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Financement libyen : Nicolas Sarkozy mis en examen

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(commentaire : Sophie Roussi @TV5MONDE)
Nicolas Sarkozy quittant les locaux de la police à Nanterre le mercredi 21 mars 2018.

Après plus de 24 heures de garde à vue, l'ancien président français a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire dans le cadre de l'enquête sur le financement libyen présumé de sa campagne électorale de 2007. Nicolas Sarkozy, qui fut l'un des artisans de la chute du dictateur Mouammar Kadhafi tué en 2011, a toujours nié les faits qui lui sont reprochés.

 

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Nouveau coup de tonnerre pour Nicolas Sarkozy. Déjà renvoyé en correctionnelle pour "financement illégal de campagne" dans l’affaire Bygmalion et mis en examen pour "corruption", "trafic d’influence" et "recel de violation du secret professionnel" dans l'affaire "des écoutes" ou "Bismuth", l'ancien président français est à nouveau mis en examen dans l'enquête sur les soupçons de financement libyen de sa camapgne victorieuse en 2007. 

Nicolas Sarkozy, qui nie les faits qui lui sont reprochés, a été mis en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de fonds publics libyens" et placé sous contrôle judiciaire. 

L'ancien président, qui fut l'un des artisans de la chute du dictateur Mouammar Kadhafi, tué en 2011 par les rebelles libyens, avait été placé en garde à vue ce mardi 20 mars le matin dans les locaux de l'office anticorruption (Oclciff) à Nanterre, près de Paris. 

Son audition, interrompue mardi à minuit, avait repris mercredi matin à 8h. Après s'être vu signifier sa mise en examen, il a regagné son domicile dans le XVIe arrondissement.

Coup de tonnerre

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"C'est un coup de tonnerre après cinq ans d'investigations. Il est mis en examen des principaux chefs dans cette enquête", a relevé une source proche du dossier. 

"La justice dans ce pays est libre, qu'on soit ancien chef d'Etat, parlementaire ou ministre", a déclaré à l'AFP Christophe Castaner, délégué général de La République en marche.

Sollicités, les avocats de l'ex-président n'étaient pas disponibles dans l'immédiat.
Cette affaire n'est pas la seule dans laquelle il est mis en cause. Il a été renvoyé en correctionnelle en février 2017 par le même juge Serge Tournaire, pour financement illégal de campagne électorale, mais cette fois pour la présidentielle de 2012. Il a fait appel de ce renvoi.

Nicolas Sarkozy, 63 ans, est aussi menacé d'un procès dans l'affaire "des écoutes". Il est suspecté d'avoir tenté d'obtenir d'un magistrat à la Cour de cassation, Gilbert Azibert, des informations le concernant couvertes par le secret.
Sa mise en examen dans le dossier libyen marque un formidable coup d'accélérateur dans cette affaire instruite par des magistrats du pôle financier depuis près de cinq ans.

Depuis la publication en mai 2012 par le site Mediapart d'un document libyen accréditant un financement d'environ 50 millions d'euros, pour permettre notamment à la Libye de sortir de son isolement diplomatique, les investigations ont considérablement avancé. 
                  

Enveloppes et valises                   


Plusieurs protagonistes, dont d'ex-responsables libyens, ont accrédité la thèse de versements illicites. 

Le sulfureux homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine a lui-même assuré avoir remis entre fin 2006 et début 2007 trois valises contenant 5 millions d'euros en provenance du régime de Kadhafi à Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, et à son directeur de cabinet Claude Guéant.

"Le menteur, ce n'est pas moi", a réagi M. Takieddine après la mise en examen de l'ex-président. "Petit à petit, l'étau se resserre, tout commence à tomber et la mafia aussi", a-t-il ajouté.

D'autres dignitaires libyens ont démenti tout financement de la Libye de Mouammar Kadhafi, que Nicolas Sarkozy avait reçu en grande pompe à l'Elysée en 2007.

Quels sont les nouveaux éléments rassemblés par les magistrats pouvant mettre directement en cause l'ancien chef de l'Etat?

Selon Le Monde, plusieurs anciens dignitaires du régime Kadhafi auraient livré de récents témoignages confirmant les soupçons de financement illicite. 

Autre élément qui pourrait être compromettant pour Nicolas Sarkozy, un rapport de l'office anticorruption, daté de septembre, qui pointe une circulation importante d'espèces dans son entourage durant la campagne 2007. 

"Tout le monde venait chercher son enveloppe", a relaté une ex-salariée, d'après ce rapport dont l'AFP a eu connaissance, doutant qu'une distribution aussi massive ait pu se faire sans que le candidat de l'UMP ait été au courant.

Interrogés, Éric Woerth, trésorier de la campagne, et l'un de ses adjoints, Vincent Talvas, ont assuré que l'argent provenait de dons anonymes, une justification contestée par d'autres protagonistes de la campagne.

Les investigations ont aussi mis en lumière plusieurs opérations suspectes, notamment un virement de 500.000 euros perçu par Claude Guéant en mars 2008. L'ex-secrétaire général de l'Élysée est également mis en examen dans cette enquête notamment pour "blanchiment de fraude fiscale en bande organisée".

Les juges s'interrogent également sur la vente en 2009 d'une villa à Mougins (Alpes-Maritimes) à un fonds libyen géré par Bachir Saleh, ancien argentier de Kadhafi, soupçonnant que cette transaction -derrière laquelle se cacherait l'homme d'affaires Alexandre Djouhri- ait pu être effectuée pour dissimuler d'éventuels versements occultes.

L'ex-ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux a également été entendu mardi, mais en audition libre. "Il a de nouveau assuré qu'il n'y avait pas eu de financement en provenance de Libye ou de quelque pays étranger. En répondant aux nombreuses questions qui lui ont été posées, il a démenti les erreurs et rumeurs qui ont couru sur cette affaire", a déclaré son avocat Jean-Yves Dupeux.

La défense de Nicolas Sarkozy

Le Figaro a révélé ce jeudi en exclusivité les propos tenus par Nicolas Sarkozy aux magistrats  lors de sa comparution à l'issue de sa garde à vue.

Le président français, qui nie les faits qui lui sont reprochés, souligne notamment que : "les déclarations M. Kadhafi, de sa famille et de sa bande n'ont commencé que le 11 mars 2011, c'est-à-dire le lendemain de la réception à l'Élysée du CNT, c'est-à-dire les opposants à Kadhafi. C'est à ce moment-là et jamais avant que la campagne de calomnies a commencé.  Je suis accusé sans aucune preuve matérielle par les déclarations de M. Kadhafi, de son fils, de son neveu, de son cousin, de son porte-parole, de son ancien premier ministre et par les déclarations de M. Takieddine dont il est avéré à de multiples reprises qu'il a touché de l'argent de l'État libyen. Je dirais qu'il a pillé l'État libyen. À propos de M. Takieddine, je voudrais vous rappeler qu'il ne justifie durant cette période 2005-2011 d'aucun rendez-vous avec moi."

Nicolas Sarkozy évoque trois mensonges dont : 
 

"Durant ma garde à vue, j'ai démontré un mensonge de M. Takieddine. M. Takieddine aurait vu le fils Kadhafi le 4 mars 2011. Il ne peut pas y avoir d'erreur sur cette date puisque c'est le lendemain que M. Takieddine a été arrêté au Bourget avec une importante somme en liquide. Or en relatant cet entretien, M. Takieddine dit: «J'ai demandé au fils de Kadhafi si ce qu'il avait dit à Euronews concernant le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy était vrai. Or ce fait est matériellement impossible puisque l'interview à Euronews de Saïf Al Islam n'a eu lieu que 12 jours plus tard, soit le 16 mars. Comment peut-on interroger quelqu'un sur une émission qui n'a pas eu lieu et sur des propos qui n'avaient donc pas encore été tenus ? C'est un mensonge !".

Enfin, c'est à Médiapart qu'il s'en prend évoquant "le comble de la manipulation" :


"Durant ma garde à vue, j'ai versé au dossier le rapport des enquêteurs sur ce document dans le cadre de l'instruction de M. Cros. Je cite les trois dernières phrases: «La réunion évoquée par cet écrit n'a pas pu se tenir à la date indiquée, ce qui semble confirmer que le contenu pourrait être mensonger. Il existe donc une forte probabilité pour que le document produit par Médiapart soit un faux». Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les enquêteurs dans le cadre d'une procédure parallèle à la vôtre sur une plainte que j'avais moi-même déposée. 

Pendant les 24 heures de ma garde à vue, j'ai essayé avec toute la force de conviction qui est la mienne de montrer que les indices graves et concordants qui sont la condition de la mise en examen n'existaient pas compte tenu de la fragilité du document ayant fait l'objet d'une enquête judiciaire et compte tenu des caractéristiques hautement suspectes et du passé lourdement chargé de M.Takieddine.  (...)
 

J'ai déjà beaucoup payé pour cette affaire. Je m'en explique: j'ai perdu l'élection présidentielle de 2012 à 1,5%. La polémique lancée par Kadhafi et ses sbires m'a coûté ce point et demi. Le document Médiapart ayant été publié entre les deux tours le 28 avril 2012 alors que je me trouvais à Clermont-Ferrand en présence de Brice Hortefeux.

M. Takieddine a toujours affirmé ne m'avoir jamais remis de liquide jusqu'au mois de novembre 2016. Très exactement trois jours avant le plus important débat qui opposait les candidats de la droite à la primaire.

J'ai perdu la primaire et les déclarations de M. Takieddine n'y sont pas pour rien. Déclarations immédiatement postérieures à un article du Monde qui reprenait les déclarations de M. Senoussi devant la Cour pénale internationale, lequel M. Senoussi ne m'apparaît pas être un témoin de moralité s'agissant d'un homme qui a mis en œuvre l'attentat du DC10 d'UTA, qui a coûté la vie à des dizaines de nos compatriotes.

Depuis le 11 mars 2011, je vis l'enfer de cette calomnie.

À ma connaissance aucun élément tangible autre que les déclarations de la famille Kadhafi, du clan, des affidés n'est susceptible d'apporter le moindre crédit à leur propos. 

Croyez-vous que si j'avais la moindre chose à me reprocher en la matière, j'aurais été assez bête, assez fou pour m'attaquer à celui qui m'aurait à ce point financé? Pourquoi prendre ce risque?"

Du côté de Médiapart, Fabrice Arfi, journaliste d'investigation, a réagi sur Twitter : 

 

Réactions politiques 


L'enquête avait déjà connu un rebondissement important en janvier avec l'arrestation à Londres d'Alexandre Djouhri, qui devrait être fixé sur son éventuelle extradition en juillet. 

Dans les rangs politiques, à droite le placement en garde à vue de l'ancien président a scandalisé, le patron des Républicains Laurent Wauquiez jugeant la mesure "humiliant(e) et inutile".
 


Mais, pour Ségolène Royal, candidate malheureuse face à Nicolas Sarkozy en 2007, les citoyens "ont le droit de savoir si le match était à armes égales".
 

Pour aller plus loin :