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Être Coréen du Sud : "Lignes de vie d'un peuple"

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Interview Sophie Normand-Couturier

Journaliste depuis 8 ans en Corée du Sud, Frédéric Ojardias vit depuis 14 ans dans ce pays qu’il connaît bien et admire. Il signe un recueil de 22 portraits de personnalités attachantes qui sont autant de clés pour comprendre la Corée du Sud et son identité complexe. Entretien.

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A travers ses portraits, Frédéric Ojardias fait voler en éclat quelques clichés sur la Corée du Sud et aide à comprendre son exceptionnelle réussite économique. Au-delà de l'image d'hypermodernité de la péninsule, il en aborde aussi les travers.

Le mythe de la nation homogène

Longtemps isolée, surnommée "le pays ermite", la Corée du Sud a changé de visage. Elle se caractérise aujourd'hui par un nouveau cosmopolitisme dû à la multiplication des mariages mixtes (près de 1 sur 7), au retour de la diaspora et à l'afflux de réfugiés du Nord. Hier encore, les petits Coréens apprenaient à l'école que leur sang était pur, et les Sud-Coréens ont attendu les années 1990 pour avoir un passeport et voyager librement, mais jourd'hui, il y a bien des façons d'être Sud-Coréen.

La réussite économique

A la base de cette réussite, il y a à la fois les Coréens eux-mêmes qui, du fait de leur culture confucianiste, mettent l'accent sur le travail et l'éducation. Et les "chaebol", les conglomérats familiaux sur lesquels le gouvernement a parié dans les années 1960 pour en faire des champions de l'exportation et leur permettre d'investir des pans entiers de l'économie - comme Samsung, ancien négociant de poisson séché devenu le numéro 1 mondial de l'électronique.

<p>Lee Jae-yong le 27 décembre 2017, lors de son procès. Condamné à cinq ans de prison pour corruption, il a été blanchi par la justice et a repris la tête d'un groupe en pleine forme.</p>

Lee Jae-yong le 27 décembre 2017, lors de son procès. Condamné à cinq ans de prison pour corruption, il a été blanchi par la justice et a repris la tête d'un groupe en pleine forme.

© AP Photo/Lee Jin-man

Avec ces géants internationaux, les Coréens entretiennent aujourd'hui  une relation d'amour/haine, qui a récemment refait surface avec des manifestations de masse quand l'héritier de Samsung a été incarcéré en 2017. Une vague de protestations qui a entraîné la destitution de la présidente Park Geun-hye, elle-même la fille d'un général. Pour les Coréens, Pak incarnait un patriotisme daté, la volonté de réécrire l'histoire, une Corée nationaliste qui ne colle plus avec le cosmopolitisme de l'époque. 

<p>L'ancienne présidente Park Geun-hye sur un grand écran le 20 juillet 2018, alors que sa peine vient d'être prolongée de huit ans  pour abus de biens publics et violation des lois électorales.</p>

L'ancienne présidente Park Geun-hye sur un grand écran le 20 juillet 2018, alors que sa peine vient d'être prolongée de huit ans  pour abus de biens publics et violation des lois électorales.

©AP Photo/Ahn Young-joon

Le goût de la lutte, le rejet de la solitude

Les Coréens sont animés d'un goût de la lutte en commun. Ils ont conquis la démocratie par eux-mêmes, à force de manifestation contre les régimes militaires, de lutte parfois violentes. Certains militants ont été torturés ou sont morts en prison. Ils en sont très fiers.

Paradoxalement, la société génère des solitudes que les Coréens vivent très mal et qui engendrent des phénomènes absurdes. Les "mangeurs du Net", par exemple, ces gens qui dinent devant leur webcam et se font payer pour "tenir compagnie" aux internautes qui se retrouvent seuls à table. Certains gagnent leur vie ainsi. 

Le taux de suicide, naguère très bas dans le pays, a explosé dernièrement. Il est désormais l'un des plus élevés des pays de l'OCDE. Ce ne sont pas les jeunes, déprimés par la pression que leur impose une éducation dure et ambitieuse qui se suicident le plus, mais les personnes âgées, qui en viennent à se sentir inutiles.