Info

Explosions à Beyrouth : entre la France et le Liban des liens historiques

Des membres de la diaspora libanaise prient devant la basilique du Sacré Coeur à Paris ce 5 août en mémoire des victimes de la double explosion à Beyrouth.
Des membres de la diaspora libanaise prient devant la basilique du Sacré Coeur à Paris ce 5 août en mémoire des victimes de la double explosion à Beyrouth.
AP/Michel Euler

Le président français Emmanuel Macron est le premier chef d'Etat étranger à se rendre à Beyrouth ce jeudi, deux jours après les explosions qui ont ravagé la ville. Depuis des décennies, la France cultive une relation étroite avec le Liban. L'État français est souvent intervenu dans les affaires libanaises. Retour sur ces liens historiques entre les deux pays.
 

Le président français, Emmanuel Macron, vient d'arriver à Beyrouth. Il avait annoncé sa visite la veille dans un tweet. "Je me rendrai demain à Beyrouth à la rencontre du peuple libanais pour lui porter le message de fraternité et de solidarité des Français. Nous ferons le point sur la situation avec les autorités politiques", avait tweeté ce mercredi le chef de l'État qui rencontrera son homologue Michel Aoun et le Premier ministre Hassan Diab.
 

Au moment de sa descente d'avion, le président français par l'intermédiaire de son compte twitter a tenu à réaffirmer que "le Liban n'était pas seul".
 


"Le fait qu'Emmanuel Macron ait aussi rapidement pris le taureau par les cornes et décidé de venir à Beyrouth a été très favorablement accueilli. Cela s'inscrit dans une longue tradition de liens très solides entre la France et le Liban", rappelle à l'Agence France-Presse Karim Emile Bitar, directeur de l'Institut de sciences politiques à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.

"C'est dans les épreuves que les amis sont là et nous sommes là", a souligné le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. " La France est la famille du Liban et le Liban est la famille de la France, nous sommes en deuil", soulignait sur la chaîne d'information française BFM TV, le ministre français des Affaires Étrangères.

Dès mercredi matin, la France a ainsi annoncé l'envoi d'aide vers le Liban. A la mi-journée, un premier avion s'est envolé de Marseille avec du matériel d'urgence ainsi qu'une équipe médicale de neuf personnes pour le Liban, a indiqué le service de communication des marins-pompiers.

Ils ont embarqué à bord d'un avion privé mis à disposition par Rodolphe Saadé, PDG d'origine libanaise de la CMA-CGM, un des leaders mondiaux du transport maritime. Deux autres appareils chargés de matériel et d'intervenants médicaux devaient également décoller mercredi de l'aéroport de Roissy près de Paris.
 

La France, ancienne puissance mandataire

 

La France est l'ancienne puissance mandataire du Liban. Avec la fin de l'Empire ottoman, la Société des Nations (SDN, ancêtre de l'ONU) confie un mandat à la France sur la Syrie et le Liban en 1919. Ce mandat aboutit à la création du "Grand Liban". C'est ce que rappelle un rapport du Sénat français sur les liens historiques entre la France et le Liban. Le Liban devient une République libanaise en 1926, toujours sous tutelle de la France. Le pays accède au même titre que la Syrie à l'indépendance en 1943.
 

Un quart de la population libanaise parle français


Les liens restent fort entre les deux pays. Le Liban est membre de l'Organistaion internationale de la Francophonie. Et selon l'OIF , un peu plus de 1,6 million de Libanais sont aujourd'hui francophones, ce qui représente un peu plus du quart de la la population. La diaspora libanaise, dont les chiffres varient entre 4 et 14 millions de personnes, est fortement présente en France mais aussi en Afrique.

La France est historiquement la puissance protectrice des communautés chrétiennes au Liban. Cela a commencé avec la monarchie française sous Louis IX en 1250 mais c'est surtout sous Napoléon III ( 1852-1870) que la France est intervenue au Liban pour protéger les communautés maronites. La très grande majorité des écoles chrétiennes au Liban mais aussi en Syrie enseignent en français et c'est dans ce sens qu'Emmanuel Macron en janvier 2020 a lancé "un fonds par lequel nous allons financer l’ensemble des écoles des chrétiens d’Orient. "

Si la France, historiquement, se pose comme la puissance protectrice des communautés chrétiennes en Orient et plus particulièrement au Liban, à la différence d'autres grands acteurs comme les Etats-Unis, elle parle à toutes les parties libanaises, y compris le puissant mouvement chiite pro-iranien Hezbollah.
 

La France active auprès des bailleurs de fond du Liban


Paris est aussi active dans les négociations avec les bailleurs de fonds du pays au momment où l'Etat libanais se retrouve en très grande difficulté financière.

Paris compte jouer un rôle de premier plan avec des "initiatives dans les jours qui viennent" afin de mobiliser l'aide internationale nécessaire, notamment au niveau européen, selon Jean-Yves le Drian.

Reste à savoir le ton qu'Emmanuel Macron va adopter lors de cette visite, alors que le Liban traversait avant l'explosion une grave crise économique et sociale et que l'opinion est très remontée contre sa classe politique, qu'elle juge corrompue et incapable d'engager des réformes.

Emmanuel Macron vient-il avant tout pour témoigner sa solidarité ou critiquera-t-il, comme son chef de la diplomatie en juillet, l'absence de réformes du gouvernement pour sortir le pays de la crise?

"Les Libanais souhaitent que M. Macron s'adresse directement à eux plutôt qu'à cette classe politique qui à leurs yeux est complètement discréditée", pointe Karim Emile Bitar.