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Fonds libyens : la Belgique au cœur d'un scandale ?

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Depuis des mois, l'affaire du gel des avoirs libyens defraie la chronique en Belgique. Une affaire qui mèle politiques, le prince Laurent, l'ONU et la banque Euroclear. Essayons d'y voir plus clair...

Février 2011, la vague des printemps arabes déferle sur la Libye de Mouammar Kadhafi. De guerre civile, le conflit menace de se muer en crise internationale. Les Nations unies prennent alors les devants et ordonnent le gel des avoirs de diverses personnes et entités libyennes afin d'éviter que l'immense fortune du Guide de la révolution libyenne s'évapore. Un butin estimé à 400 milliards de dollars.

La Belgique, tout comme d'autres pays, suit les recommandations du Comité des sanctions de l'ONU et procède au gel d'un peu plus de 14 milliards d'euros dans quatre grandes banques dans le pays, dont Euroclear qui detient à elle seule près de 13 milliards. C'est ce qu'explique le ministre belge des Finances de l'époque, Didier Reynders, au quotidien La Libre. Des actifs appartenant à la Libyan Invest Authority, un fonds souverain qui gère les surplus liés principalement à l'exportation d'hydrocarbures.

Où sont passés les intérêts ?

L'histoire s'arrêterait là si les dividendes de ces fonds avaient aussi été gelés. Ce qui n'est pas le cas. Une délégation du Comité de sanctions de l'ONU tente de comprendre où est passé l'argent. Dans un rapport remis en septembre dernier, les experts onusiens estiment que "ces versements d'intérêts et autres rémunérations ne sont pas en conformité avec le gel des avoirs".

Par ailleurs, à l'été 2011, la communauté internationale a autorisé un dégel partiel des avoirs libyens dans un souci d'aider les rebelles du Conseil national de transition (CNT). Ainsi le ministère belge des Finances permet à Euroclear Bank de libérer les fonds libyens en octobre 2012...

Financement de milices et trafic d'être humains


Dans leur rapport, les experts de l'ONU estiment que "le fait de mettre les intérêts et autres rémunérations à la libre disposition de la Libyan Investment Authority va à l’encontre du régime des sanctions. De plus, au vu de l’instabilité qui règne dans le pays, de l’existence de différends portant sur l’autorité de la Libyan Investment Authority et de l’absence de mécanisme de surveillance, cette situation peut engendrer des malversations ou des détournements de fonds."

Ce que que veut démontrer l'enquête menée par la RTBF. Selon nos confrères, le rôle de la Belgique ne serait pas tout à fait neutre. D'après une source présentée comme proche du milieu des agents secrets, il s'agirait du "financement potentiel d’une guerre civile depuis 7 ans. Guerre civile qui a entraîné une crise migratoire majeure". Et la RTBF d'ajouter que "le gouvernement belge aurait joué un rôle dans le financement de milices libyennes responsables de trafics d'êtres humains".

Scandale d'État ?


Dès octobre 2017, un juge d'instruction avait été saisi de l'affaire suite à une requête... du prince Laurent. Ce dernier, en conflit avec l'État libyen, réclame 48 millions d'euros. C'est lorsque le juge Michel Claise veut saisir les avoirs libyens en Belgique qu'il découvre le pot-aux-roses : des milliards d'euros se sont envolés. Dix selon l'enquête menée par les journalistes du "Vif/L'Express", soit les deux tiers des sommes bloquées à Bruxelles.

Comment ? Pourquoi ? C'est ce que devront démontrer les investigations du juge d'instruction. La presse belge n'hésite pas à parler d'un nouveau Kazakhgate (vaste scandale de corruption qui mèle politiques et l'entourage du président kazakh Nazarbaïev). L'opposition, elle, demande des explications au gouvernement.
Interrogé sur le sujet cette semaine, Didier Reynders, passé des Finances aux Affaires Étrangères dément avoir pris toute décision dans ce dossier car il n'était déjà plus aux manettes.