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France : les étapes marquantes d'Édouard Philippe à Matignon

Images d'Edouard Phillipe sur le perron de l'Elysée ce 3 juin.
Images d'Edouard Phillipe sur le perron de l'Elysée ce 3 juin.
AP/Gonzalo Fuentes

Nommé le 15 mai 2017, sans grande expérience du pouvoir, Édouard Philippe aura dû affronter deux crises majeures en trois années d'exercice à Matignon. La première est sociale avec le mouvement des "gilets jaunes", et l'autre sanitaire avec l'épidémie de Covid-19. Retour sur les étapes marquantes du gouvernement d'Edouard Philippe.

Âgé de 46 ans lors de sa désignation comme Premier ministre, Édouard Philippe, avait décrit avec humour "la peur panique" qui s'était emparée de lui les jours précédant son arrivée à la tête du gouvernement.

Nommé le 15 mai 2017 Premier ministre, il n'avait rencontré que "trois fois avant le premier tour" de l'élection le président de la République. Enarque, proche de l'ancien premier ministre Alain Juppé, il  n'avait jamais exercé de responsabilité de premier plan.  Édouard Philippe a réussi à imposer sa marque sobre au fil des crises, agaçant les uns ou rassurant les autres par son profil de gestionnaire.

Édouard Philippe a toujours refusé d'adhérer à La République en marche (LREM), s'affirmant ainsi comme une pièce centrale de la majorité, capable d'ancrer sur son nom un électorat de droite devenu au fil du temps crucial.
  Renforcé par son succès aux municipales au Havre, quand LREM subissait ailleurs une lourde défaite, Édouard Philippe était-il soudainement devenu trop encombrant ? Accusé d'assécher la radicalité réformatrice de M. Macron, empêchait-il le président de se "réinventer", comme le susurrent ses détracteurs ? Et puis comment incarner un virage écologiste avec cet ancien lobbyiste d'Areva ?

  Le chef du gouvernerment appliquera aussi soigneusement un programme présidentiel qu'il n'avait pas conçu. Réforme du code du Travail, de l'impôt sur la fortune, de la SNCF, évacuation de Notre-Dame-des-Landes jusqu'à la refonte bon an mal an du système des retraites, suspendue par l'épidémie de coronavirus. Retour sur les étapes marquantes de l'action de son gouvernement.


Notre-Dame-des-Landes


Le 17 janvier 2018, après des années de controverse, le gouvernement annonce l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes au profit d'un réaménagement de l'aéroport de Nantes.

Le 9 avril, les forces de l'ordre entament toutefois l'expulsion des quelque 200 "zadistes" venus défendre ce bocage à la biodiversité unique. 2.500 gendarmes mobiles interviennent, détruisent des habitats, un étudiant a la main arrachée en ramassant une grenade.
 

Réforme de la SNCF


Le 26 février 2018, Edouard Philippe annonce l'adoption par ordonnances "avant l'été" d'une vaste réforme de la SNCF. Malgré une mobilisation unitaire inédite depuis 30 ans, la loi est promulguée le 27 juin : transformation de la SNCF en société anonyme et fin du statut de cheminot pour les nouveaux embauchés.
 

Deux poids lourds partent


Le 28 août 2018, Nicolas Hulot annonce en direct à la radio qu'il quitte le gouvernement, mettant en avant le manque de soutien de l'exécutif sur les dossiers écologiques. C'est un camouflet pour Édouard Philippe qui n'a pas été prévenu.

Le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb démissionne début octobre pour préparer sa candidature à la mairie de Lyon et M. Philippe doit assurer l'intérim jusqu'au remaniement du 16 octobre.

 

"Gilets jaunes"


Le 17 novembre 2018, 280.000 "gilets jaunes" entament une large protestation contre une hausse prévue des prix du carburant à travers notamment la taxe carbone et la limitation à 80 km/h sur certaines routes, défendue mordicus par le Premier ministre auprès du président. Marqué par des rassemblements sur des ronds-points, sans leader connu, le mouvement se durcit au fil des jours.   
 
Le Premier ministre aura dû affronter la crise sociale des "gilets jaunes". Sur cette images, des "gilets jaunes" manifestent ce 12 novembre 2019 à Marseille.
Le Premier ministre aura dû affronter la crise sociale des "gilets jaunes". Sur cette images, des "gilets jaunes" manifestent ce 12 novembre 2019 à Marseille.
AP Photo/Daniel Cole

Début décembre, après des manifestations tous les samedis et des scènes de "guérilla urbaine" lors d'un mouvement toujours soutenu par plus de 70% des Français, M. Philippe doit renoncer à la hausse annoncée des taxes sur le carburant. Sa cote de popularité est alors au plus bas.

Le mouvement marque le 5 janvier 2019 un regain de mobilisation quand des manifestants forcent avec un engin de chantier l'entrée du ministère de Benjamin Griveaux, alors porte-parole du gouvernement. Le 16 mars, une flambée de violences sur les Champs-Elysées coûte son poste au préfet de Paris.

Emmanuel Macron lance un "grand débat national", puis annonce le 25 avril des mesures qui portent le total des aides à 17 milliards d'euros, dont cinq de baisse de l'impôt sur le revenu.
 

Retraites


Le 5 décembre 2019, entre 806.000 et 1,5 million de personnes manifestent contre le projet très controversé d'un régime de retraite "universel" par points et la fin des régimes spéciaux.

(RE)voir : Bilan du mandat d'Édouard Philippe
 
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Une grève massive démarre à la SNCF et la RATP


Le 11, Édouard Philippe précise les contours de la réforme sans calmer la fronde. Partisan d'une mesure d'âge, il s'aliène la CFDT, pourtant favorable à une retraite par points, qui bascule dans le camp des opposants.

Le 16, Jean-Paul Delevoye, en charge du dossier au gouvernement, démissionne après des révélations sur des activités non-déclarées.

Lors de ses voeux, Emmanuel Macron presse le gouvernement de "trouver un compromis rapide" avec les syndicats, à quelques jours du record de la plus longue grève en continu dans les transports depuis plus de 30 ans.

En février 2020, le recours au 49-3 décidé par  Édouard Philippe pour faire adopter la réforme sans vote est décrié par l'opposition. Mais la pandémie de Covid-19 gèle la réforme.

Crise du coronavirus


La crise sanitaire propulse  Édouard Philippe en première ligne. Alors que le gouvernement, confronté à une pénurie initiale de masques et de tests, est accusé de mal gérer la crise, il argue dans un premier temps de l'inutilité des masques pour toute la population, avant de reconnaître leur nécessité.

Affichant ensuite un ton pédagogique et modeste pour exposer les orientations de l'exécutif pendant le confinement strict décidé le 17 mars, il voit sa cote de popularité remonter en flèche, au point de dépasser celle du président.