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France : le président Macron n'a pas de plan pour les banlieues

© Ludovic Marin, Pool via AP
© Ludovic Marin, Pool via AP

Devant des élus, représentants d'associations, habitants et autres acteurs des quartiers populaires de banlieue ce 22 mai, le chef de l'Etat français Emmanuel Macron dit vouloir rompre avec le passé, mais annonce peu de choses pour l'avenir. 

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Les banlieues avaient rendez-vous à l'Elysée ce mardi 22 mai. 600 invités réunissant des élus, des représentants associatifs et des habitants des quartiers prioritaires viennent écouter le programme du président Macron à leur intention. Au centre du débat, le rapport de Jean-Louis Borloo, ancien ministre de la Ville, qui propose un plan massif, 19 mesures phares et 48 milliards d'euros. Mais le président de la République ne l'entend pas ainsi. Il rejette l'idée même d'un nouveau plan banlieue, d'un plan ville, "une stratégie ausi âgée que moi" précise-t-il. Il prône de changer de méthode. Le rapport Borloo a fait long feu.

"Quelque part, ça n'aurait aucun sens que deux mâles blancs, ne vivant pas dans ces quartiers, s'échangent un rapport". Venant du chef de l'Etat, l'image est osée. Le désavoeu cinglant, et pas que pour Jean-Louis Borloo, jugé illégitime malgré des mois de travail, de consultations de terrain, de rencontres avec de multiples acteurs. 

Parler de "deux mâles blancs", "c'est maladroit", estime Mohamed Mechmache, acteur historique en faveur des quartiers défavorisés. Cela fait plus de 20 ans qu'il y travaille dit-il. Il est notamment fondateur d'ACLEFEU, collectif né après les révoltes des banlieues de 2005. Mais "que ceux qui se sentent offusqués par l'expression, s'offusquent des contrôles au faciès. C'est ce que ressentent les gens de quartier au quotidien".

"Je ne comprends pas", s'étonne Nassira El Moaddem, directrice du Bondy Blog. "Qui a choisi Borloo ?" demande cette observatrice qui pointe une contradiction du président Macron. Mais le plus grave est ailleurs. Pour le Bondy Blog, la stratégie et la politique publique "à destination des territoires les plus pauvres de France" du président Macron tient en un mot : "A.U.C.U.N.E."

"Ce n'est pas une surprise, rétorque Nassira El Moaddem. C'est cohérent avec l'ensemble de la politique de Macron : à savoir pas de nomination de ministre de la Ville, une baisse drastique des emplois aidés, une coupe dans le budget de la politique de la ville ou encore la suppression de centres d'orientation dans des quartiers prioritaires". 

Pas de vision, pas de politique, pas de stratégie

Le président de la République a  annoncé 30 000 stages en entreprises pour les élèves de 3e issus des quartiers populaires et qui n'ont pas de réseau adéquat. Certes, une mesure fondamentale vient d'être annoncée à propos du financement des associations, beaucoup plus fastidieux à l'heure actuelle. Mais "est-ce que deux mesures aussi importantes soient-elles font une politique ? Non."

La déception est à la mesure des espoirs. Nassira El Moaddem rappelle au passage que c'est en banlieue, au CFA de Bobigny qu'Emmanuel Macron avait fait acte de candidature à la présidence de la République. "Ce qui étonne c'est le cynisme. Il dit qu'il va faire quelque chose, mais il n'a pas de vision, pas de politique, pas de stratégie vis-à-vis des quartiers prioritaires".

Mohamed Mechmache "ne partage pas tout de la politique de Macron" mais il veut y croire. C'est le sens de sa participation au Conseil présidentiel des villes voulu par l'Elysée. Ses 25 membres, tous acteurs engagés, sont censés servir de "force d'impulsion, force de proposition" pour le chef de l'Etat. Mechmache reste marqué par un discours du président à Tourcoing en 2017 où il a reconnu la part de responsabilité de la République dans certaines dérives dans des quartiers, notamment la radicalisation. Les mots doivent être suivis par des actes, insiste-t-il. Il a surtout à l'esprit les jeunes d'origine étangère de 4e génération qui dans les quartiers n'ont plus aucune perspective, ni foi en la République. Mohamed Mechmache compte agir de l'intérieur, et il déborde de propositions avec pour credo "remettre au coeur des politiques publiques les citoyens", notamment par la création d'espaces numériques dans les quartiers ou la mise en place d'un fonds d'initiative citoyenne.

Sans plan banlieue, le président de la République plaide lui pour une "politique d'émancipation". Une méthode nouvelle, qui doit faire ses preuves.