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Expulsion de djihadistes français de Turquie : que sait-on ?

Femmes et enfants apparentés au groupe État Islamique attendent de monter dans des bus pour quitter le camp de Al-Hol (image d'illustration). Province d'Hassaké, Syrie, 3 juin 2019.
Femmes et enfants apparentés au groupe État Islamique attendent de monter dans des bus pour quitter le camp de Al-Hol (image d'illustration). Province d'Hassaké, Syrie, 3 juin 2019.
© AP / Baderkhan Ahmad

La Turquie annonce le renvoi dans plusieurs pays européens, dont la France, de membres étrangers du groupe État islamique. Sur ces onze Français, huit sont partis du camp kurde d'Aïn Issa en Syrie - trois femmes et cinq enfants. Dans quelles conditions vont-ils revenir ?

On en sait plus sur l’identité des onze djihadistes français expulsés de Turquie. Sur ces onze Français, trois femmes et cinq enfants sont partis du camp kurde d'Aïn Issa en Syrie. "Elles n'ont pas eu d'autre choix que de partir" (après l'offensive turque en Syrie, ndlr), indique leur avocate Maître Marie Dosé. "Quand elles ont voulu rentrer dans le camp, leurs tentes avaient brûlé."

Selon les informations de Franceinfo, sur ces onze personnes, en plus de ces trois femmes et des cinq enfants, il y aurait une femme radicalisée et ses deux enfants. Certaines sont donc arrivées récemment en Turquie. D'autres se trouvent en prison en Turquie « depuis longtemps ».

Plusieurs combattants étrangers de Daech se sont évadés des prisons syriennes après l'offensive turque contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG). Une incursion consécutive au retrait des soldats américains en octobre 2019. Au total, Ankara assure avoir capturé 287 personnes échappées de ces geôles, sans préciser leur nationalité.


En tout, la Turquie est en train d’expulser 25 combattants étrangers de Daech. En sus des onze djihadistes français, dix Allemands, deux Irlandais, un Danois et un Américain sont concernés par cette mesure.
 
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Accord de coopération France / Turquie

Cette expulsion de djihadistes français, annoncée par Ankara jeudi 7 novembre, ne surprend personne. « Erdogan a toujours exprimé son rejet de prendre en charge judiciairement les combattants étrangers de Daech », assure Maître Marie Dosé, avocate d’une quarantaine de femmes et d’une centaine d’enfants français détenus dans des camps syriens. Qui plus est, « le protocole Cazeneuve oblige la Turquie à expulser les ressortissants français [membres de Daech] ».

Le protocole Cazeneuve est un accord de coopération policière entre Ankara et Paris entré en vigueur le 26 septembre 2014. "C’est parce que nous ne voulons pas être confrontés à des retours sauvages de terroristes que ce protocole a été conclu », souligne la ministre française des Armées Florence Parly ce lundi 11 novembre. L'accord "normalise les conditions de retour des combattants étrangers [en France], de manière à pouvoir le judiciariser dès lors qu'ils ont quitté le théâtre des opérations terroristes", indiquait Bernard Cazeneuve en juin 2016.

Reste le problème de l’égalité entre les personnes expulsées de Turquie, et celles qui restent dans les camps syriens.

Maître Marie Dosé, avocate de femmes et enfants français détenus en Syrie

«193 personnes ont fait l’objet d’un rapatriement organisé sur le territoire français » dans le cadre de ce protocole, peut-on lire dans le rapport de la commission d’enquête du Sénat sur l’organisation des services de l’Etat sur la menace terroriste après la chute de l’État Islamique.

1 200 membres du groupe Etat islamique se trouvent dans des geôles turques, d’après le président turc Erdogan. « 250 enfants et un peu plus de 100 femmes françaises se trouveraient dans le Kurdistan syrien », d’après Maître Marie Dosé.

Quel sort réservé à ces onze Français ?

A leur arrivée, ces 11 Français, bientôt expulsés de Turquie "seront placés en garde à vue, mis en examen, déférés devant un juge et placés en détention provisoire" dans le cadre du protocole Cazeneuve, nous indique Maître Marie Dosé.

Ils sont, comme les djihadistes français en Syrie et en Irak, « sous le coup d’une information judiciaire antiterroriste et d’un mandat d’arrêt international, donc les juges d’instruction les attendent », nous indique-t-on. « La justice antiterroriste est prête. »

Reste « le problème de l’égalité entre les personnes expulsées de Turquie, et celles qui restent dans les camps syriens », pointe du doigt Maître Marie Dosé. S’évader en Turquie ouvre la possibilité d’une expulsion vers la France via le protocole Cazeneuve. Rester en Syrie revient, pour l’avocate, à « attendre d’être récupéré soit par le groupe Etat Islamique, soit par Bachar al-Assad ».

Maître Marie Dosé dénonce « la politique du pire » ; « il ne reste ni ONG, ni médecins dans les prisons syriennes ».

Cette épineuse question des combattants étrangers de Daech sera au cœur d’une réunion des ministres de la coalition anti-Daech à Washington, ce jeudi 14 novembre. Un sommet demandé par le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, après le retrait des soldats américains de Syrie.