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"François de Rugy, c'est l'affaire Cahuzac d'Emmanuel Macron"

Le ministre français de la Transition écologique François de Rugy et le président Emmanuel Macron. 
Le ministre français de la Transition écologique François de Rugy et le président Emmanuel Macron. 
©AP Photo / Ludovic Marin

Le Ministre français de la Transition écologique et solidaire, François de Rugy,  a présenté sa démission du gouvernement, ce mardi 16 juillet. Depuis la semaine dernière, il se trouve au milieu d'une tempête médiatique et politique après les révélations de nos confrères de Médiapart. Homards géants, appartement social, dressing à 17.000 euros... à chaque jour son lot de révélations. A relire notre entretien avec le spécialiste de la communication politique, Philippe Moreau-Chevrolet.

En cas de crise, mieux vaut savoir communiquer. Et en communication de crise, mieux vaut ne jamais nier les faits mais, au contraire, apporter des éléments d'information et répondre précisément sur les points qui fâchent... au risque d'aggraver la crise. 

C'est un principe connu des communicants mais pas toujours bien appliqué.
Dernier exemple en date, la communication du Ministre français de la Transition écologique et solidaire qui, cette semaine, en a pris un sacré coup.

Maintenant comment peut-il s'en sortir ? Nous avons posé la question à un spécialiste de la communication politique, Philippe Moreau-Chevrolet, Président de MCBG Conseil, professeur à Sciences Po Paris.


TV5MONDE : On a l'impression qu'à chaque révélation de Mediapart, M. de Rugy s'empêtre un peu plus dans ses explications. Que pensez-vous de sa communication politique ?

Philippe Moreau-Chevrolet : François de Rugy a cumulé les erreurs. Il y a du bon et du mauvais. Le bon, c'est qu'il a proposé de rendre l'argent ce que n'avait pas proposé François Fillon. L'autre aspect positif c'est que le Premier ministre, Edouard Philippe, l'a convoqué tout de suite en montrant qu'il se passait quelque chose de grave. Ce qui aurait été pire que tout, c'est ce qu'il s'est passé pendant l'affaire Benalla : un déni très fort, une agressivité, le refus de reconnaitre une évidence. Là au contraire François de Rugy assume et il va rendre des comptes. En revanche, son discours inacceptable qui consiste à dire qu'il est allergique au homard ou que le champagne lui donne mal à la tête, c'est une erreur. C'est une communication très décalée qu'on pourrait appeler "communication Marie-Antoinette" (qui aurait suggéré aux révolutionnaires de consommer de la brioche puisqu'ils n'avaient plus de pain à manger, NDLR). Autre aspect négatif, c'est l'implication de son épouse. C'est une femme d'élu donc, par définition, pour les Français elle n'a aucune légitimité. Et par ailleurs cela renforce l'impression que Emmanuel Macron est le président des riches, le sentiment d'impunité des élus et de "tous pourris".

Après les diverses affaires qui ont émaillé la politique française ces dernières années, on serait tenté de dire que les politiques n’apprennent rien des leçons passées. D'autant plus que M. de Rugy s'est longtemps fait l'apôtre de l'exemplarité et de la transparence.

Pour les Français, c'est un autre exemple de Tartuffe. Tout cela tue la crédibilité des politiques. Surtout, ces politiques qui partent en guerre contre les privilèges et qu'on prend les doigts dans le pot de confiture. Ce qui choque, c'est le décalage entre les positions publiques des politiques, très rigoristes en général, et la réalité : ils aiment le champagne, le luxe etc. Ce décalage tue leur crédibilité. C'est un peu comme Jérôme Cahuzac qui combattait le blanchiment d'argent et l'évasion fiscale et qui lui même avait un compte en Suisse. François de Rugy, c'est l'affaire Cahuzac d'Emmanuel Macron parce que ça choque réellement le public. Il y a un tel décalage entre les promesses et la réalité. Et il y a un tel empilement d'affaires autour de la même personne que la position finit par devenir indéfendable. C'est ce qu'on pourrait appeler "l'effet Médiapart".
 


Si vous aviez un conseil à donner à François de Rugy pour rectifier le tir ?

Qu'il se taise... Le plus sage serait de dire : une enquête est en cours, j'attends les conclusions, je rends de l'argent s'il le faut et en attendant j'arrête de commenter cette situation. Aller se défendre sur un plateau télé comme vendredi dernier au matin sur BFMTV ce n'est vraiment pas une bonne idée. Tout simplement parce qu'il a été reçu par le Premier ministre et celui-ci a fait une communication très claire en disant qu'il allait y avoir une enquête. Ce n'est pas la peine d'en rajouter. Il faut au contraire donner l'impression de rentrer dans le rang, d'être humble. Dire qu'il ne supporte pas le champagne et qu'il est allergique au homard c'est tellement surréaliste ! C'est presque du Gorafi (site satirique, NDLR). Le mieux, c'est de laisser passer juillet, août, de se faire oublier et d’espérer survivre à cette accumulation désastreuses d'affaires...

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