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Exécutions de masse en Arabie saoudite : "les autorités bafouent le droit international"

Anne Denis, de l'ONG Amnesty International réagit aux dizaines d'exécutions qui ont eu lieu en Arabie saoudite ce mardi 23 avril. 
Anne Denis, de l'ONG Amnesty International réagit aux dizaines d'exécutions qui ont eu lieu en Arabie saoudite ce mardi 23 avril. 
©Pierre Morel & Cyril Marcilhacy

37 personnes ont été exécutées mardi 23 avril en Arabie saoudite. Il s'agit de la plus importante exécution de masse dans le pays depuis plus de trois ans. Un des condamnés à mort était mineur au moment des faits pour lesquels il a été condamné. TV5MONDE a interviewé Anne Denis, responsable de la Commission Abolition de la peine de mort chez Amnesty International France.
 

Cela fait trois ans que l'Arabie saoudite n'avait pas organisé d'exécutions de masse. En janvier 2016, 47 personnes étaient exécutées, parmi lesquelles un haut dignitaire chiite saoudien. Cet épisode avait provoqué une crise diplomatique entre Téhéran et Riyad.

Mardi 23 avril 2019, 37 condamnés à mort ont été exécutés en une seule journée, dans cinq régions différentes. Amnesty International, par la voix d'Anne Denis, responsable de la commission Abolition de la peine de mort, réagit.

TV5MONDE : Qui sont les 37 condamnés à mort qui viennent d'être exécutés ?
Anne Denis : En apprenant l'exécution mardi de 37 personnes en Arabie saoudite, Amnesty International est consternée et choquée par l'ampleur de ces exécutions. Ce sont tous des hommes, il y a eu 37 décapitations et l'un d'entre eux a, en plus, été crucifié. C'est le summum de la barbarie.

Ce sont principalement des hommes chiites. 11 d'entre eux ont été condamnés à mort pour espionnage au profit de l'Iran et 14 au moins ont été déclarés coupables d'actes violents liés à la participation à des manifestations contre le gouvernement en 2011, dans une province à majorité chiite. Depuis, ces 14 condamnés étaient en détention préventive prolongée.

Ils ont affirmé au tribunal qu'ils avaient été torturés à plusieurs reprises pendant cette détention, et se sont vus extorquer des aveux. Les procès qui ont lieu dans ces cas-là, pour mener à une condamnation à mort sont basés exclusivement sur des aveux. Il n'y a pas de preuve extérieure. 

L'Arabie saoudite a également exécuté un homme qui était mineur au moment des faits pour lesquels il a été condamné ? 
Ce jeune homme chiite avait été condamné à mort pour participation à des manifestations contre le gouvernement sunnite. Il avait 16 ans à l'époque, donc il était bien mineur au moment des faits. Avec cette exécution, nous constatons que les autorités saoudiennes bafouent totalement le droit international en matière de peine de mort et l'utilise comme un outil pour éliminer la dissidence et pour l'écraser, particulièrement à l'égard de la minorité chiite du pays.

Pourquoi ces exécutions de masse interviennent-elles maintenant ?
Le gouvernement veut montrer qu'il n'admet pas la dissidence politique et que tous ceux qui vont s'élever contre les décisions ou la politique du royaume peuvent être condamnés à mort.

Dimanche, une attaque a eu lieu (ndlr : quatre Saoudiens sont morts en tentant d'attaquer un quartier général des forces de sécurité au nord de Ryad, l'attentat a été revendiqué par le groupe Etat Islamique). Il faut noter que cette année, il y a déjà eu au total, 104 exécutions. C'est un chiffre énorme, au quatrième mois de l'année. En 2018, l'Arabie saoudite a procédé à 149 exécutions. 


Avec l'exécution de plusieurs chiites, peut-on craindre un regain de tensions diplomatiques entre l'Iran et l'Arabie saoudite ? 
Parmi les personnes, je n'ai pas le détail, il ne semble pas qu'il y ait de personne éminente de la communauté chiite qui ait été exécutée.