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Faut-il parler aux Talibans ? La communauté internationale reste divisée

Le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid s'exprime lors de sa première conférence de presse, à Kaboul, en Afghanistan, le mardi 17 août 2021.
Le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid s'exprime lors de sa première conférence de presse, à Kaboul, en Afghanistan, le mardi 17 août 2021.
©AP Photo/Rahmat Gul

Faut-il parler aux Talibans ? Reconnaître leur pouvoir ? Les chancelleries occidentales hésitent. Des pays comme la Russie ou la Turquie se montrent plus ouverts envers le nouveau pouvoir afghan. Tour d'horizon des grandes diplomaties du monde. 

Nous sommes le mardi 17 août. Les nouveaux maîtres de Kaboul, depuis deux jours, tiennent dans la capitale leur première conférence de presse. Ils s'efforcent de rassurer la communauté internationale sur leurs intentions. Le nouveau régime, selon leur porte-parole Zabihullah Mujahid ne sera pas lieu d'acceuil pour terroristes. Le nouveau pouvoir s'engage "à laisser les femmes travailler dans le respect des principes de l'islam." Les talibans promettent la mise en place d'un gouvernement ouvert à tous les partis du pays. De telles promesses suffisent-elles à rassurer les chancelleries ? 

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Jugés sur les actes

États-Unis. Les Américains maintiennent un dialogue constant avec les talibans depuis leur entrée dans Kaboul. Ils négocient ainsi avec les talibans le "calendrier" des évacuations. Cependant, la Maison blanche insiste sur le fait qu'elle attendra de pouvoir juger sur les actes, notamment sur le respect des droits humains, avant de décider de la nature de leurs futures relations diplomatiques.

Il reviendra aux talibans de montrer au reste du monde qui ils sontJake Sullivan, conseiller du président américain Biden

Washington s'est néanmoins dit prêt à maintenir sa présence diplomatique à l'aéroport de Kaboul après la date limite de retrait militaire fixée au 31 août, à condition que la situation soit "sûre". C'est ce que précise le porte-parole du département d'Etat, Ned Price. 

Union Européenne. Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, estime que L'Union européenne "devra parler" aux talibans "aussi vite que nécessaire", car ces derniers "ont gagné la guerre" en Afghanistan. Il a néanmoins précisé que de telles discussions n'impliquaient pas pour autant une prompte reconnaissance officielle du régime taliban par Bruxelles.

Cette prise de position rapide de Josep Borell a cependant fait grincer des dents au sein de l'administration de Bruxelles. 

L'Union européenne et les États-Unis se sont par ailleurs dits "profondément inquiets" de la situation des femmes en Afghanistan. Ils ont appelé les talibans à éviter "toute forme de discrimination et d'abus" et à préserver le droit des femmes.

France. Il est "trop tôt" pour décider du maintien ou non de l'ambassade de France à Kaboul, qui dépendra de l'évolution de la situation après la prise du pouvoir par les talibans, a indiqué mardi l'Elysée. L'Elysée a souligné que la question de la reconnaissance du régime taliban par Paris ne se posait pas car "la France reconnaît les pays, pas les régimes". 

Pour le moment, l'ambassade reste opérationnelle même si elle a été délocalisée à l'aéroport de Kaboul, où l'ambassadeur David Martinon et son équipe gèrent les opérations d'évacuation des derniers ressortissants français et des Afghans ayant travaillé pour la France

Allemagne. "Nous jugerons les talibans à leurs actes", a prévenu mardi 17 août le ministre allemand des Affaires étrangères. Il a déploré l'entrave de l'accès à l'aéroport de Kaboul pour les candidats afghans à l'évacuation.

Ce qui est important, c'est que cette phase de transition soit pacifique et cela dépendra de ce que le gouvernement de transition fera réellement dès qu'il sera en placeHeiko Maas, ministre des Affaires étrangères allemand

L’Allemagne a annoncé avoir suspendu son aide au développement à l'Afghanistan.

Royaume-Uni. Les talibans "seront jugés sur les actes, pas sur les paroles", a averti le Premier ministre britannique Boris Johnson mercredi lors d'une session extraordinaire du Parlement consacrée à la situation en Afghanistan, d'où le Royaume-Uni a évacué plus de 2.000 Afghans.

Boris Johnson plaide pour une "approche unifiée" de la communauté internationale face au retour au pouvoir des talibans. Il s'est entretenu ces derniers jours avec le président français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le président américain Joe Biden. Une rencontre des dirigeants du G7 est prévue dans les prochains jours.

Canada. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau ne veut pas entendre parler de dialogue avec le nouveau pouvoir de Kaboul. Le Canada n'a "aucune intention de reconnaître un gouvernement taliban" a insisté le chef du gouvernement fédéral.

"Lorsqu'ils étaient au pouvoir il y a 20 ans, le Canada ne reconnaissait pas leur gouvernement. Ils ont renversé par la force et remplacé un gouvernement dûment élu, et forment un groupe terroriste d'après la loi canadienne", a-t-il poursuivi en marge d'un point presse en Ontario pour la campagne législative.

Des pays concililants

Chine. Pékin n'a pas encore reconnu officiellement le régime des talibans, attendant de voir la composition d'un futur gouvernement. Le pays, qui partage 76 km de frontière avec l'Afghanistan, a néanmoins indiqué ce lundi 16 août qu'il souhaitait des "relations amicales" avec les talibans.

Nous attendons qu'un régime ouvert, inclusif et largement représentatif soit établi en Afghanistan avant que la question d'une reconnaissance diplomatique ne soit abordéeZhao Lijian, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois

Malgré le rapatriment de 210 de ses ressortissants, la Chine a maintenu ouverte son ambassade à Kaboul. Son ambassadeur est toujours présent dans la capitale afghane.

Russie. Moscou a jugé mardi 17 août que les talibans envoyaient des signaux positifs en matière de libertés et de partage du pouvoir. Bien qu'appellant à un dialogue inter-afghan, la diplomatie russe estime que les talibans se comportent de manière "civilisée" à Kaboul.

Le fait que les talibans à Kaboul proclament et démontrent dans la pratique leur disposition à respecter les opinions des autres constitue, à mon sens, un signal positifSergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russe

La Russie, bien qu'elle considère les talibans comme une organisation terroriste interdite, a des relations avec eux depuis plusieurs années et a reçu ses émissaires à Moscou à de nombreuses reprises. Comme la Chine, l'ambassade russe fonctionne toujours à Kaboul.

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Turquie. Le pays du Moyen-Orient a estimé mardi 17 août que les messages envoyés par les talibans depuis leur prise du pouvoir à Kaboul étaient "positifs". La Turquie affirme avoir des discussions avec le mouvement islamiste radical. 

Nous continuons de dialoguer avec toutes les parties en Afghanistan, y compris les talibansMevlüt Cavusoglu, ministre des Affaires étrangères turque

La Turquie accueille "de manière positive" les messages envoyés jusqu'à présent par les talibans et espère que "cela se reflérera dans leurs actes".

Iran. Le pays partage plus de 920 kilomètres de frontière avec l'Afghanistan.

Dans un communiqué officiel, le président iranien Ebrahim Raïssi estimait ce lundi 16 août que "la défaite militaire" des États-Unis en Afghanistan devait se transformer en une "opportunité de paix".

Capture d'écran du communiqué sur le site officiel de la présidence d'Iran
Capture d'écran du communiqué sur le site officiel de la présidence d'Iran

L'Iran a annoncé dimanche 15 août avoir réduit les effectifs de son personnel diplomatique en Afghanistan. Mais son ambassade est toujours ouverte à Kaboul.

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