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France : Jean Castex nommé Premier ministre par Emmanuel Macron

Jean Castex quitte le palais de l'Élysée. Paris, France, 19 mai 2020
Jean Castex quitte le palais de l'Élysée. Paris, France, 19 mai 2020
© Gonzalo Fuentes/Pool via AP

Jean Castex est nommé Premier ministre par Emmanuel Macron ce vendredi 3 juillet, a annoncé l'Élysée. Édouard Philippe avait remis un peu plus tôt dans la matinée la démission de son gouvernement au président. La passation de pouvoir à Matignon s'est effectuée vers 18 heures : "Soyez bon" a lancé Édouard Philippe à son successeur.

  • Ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy

Jean Castex, 55 ans, maire Les Républicains (LR) de Prades dans les Pyrénées-Orientales, était depuis avril le délégué interministériel chargé du déconfinement.
 

Il avait insisté sur le caractère progressif de la sortie du confinement et mis en garde contre le risque de "rechute" en cas de relâchement dans le respect des règles de précaution.

"Un haut fonctionnaire qui connaît parfaitement le monde de la santé et qui est redoutable d'efficacité", avait résumé Edouard Philippe lors de sa nomination le 6 avril comme coordinateur de la stratégie nationale de déconfinement post-coronavirus.

Nicolas Sarkozy en avait d'ailleurs fait son conseiller aux affaires sociales en 2010, puis le secrétaire général adjoint de l'Élysée entre 2011 et 2012.

 
  • Énarque et élu local

Cet homme posé et affable n'a jamais été ministre.  Il est un "couteau suisse" aux réseaux multiples qui cumule les avantages pour porter la deuxième phase du quinquennat : énarque - mais au contact des territoires (il est maire de Prades dans les Pyrénées-Orientales) -, de droite mais réputé homme de dialogue et parfait connaisseur des arcanes du pouvoir depuis son passage, comme secrétaire général adjoint, à l'Elysée à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy.
 

"II a une bonhomie et une sympathie incroyable, une empathie et humilité naturelles. Il travaille à la vitesse de la lumière en gardant un calme à tout épreuve", se souvient un ancien du cabinet ministériel de Xavier Bertrand en assurant : "Je n'ai jamais vu quelqu'un autant faire l'unanimité autour de lui tout le temps".

Autant d'atouts qui ont servi "Monsieur Déconfinement" pour élaborer, avec sa "task force" de 18 collaborateurs, une doctrine prudente pour permettre au pays de négocier sans recrudescence de l'épidémie le virage de sortie de crise.

  • Peu connu du grand public

Peu connu du grand public, habitué des dossiers complexes, Jean Castex a aussi pu s'appuyer sur une vie professionnelle et politique très largement orientée vers le secteur social et la santé.

"C'est un vrai couteau suisse, il a des connexions un peu partout, il sait faire ce qu'il faut faire au bon endroit", assure Franck Louvrier, l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy.

Il a fait une grande partie de sa carrière de haut fonctionnaire dans le domaine de la santé. Directeur de l'hospitalisation au ministère des Solidarités en 2005-2006, il devient ensuite directeur de cabinet de Xavier Bertrand à deux reprises, d'abord au ministère de la Santé (2006-2007) puis au Travail (2007-2008). 

"Le premier plan pandémie, c'est Jean Castex qui est dircab [directeur du cabinet]" à l'époque du virus H5N1, rappelle Xavier Bertrand, en louant "les idées claires et le franc-parler" de cet "énarque rectifié élu local".

Rue de Grenelle, il a aussi eu à gérer des dossiers délicats, notamment le service minimum dans les transports et la réforme des régimes spéciaux de retraite.

Il laisse à l'époque chez ses interlocuteurs des centrales syndicales le souvenir d'un homme "disponible" et "avenant" même s'il "cache une certaine fermeté", avec "une excellente connaissance de ses dossiers". En somme, disent les mêmes, "quelqu'un avec qui on peut discuter".

"Politiquement, je suis de droite et je l'assume parfaitement", soulignait alors ce membre de la cour des Comptes.

A deux ans de la présidentielle, sa nomination "présente beaucoup d'avantages pour Macron" et "il se dit qu'il peut ainsi aussi embêter Xavier Bertrand" souligne-t-on dans l'entourage du patron ex-LR des Hauts-de-France, dont le nom revient régulièrement pour représenter la droite en 2022.
Membre des Républicains, Jean Castex soutient la candidature de François Fillon pour la présidence de l'UMP lors du congrès d'automne 2012.

Alain-Gérard Slama, éditorialiste au Figaro, invité de TV5MONDE, reconnait que cette nomination reste une "surprise". Le président a nommé selon l'éditorialiste un "chef d'état major", capable de négocier avec les syndicats dans le cadre d'une reprise de la réforme des retraites.
 

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Mais ce père de quatre filles, qui a gardé l'accent de son Gers natal (il est né le 25 juin 1965 à Vic-Fezensac), sait aussi se ménager des appuis à La République en marche : son nom avait un temps circulé fin 2018 pour succéder à Gérard Collomb au ministère de l'Intérieur.

Sa nomination a été accueillie favorablement par le principal groupe parlementaire La République en marche (LREM), le parti d'Emmanuel Macron.


Cette nomination intervient quelques heures après la démission du gouvernement d'Edouard Philippe.

 

"M. Édouard a remis ce jour la démission du gouvernement au Président de la République, qui l'a acceptée. Il assure, avec les membres du gouvernement, le traitement des affaires courantes jusqu'à la nomination du nouveau gouvernement", indique un court communiqué de la présidence.

Après cette annonce, toute activité ministérielle a aussitôt été interrompue. A l'Assemblée, où était examiné le troisième projet de budget rectifié, la séance a été suspendue. Du fait de la démission du gouvernement, "nous allons interrompre nos travaux", a indiqué le président de séance Hugues Renson (LREM), alors que le secrétaire d'Etat Cédric O était présent.

Emmanuel Macron avait réaffirmé en avril vouloir "se réinventer" mais sans "renier" les reformes du début du quinquennat, laissant planer le doute sur le maintien ou non d'Edouard Philippe, son Premier ministre depuis le début du quinquennat.