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France : l'Assemblée nationale dénonce le génocide des Ouïghours

Camp de rétention près de la zone industrielle de Kunshan, à Artux, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (3/12/2018). L'Assemblée nationale en France a adopté une résolution  dénonçant le <em>"génocide"</em> des Ouïghours par la Chine ce 20 janvier 2022.
Camp de rétention près de la zone industrielle de Kunshan, à Artux, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang (3/12/2018). L'Assemblée nationale en France a adopté une résolution  dénonçant le "génocide" des Ouïghours par la Chine ce 20 janvier 2022.
© AP Photo/Ng Han Guan

A quelques jours de l'ouverture des JO d'hiver de Pékin, l'Assemblée nationale a adopté une résolution dénonçant le "génocide" des Ouïghours par la Chine. Les députés français ont demandé au gouvernement d'en faire de même.
 

Sans portée contraignante, le texte a reçu le soutien des députés du parti présidentiel LREM et a été adopté à la quasi-unanimité (169 votes pour, un contre et cinq abstentions).
 

Il a été défendu à la tribune par le Premier secrétaire du PS Olivier Faure qui a dénoncé "la machine implacable qui vise à l'éradication culturelle et biologique d'un peuple", et aussi fustigé les grandes entreprises et marques occidentales "qui continuent à utiliser le travail forcé" de cette communauté turcophone musulmane de la province chinoise du Xinjiang (nord-ouest).

(RE)voir : En France, manifestation pour réclamer la reconnaissance du génocide des Ouïghours
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La proposition stipule que l'Assemblée "reconnaît officiellement les violences perpétrées par les autorités de la République populaire de Chine à l'encontre des Ouïghours comme constitutives de crimes contre l'humanité et d'un génocide", et les "condamne".
Elle "invite le gouvernement français" à faire de même et à adopter "les mesures nécessaires auprès de la communauté internationale et dans sa politique étrangère à l’égard de la République populaire de Chine" pour faire cesser cette situation.

Au nom du gouvernement, le ministre délégué au Commerce extérieur Franck Riester a évoqué des "violences systématiques" et des "témoignages accablants", mais fait valoir que la qualification formelle de génocide relevait d'instances internationales, pas du gouvernement. Il a assuré que le sort de cette communauté était "évoqué au plus haut niveau" lors des entretiens avec les officiels chinois.

Un impact limité sur le plan politique

"Sur le plan purement politique, l'impact est limité, car c'est une résolution parlementaire qui n'a aucun valeur d'engagement. Mais ça renforce la pression sur l'exécutif et le gouvernement. Si l'exécutif multiplie les expressions publiques à haut-niveau, c'est un problème pour la Chine", a commenté auprès de l'AFP Antoine Bondaz, de la Fondation pour la recherche stratégique.

Dolkun Isa, président du Congrès mondial ouïghour (CMO), arrivé la veille du vote en France, a salué "une étape indispensable vers une reconnaissance internationale plus large du génocide ouïghour".

L'ambassade de Chine à Paris a à l'inverse protesté contre "une diffamation et une stigmatisation délibérées contre la Chine et une ingérence brutale dans les affaires intérieures chinoises". La mission diplomatique estime qu'il ne s'agit pas de questions "ethniques, religieuses ou de droits de l'homme", mais que le sujet relève "de la lutte contre le terrorisme, la radicalisation et le séparatisme".

Abstension de La France Insoumise

Stérilisations et avortements forcés, viols, tortures, enfants arrachés à leurs parents, prélèvement d'organes, camps d'internement et de rééducation, exécutions, destruction de mosquées et du patrimoine culturel, surveillance de masse... le texte fait un long énoncé des crimes reprochés au régime chinois.

La résolution s'inquiète aussi du sort réservé à d'autres "minorités turciques" (Kazakhs, Kirghizes, Ouzbeks et Tatars) par Pékin.

Alain David (PS), auteur de ce texte qui reprend largement un projet de résolution de la députée Frédérique Dumas (groupe Libertés et Territoires), a fait applaudir par les députés des réfugiés ouïghours présents dans les tribunes.

Les députés LFI et le communiste Jean-Paul Lecoq se sont abstenus. L'unique vote contre est venu du député LREM de Paris Buon Tan, très engagé dans les relations franco-asiatiques et notamment chinoises.

Des organisations de défense des droits de l'Homme accusent la Chine d'avoir notamment enfermé plus d'un million de musulmans dans des camps de rééducation politique. Les Ouïghours sont particulièrement visés après une série d'attentats attribués à des islamistes et des séparatistes. Pékin affirme que les camps sont des centres de formation professionnelle destinés à les éloigner de la radicalisation.

(RE)lire : "Rescapée du goulag chinois", Gulbahar Haitiwaji témoigne du calvaire des Ouïghoures dans les camps de rééducation

Un argument qui constitue une "lugubre analogie avec la propagande nazie à Dachau", l'un des principaux camps de concentration de l'Allemagne hitlérienne, s'est insurgé Vincent Ledoux (groupe Agir, majorité).
 

Le patron des députés LREM Christophe Castaner a dénoncé le sort de "millions" de personnes "réduites à une condition d'esclavagisme". La résolution relève que plusieurs États ont déjà "officialisé leur reconnaissance du génocide des Ouïghours" par Chine.

Amnesty International a appelé mercredi la communauté internationale à ne pas laisser la Chine utiliser ses Jeux d'hiver (4-20 fév) pour détourner l'attention de ses violations des droits humains, au Xinjiang.