Info

France : un nouveau gouvernement paritaire, qui penche à droite

Elisabeth Borne, lors d'une session gouvernementale à l'Assemblée nationale, alors qu'elle était ministre de la Transition écologique et solidaire, en France, le mardi 12 mai 2020 à Paris.
Elisabeth Borne, lors d'une session gouvernementale à l'Assemblée nationale, alors qu'elle était ministre de la Transition écologique et solidaire, en France, le mardi 12 mai 2020 à Paris.
(Gonzalo Fuentes/Pool via AP, File)

Près d’un mois après la réélection d’Emmanuel Macron comme président de la République, l’annonce d’un nouveau gouvernement a enfin été faite, par le secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, ce vendredi 20 mai. 27 ministres plus une femme Première ministre composent cette nouvelle équipe. 

C’est donc Elisabeth Borne, nouvelle Première ministre qui a eu la lourde charge de composer ce gouvernement pour commencer ce nouveau quinquennat. La parité y est respectée, 14 hommes et 14 femmes, en comptant la Première ministre. 

La moitié d’entre eux étaient déjà présents dans le gouvernement Castex. Certains sont maintenus au même poste, d’autres changent de ministère.

(Re)lire DIRECT - France : qui sont les membres du nouveau gouvernement français?

  • Ils gardent leur portefeuille

Bruno Le Maire reste à Bercy, au poste de ministre de l’Economie et des Finances, et de la Souveraineté industrielle et numérique. C'est un poids lourd de ce gouvernement, comme l'indique sa première position dans l'ordre protocollaire lors de l'annonce sur le perron de l'Elysée. 

Gérald Darmanin conserve son poste de ministre de l’Intérieur. Les controverses qui ont marqué son action lors du gouvernement sortant non pas altéré sa position. Il aura la charge d'appliquer la loi d'orientation et de programmation du ministère de l'Intérieur (Lopmi) qui doit moderniser les outils de sécurité. 

Eric Dupond Moretti reste lui ministre de la Justice, malgré sa mise en examen pour "prise illégale d’intérêts", une première pour un ministre en exercice. Ses 22 premiers mois à la Chancellerie ont été marqués par une hausse "historique" du budget de la Justice, mais aussi une grogne sans précédent des magistrats à son encontre.
Franck Riester reste ministre chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité. Ex-cadre des Républicains, il est devenu un soutien "constructif" de la majorité après l'élection d'Emmanuel Macron, en tant que chef de file du parti Agir.

Promu au rang de ministre délégué, Clément Beaune reste le Monsieur Europe auprès de la ministre de l'Europe et des Affaires étrangères.

  • Ils restent au gouvernement mais changent de poste 

Amélie de Montchalin, ancienne ministre de la Transformation et de la Fonction publiques est nommée ministre de la Transition écologique et de la cohésion des territoires. Elle a d'ailleurs appelé ce vendredi 20 mai  à la "mobilisation générale" pour "faire de l'écologie notre projet national", en précisant que "la transition écologique et la cohésion des territoires, sans jamais les opposer" seraient sa boussole. 

Elle forme avec Agnès Pannier-Runacher, le duo chargé de la transition écologique, directement chapeautées par la Première ministre. Ex-ministre déléguée chargée de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher est donc nommée ministre de la Transition énergétique. Lors de la passation de pouvoirs, ce vendredi 20 mai, cette dernière a déclaré avoir trois "défis majeurs" pour son mandat. "Protéger notre planète", continuer à developper le nucléaire, qui pour elle est "une chance pour notre pays, pour l'Europe", et "renforcer la souveraineté énergétique et industrielle" de la France. 

L'ex ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu devient ministre des Armées. Il s'est immédiatement rendu, ce samedi 21 mai, au chevet de soldats blessés au combat, à l'hôpital militaire de Percy à Clamart (Hauts-de-Seine) près de Paris. "J'ai une pensée particulière pour les victimes, les familles des victimes dont la nation a devoir de mémoire, de ne jamais oublier", a-t-il déclaré lors de sa passation de pouvoirs avec sa prédécesseure Florence Parly à l'Hôtel de Brienne à Paris. 

Le centriste Marc Fesneau est nommé ministre de l’Agriculture et de la souveraineté alimentaire. Souvent présenté comme l'un des bras droit de François Bayrou, il était jusque là ancien ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement et de la Participation citoyenne. La guerre en Ukraine a redessiné les contours de la souveraineté alimentaire, en Europe, notamment la notion d'"indépendance" agricole, au coeur des préoccupations du nouveau ministre.

Ancienne travailleuse sociale, élue locale socialiste, et ex-ministre déléguée chargée de l'Autonomie, Brigitte Bourguignon, hérite un poste très exposé, celui de ministre de la Santé et de la prévention. Elle a déjà annoncé vouloir faire de "l'accès aux soins pour tous" une priorité de son mandat, notamment en luttant contre les déserts médicaux, lors de sa passation de pouvoir avec Olivier Véran, ce samedi 21 mai, avant de visiter une maison de santé en zone rurale. Ce dernier hérite devient secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement et de la vie démocratique. Cet ex-socialiste est attendu au tournant par des oppositions qui l'ont pilonné pour sa gestion du Covid. Il aura pour mission d'être le facilitateur en chef, comme ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé également de la "vie démocratique".

Olivier Dussopt, anciennement chargé des Comptes publics est nommé ministre du Travail, du Plein emploi et de l’Insertion. Décrit comme un "bon exécutant", "sérieux" et "discret", cet ex-socialiste a gagné ses galons de soldat loyal de la majorité. Il aura aussi à traiter du délicat dossier des retraites. "Les chantiers sont nombreux et je les mènerai dans la concertation", a-t-il tweeté peu après sa nomination.


L'ancien porte-parole et benjamin du gouvernement, Gabriel Attal, devient ministre délégué chargé des Comptes publics, à 33 ans. Ministre délégué, il sera sous l'autorité de Bruno Le Maire à Bercy, le numéro deux du gouvernement. Gabriel Attal est un "marcheur" de la première heure, ayant suivi Emmanuel Macron dès la création de son parti en quittant le Parti Socialiste en 2017.

C'est Olivia Grégoire, anciennement secrétariat d'Etat chargé de l'Economie sociale, solidaire et responsable qui le remplace en tant que porte-parole. Considérée comme une est une macroniste "cash" au caractère bien trempé, libérale et de "centre droit", cette Parisienne accède à cette fonction très exposée. Lors de la passation de pouvoirs rue de Grenelle, elle a souligné sa "fierté" et son "appréhension" de succéder à Gabriel Attal à un "poste grave, difficile, indispensable" médiatiquement. 

  • De nouveaux ministres

Les nouvelles têtes de ce gouvernement sont nombreuses et certaines de leurs nominations ont déjà fait couler beaucoup d’encre.  Ces nouveaux ministres symbolisent le renouvellement promis par Emmanuel Macron.

La numéro 3 du gouvernement est l’une d’entre eux. L’ancienne diplomate et ambassadrice au Royaume-Uni depuis 2019, Catherine Colonna est donc nommée au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, remplaçant ainsi Jean-Yves Le Drian, en poste depuis 10 ans. Elle est réputée pour être une femme rigoureuse et professionnel, habituée aux crises diplomatiques, que ce soit la guerre en Irak de 2003 ou le Brexit ces dernières années. 


L’historien Pap Ndiaye, directeur du Musée de l'histoire de l'immigration à Paris est nommé ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse, à la place de Jean-Michel Blanquer. De tous les nouveaux du gouvernement, il est celui dont la nomination suscite le plus de commentaires. Aux manettes d'un ministère sensible, l'historien doit aussi affronter un tir de barrage de l'opposition, notamment de l'extrême-droite.

Rima Abdul Malak, conseillère culture d'Emmanuel Macron devient la ministre de la Culture remplaçant ainsi Roselyne Bachelot. Elle s'est tout de suite engagée à "défendre la souveraineté culturelle", à investir dans l'éducation artistique et à relever "le défi titanesque" de la transition écologique dans le milieu.

Le patron de LREM, Stanislas Guérini, remplace Amélie de Montchalin au poste de ministre de la Fonction publique. Il a été vivement critiqué cette semaine pour avoir pris la défense d'un candidat de la majorité présidentielle aux législatives, condamné pour violences conjugales, Jérôme Peyrat, le décrivant comme "un honnête homme" qu'il "croit incapable de violences sur les femmes". Des associations de féministes avaient jugé "inacceptables" ses propos.


L’ancienne directrice générale de la Fédération française de tennis, Amélie Oudéa-Castéra est nommée ministre des Sports et des Jeux olympiques.  Cette camarade de promotion du président de la République à l'Ena, devra aussi incarner les JO à deux ans de l'événement planétaire. Cette ancienne championne du monde junior de tennis avait préparé le programme sport d'Emmanuel Macron, dressant le bilan du quinquennat passé.

L'avocate et présidente LREM de la commission des Lois à l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet devient la nouvelle ministre des Outre-mer. Elle a donné un coup de jeune à la commission des Lois de l'Assemblée et s'est fait des alliés, après des débuts poussifs notamment durant l'affaire Benalla. Elle s'était déplacée plusieurs fois en Outre-mer, en Guadeloupe et Martinique notamment. Elle a aussi été rapporteure d'une mission d'information sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie en 2021.


Sylvie Retailleau, physicienne et présidente de l'université Paris-Saclay devient ministre de la Recherche, de l’Enseignement supérieur et de l’innovation. 

Christophe Béchu, maire d'Angers est nommé ministre délégué en charge des Collectivités territoriales. 

Isabelle Rome, inspectrice générale de la Justice et magistrate devient la ministre déléguée chargée de l’Egalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances. Elle est depuis longtemps engagée pour la défense des femmes battues et les droits des détenus. Plus jeune juge de France, Isabelle Rome n'avait que 23 ans lorsqu'elle est nommée en 1987 juge de l'application des peines à Lyon.

Justine Benin, députée MoDem est la nouvelle secrétaire d’Etat chargée de la Mer, auprès de la première ministre, Elisabeth Borne. 

Charlotte Caubel, magistrate, et directrice de la protection judiciaire de jeunesse, remplace Adrien Taquet au poste de secrétaire d’Etat chargée de l’Enfance. Elle fut conseillère "justice" d'Edouard Philippe à Matignon, avant de diriger la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui prend en charge les mineurs délinquants ou en danger. À ce poste, elle a dû gérer en 2021 la réforme de la justice des mineurs, et a été en première ligne pour organiser l'accueil en France des mineurs isolés étrangers.

L’euro-députée LREM, Chrysoula Zacharopoulou est nommée secrétaire d’Etat chargée du Développement, de la francophonie et des partenariats internationaux, auprès de la ministre de l’Europe et des affaires étrangères. Docteure en médecine, diplômée de l'univsersité de Rome "La Sapienza" et titulaire d’un doctorat-PhD sur l'endométriose, elle a d'ailleurs remis au président de la République française un rapport dans le but d'améliorer le diagnostic et la reconnaissance de l’endométriose, en janvier 2022.

L’ex-président du groupe LR à l'Assemblée, Damien Abad, devient le ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. Il a d'ailleurs quitté le parti LR, juste avant sa nomination. Ce tenant d'une droite "populaire et sociale" avait été en 2012 le premier élu handicapé à siéger à l'Assemblée --il est atteint d'une maladie rare, l'arthrogrypose, qui bloque ses articulations et réduit sa mobilité. Son engagement politique n'est "pas lié à (s)on handicap" qui n'est "ni un frein ni un moteur"

Un gouvernement qui penche à droite

​​Malgré l'entrée marquante de Pap Ndiaye à l'Education nationale, le nouveau gouvernement est plutôt ancré à droite. Et ce malgré la volonté de renouveau d'Emmanuel Macron qui avait expliqué vouloir ouvrir le prisme de l'exécutif à la gauche et aux écologistes.

(Re)voir France : le gouvernement d'Elisabeth Borne passé au crible des critiques

Chargement du lecteur...

Les poids lourds Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, ex-Les Républicains, conservent leur portefeuille entant que numéro 2 et 3 du gouvernement après Elizabeth Borne. A Bercy, Bruno Le Maire ajoute la Souveraineté industrielle et numérique à ses attributions.

Deux transfuges des Républicains font leur entrée au gouvernement. Le maire d'Angers Christophe Béchu, est nommé ministre délégué aux Collectivités territoriales. Damien Abad, ex-chef du groupe LR à l'Assemblée, est nommé ministre des Solidarités, de l'autonomie et des personnes handicapées.

Les macronistes restent, comme Clément Beaune,  Gabriel Attal, Agnès Pannier-Runacher, Amélie de Montchalin et Olivia Grégoire.

De son côté, Stanislas Guerini, délégué général de Renaissance (ex-La République en Marche), accède au gouvernement à la tête du ministère de la Fonction publique.