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Expédition "Planète Méditerranée" : une plongée inédite d'un mois à 120 mètres de profondeur

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Récit : Mylène Girardeau - Montage : Alice Langlois - Images : Andromède Océanologie ©TV5MONDE

Imaginée par le photographe naturaliste Laurent Ballesta, Gombessa V "Planète Méditerranée" est une expédition hors norme. Quatre hommes vivent pendant quatre semaines dans un caisson pressurisé pour permettre des plongées de longue durée à 120 mètres de profondeur. Objectif : explorer les trésors cachés de la Méditerranée entre Marseille et Monaco.

 

Au large des côtes françaises, il existe des écosystèmes méconnus car trop profonds pour être explorés. Ici la mer Méditerranée regorge de trésors cachés, des "hotspots" de biodiversité.

Laurent Ballesta est photographe naturaliste, connu notamment pour être l'ancien comparse de Nicolas Hulot alors animateur de l'émission de télévision Ushuaïa. Voilà 18 ans que ce biologiste aussi plongeur professionnel mûrit le rêve de s'affranchir de la dernière frustration de la plongée en eaux profondes pour explorer plus longuement les fonds de la Grande bleue: "En plongée profonde habituelle, notre temps au fond est compté en minutes. Quelques minutes au fond impliquent des heures de décompression pendant la remontée. Ce n'était plus gérable", nous explique-t-il, la voix transformée par l'hélium qu'il respire.
 
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Laurent Ballesta, photographe et biologiste, interviewé par TV5MONDE le 24 juillet 2019, raconte la genèse du projet Gombessa V.

Alors est venue l'idée de tromper le corps : s'installer pour quatre semaines dans un caisson flottant de 10m², baptisé station "bathyale" (en référence à la zone bathyale qui désigne les grandes profondeurs, juste avant la zone abyssale). Cet environnement clos est sous une pression identique à celle des profondeurs : 13 fois plus importante qu'à la surface.

Oubliée donc la nécessité de décompresser, on peut descendre et remonter à volonté car physiologiquement, le corps réagit comme s'il était en permanence à 120 mètres de fond. Avec cette prouesse technologique, la profondeur n'est plus un problème, les sorties peuvent désormais durer des heures.

La station "bathyale"est tractée vers différents sites d'exploration entre Marseille et Monaco.
 
Les plongeurs vivent dans un espace de vie de 5m² où ils se reposent. Le caisson de vie contient un passe-plat qui permet à l’équipe en surface de leur donner nourriture et boissons chaudes. Via 2 portes étanches et un passage cylindrique de 70 cm de diamètre, les explorateurs accèdent au module vestiaire-sanitaires. Grâce à un second passage similaire, ils se rendent dans la tourelle de plongée, l’espace le plus réduit du module (environ 3m<sup>3</sup>). Une fois la tourelle arrivée en profondeur, la porte s’ouvre pour une nouvelle exploration. ©DR
Les plongeurs vivent dans un espace de vie de 5m² où ils se reposent. Le caisson de vie contient un passe-plat qui permet à l’équipe en surface de leur donner nourriture et boissons chaudes. Via 2 portes étanches et un passage cylindrique de 70 cm de diamètre, les explorateurs accèdent au module vestiaire-sanitaires. Grâce à un second passage similaire, ils se rendent dans la tourelle de plongée, l’espace le plus réduit du module (environ 3m3). Une fois la tourelle arrivée en profondeur, la porte s’ouvre pour une nouvelle exploration. ©DR

Isolement et promiscuité

Depuis le 1er juillet, Laurent Ballesta est donc parti pour une nouvelle expédition "Gombessa" avec ses trois camarades : Antonin Guilbert, biologiste marin, Yannick Gentil, un cadreur originaire de Suisse et Thibault Rauby, assistant éclairagiste. Les quatre plongeurs, épaulés par une trentaine de personnes en surface, relèvent le défi de l'isolement et de la promiscuité : "C'est une contrainte qu'on a acceptée pour un immense privilège. Alors quand ça devient un peu tendu parce que la météo nous a empêchés de sortir par exemple, il faut se rappeler que malgré les apparences nous sommes des privilégiés." 

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Laurent Ballesta, interviewé par TV5MONDE le 24 juillet 2019, depuis le caisson de vie de la station bathyale raconte l'organisation et les conditions de vie de l'expédition Gombessa V.


L'équipée travaille au service d'une dizaine de laboratoires de recherche scientifique français et étrangers. Leur mission est d'établir un état de santé des récifs corraligènes de Méditerranée : des assemblages riches de coraux, d'algues, d'éponges, de mollusques, de vers marins qui construisent ensemble des structures très complexes. Les plongeurs échantillonnent et documentent une vie sous-marine, parfois pour la première fois. 

"On a filmé et photographié des scènes d'accouplement et de ponte pour le calamar veiné, un grand calamar dont les mâles adultes mesurent 1 mètre de longueur. Ils nous ont fait le privilège de cette cérémonie nuptiale dès la première plongée, le premier jour" s'enthousiasme Laurent Ballesta.

Calamars, murènes, laminaires et gorgones


Photographier des espèces de poissons jamais illustrés vivants dans leur milieu naturel, filmer la parade nuptiale et l'accouplement des murènes pour la première fois, étudier les gorgones ou encore les laminaires, ces forêts d'algues sous-marines qui s'étendent sur plusieurs hectares, autant d'expériences inédites et autant d'objets d'étude à relier aux enjeux environnementaux.

"On a installé des cloches métabolliques pour savoir si ces récifs coralligènes profonds produisent ou consomment de l'oxygène, en d'autres termes sont-ils des puits de carbone ô combien nécessaires de nos jours pour diminuer le réchauffement ou sont-ils à considérer comme des écosystèmes purement "animal" c'est-à-dire qui consomment de l'oxygène", précise le biologiste.

Les scientifiques préparent également les moyens de recherche de demain grâce à des dispositifs acoustiques. L'idée est de placer des micros au fond de la mer et d'observer l'état de la biodiversité en même temps. Ainsi dans le futur pourrait-on peut-être diagnostiquer la santé des fonds marins rien qu'en les écoutant.

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Laurent Ballesta, photographe sous-marin et biologiste, interviewé par TV5MONDE le 24 juillet 2019, explique ce que son équipe a pu observer dans les fonds marins et l'intérêt pour les laboratoires de recherche.

"Un Eden riche de vie et de diversité"


Quant à l'indéniable pollution dont est victime la mer Méditerranée, elle est toutefois à nuancer estime l'inconditionnel de la Grande Bleue :"Bien sûr que la Méditerranée est polluée, abîmée, souillée, ce n'est pas un scoop. Le commandant Cousteau disait en 1972 "La Méditerranée est morte", il y est allé un peu fort. Je suis né en 1974 et ma passion pour la plongée et la biologie marine est née en Méditerranée, si ça avait été une telle poubelle je ne suis pas sûr que je me serais passionné à ce point. Il a peut-être eu raison pour éveiller les consciences mais il a eu tort sur ce diagnostic radical et sans appel. La Méditerannée est peut-être parfois devenue la poubelle de nos civilisations, mais c'est avant tout le berceau de nos passions, car il y a encore quelques joyaux, quelques jardins secrets. Hier, on a plongé dans un Eden veritablement, une zone rocheuse au large de Cassis et de La Ciotat qui est sublime, riche de vie et de diversité."

L'équipe n'a plus que quelques heures pour profiter au maximum de ces longues explorations en eaux profondes. Le 26 juillet 2019 débutent trois jours de décompression avant un retour sur la terre ferme. L'ensemble de cette expédition fera l'objet d'un documentaire pour la chaîne franco-allemande Arte qui sera diffusé en 2020.

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Laurent Ballesta, biologiste amoureux de la Méditerranée, interviewé par TV5MONDE le 24 juillet 2019 depuis la station bathyale de Gombessa V, témoigne des joyaux qu'elle recèle encore.


 

Cinq expéditions GOMBESSA menées par le photographe et biologiste Laurent Ballesta

"Planète Méditerranée" est la cinquième expédition Gombessa.
Auparavant Laurent Ballesta a déjà mené quatre autres opérations d'envergure, toujours consacrées à l’étude des écosystèmes marins parmi les plus rares et inaccessibles de la planète.

Gombessa I (2013) Le coelacanthe
Il s'agit d'un poisson rarissime, vivant en grande profondeur. Laurent Ballesta et son équipe ont pu remonter les traces de cet animal mythique et réaliser une série d’observations sur des spécimens vivants. 

Gombessa II (2015) Le mystère mérou
Elle s’est déroulée dans la passe sud de l’atoll de Fakarava, classée Réserve Man & Biosphere par l’UNESCO, en Polynésie française où se tient un rassemblement unique de "mérous camouflage" du Pacifique. L’objectif de la mission était de les dénombrer (18000 mérous, un record du monde) ainsi que d’illustrer et expliquer leur reproduction aussi brève que spectaculaire : elle n’a lieu qu’une seule fois dans l’année autour de la pleine lune de juin. 

Gombessa III (2017) Antarctica, Sur les traces de l’Empereur
Laurent Ballesta s’est rendu en Antarctique à l’invitation du réalisateur oscarisé Luc Jacquet (La Marche de l’Empereur). Pour la première fois, une équipe de plongeurs professionnels a pu plonger en grande profondeur sous la banquise de cette région du monde. La mission a permis de recueillir les toutes premières images naturalistes des écosystèmes sous-marins des eaux profondes de l’Antarctique.

Gombessa IV (2018) 700 Requins dans la nuit
Retour dans la passe sud de l’atoll de Fakarava pour comprendre l’écologie et le comportement des requins gris de récif.

Pour en savoir plus : https://www.andromede-ocean.com/