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Facebook, Twitter : les internautes prennent leurs distances

Depuis le scandale Cambridge Analytica, un mouvement de retrait des utilisateurs de Facebook s'opère. Sur Twitter, la "foire d'empoigne", doublée de la propagation des fausses informations, fatigue une partie de ses utilisateurs. L'usage des réseaux sociaux est-il en train de changer ?

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L'étude du Pew Research Center publiée ce 5 septembre 2018 a porté un coup dur au réseau social Facebook, qui plus est sur son territoire d'origine, les Etats-Unis : 26% des Américains ont désinstallé l'application de leur smartphone ! Chez les 18-29 ans, la proportion est encore plus importante : 44%, tandis que les plus de 65 ans n'ont été que 12% à le faire. Mais ces chiffres ne sont pas les seuls à en dire long sur la désaffection du public : 42% des sondés — tous âges confondus — expliquent avoir fait une pause de plusieurs semaines au cours de l'année sur le réseau social de Mark Zukerberg. Quelque chose est-il en train de se désintégrer dans l'usage des réseaux sociaux, ces outils particulièrement addictifs qui captent chaque jour l'attention de centaines de millions de personnes  ? 

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Agacement et préoccupation sécuritaire

Facebook a mauvaise presse depuis que le Congrès américain, puis le Parlement européen, ont demandé à Mark Zukerberg de s'expliquer sur la vente de données personnelles à une entreprise "d'influence numérique" spécialisée dans le traitement des mégadonnées : Cambridge Analytica. 

> Lire : Pourquoi Facebook exclut-il Cambridge Analytica ? 

De fait, une partie des deux milliards de membres du réseau social commencent à  s'inquièter de plusieurs phénomènes, dont l'utilisation de leur données personnelles. L'étude du Pew Research Center indique que 54% des utilisateurs ont modifié les paramètres de confidentialité et de sécurité de leur compte Facebook cette année. Les problématiques de l'influence électorale par le réseau social comme celles des "bulles de filtre" (même si ce dernier phénomène est contesté aujourd'hui) ont été beaucoup discutées depuis l'élection de Donald Trump et du vote sur le Brexit : une partie des utilisateurs commencerait-elle à se méfier des effets induits par les biais cognitifs qu'utilisent les acteurs étatiques ou privés d'Internet pour les influencer sur Facebook ?

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Twitter fatigue et inquiète

Au deuxième trimestre 2018, Twitter comptait 335 millions d'utilisateurs actifs mensuels dans le monde - en 2017, ils n'étaient plus que 326 millions. Le réseau social semble avoir atteint un seuil, et sa base d'utilisateurs ne progresse plus que très lentement. Aux Etats-Unis, le nombre de comptes stagne aux alentours de 68 millions. De la même manière que Facebook pose problème en termes d'influence, Twitter n'échappe pas au phénomène. Le principal étant celui de la propagation des fausses informations, ou "fake news", qui enflamment le réseau de microbloging au point d'être relayées parfois par les médias, comme dans le cas récent du faux décès du réalisateur Costa Gavras.

La communication politique de Donald Trump, un président qui peut virer des membres de son gouvernement ou insulter des chefs d'Etat d'un simple tweet, s'inscrit dans cette nouvelle pratique des réseaux sociaux : celle du clash permanent, du trolling (fabrication de troubles par la mauvaise foi et l'excitation intentionnelle de ses interlocuteurs) et des accusations ou indignations permanentes en temps réel. Le harcèlement est devenu une constante inquiétante de Twitter, particulièrement pour les comptes féminins. Dans ce contexte de plus en plus délétère, des "célébrités" ou des professionnels des médias ferment leurs comptes, tandis que les débats pour tenter d'apaiser les tensions ne cessent de s'enchaîner. Twitter fatigue de plus en plus d'utilisateurs. 

L'une des solutions proposée par une journaliste, Aude Lorriaux, serait d'abolir "l'anonymat" (qui est en réalité du pseudonymat) sur Twitter, pour limiter les attaques, insultes, harcèlement et autres fabrications de fausses informations. Les utilisateurs, selon Aude Lorriaux, n'oseraient pas se comporter "aussi mal" s'ils étaient forcés de tweeter avec leur véritable identité. Cette solution a vite été balayée : les lanceurs d'alerte ne pourraient plus agir, de nombreux débats n'auraient plus lieu par peur de rétorsion des employeurs ou jugement de la part de proches ou de collègues de travail : le pseudonymat protège les internautes et permet l'exercice démocratique de la libre expresion, qu'entraverait en grande partie l'obligation inverse à s'exprimer sous sa véritable identité.

Mais comme le souligne l'article de Libération sur le sujet : "Il est vrai qu’il flotte ces derniers temps sur l’Internet comme une immense fatigue. Les belles promesses de l’Internet social et communautaire se sont évaporées, laissant derrière elles une tenace odeur de haine et de harcèlement. Les réseaux sociaux, et singulièrement Twitter, sont devenus des lieux hostiles pour de nombreuses personnes, qui n’ont souvent d’autres choix que de fermer leur compte."

Ce constat, au niveau de Twitter, allié à la défiance croissante envers Facebook, serait-il un changement d'approche d'une part grandissante des internautes ? Et si les réseaux sociaux commençaient à fatiguer et inquiéter leurs utilisateurs ? Un début de fin de règne qui annoncerait l'émergence d'une autre utilisation d'Internet ? Mais avec de nouveaux outils, forcément, parce qu'Internet est comme la nature : il a horreur du vide…