une des nombreuses mesures que Donald Trump n’hésitera pas à défaire une fois au pouvoir.

Le climatoscepticisme à la tête du pays

« La température grimpera, puis redescendra, puis redeviendra un peu plus chaude, comme ça a été le cas pendant des millions d’années. Un peu plus chaud, puis un peu plus froid : on appelle ça la météo! ». Donald Trump n’a jamais caché son climatosceptisme lorsqu’il était président. Lors de ses quatre années de mandat, Trump a annulé plus d’une centaine de réglementations environnementales selon le New York Times.

Il revient ainsi sur l’interdiction de forages en mer et de l’exploitation des ressources de l’Arctique. Donald Trump s’empresse aussi de remplacer le Clean Power Plan (CPP) qui incitait à se tourner vers une énergie propre, par l’Affordable Clean Energy (ACE), une réglementation bien moins contraignante pour réduire les émissions de CO2 et les particules fines dangereuses pour la santé. Invoquant une décision unilatérale de son prédécesseur, son retrait de l’Accord de Paris sera mondialement remarqué et largement critiqué. Le camp démocrate le traduira comme un réel affront de l’administration Trump, alors que Barack Obama était un grand porteur du projet à l’époque.

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Le rôle de conseiller et de garde-fou de l’EPA (Autorité de Protection de l’Environnement aux Etats-Unis) pour les politiques environnementales est par ailleurs neutralisé par la nomination en début de mandat de Scott Pruitt, ancien procureur de l’Oklahoma ouvertement climatosceptique.

Alors que les Etats-Unis se hissent à la deuxième place de plus gros émetteur avec 13 % des émissions globales, celles-ci, une fois ramenées à la population, représentent toutefois 20 tonnes par habitant et sont trois fois plus élevées que la moyenne mondiale (6,8 tonnes), deux fois plus que les émissions chinoises (9,7 tonnes) ou européennes (8,6 tonnes). Un héritage pour le moins lourd pour Joe Biden et son administration.

(Re) voir : Climat : Joe Biden veut redorer l'image des Etats-Unis écornée par Donald Trump