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Gard: deux gardes à vue dans l'enquête sur la colonie allemande inondée

Des sauveteurs dans le camping inondé de Saint-Julien-de-Peyrolas le 9 août 2018
Des sauveteurs dans le camping inondé de Saint-Julien-de-Peyrolas le 9 août 2018
afp.com - Boris HORVAT
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Le président et le vice-président allemands d'une association de Leverkusen, propriétaire du camping non autorisé abritant une colonie de vacances à Saint-Julien-de-Peyrolas (Gard), ont été placés en garde à vue vendredi, neuf enfants ayant été légèrement blessés et un Allemand de 66 ans porté disparu lors d'inondations.

Une enquête de flagrance a été confiée à la gendarmerie pour "blessures involontaires, mise en danger de la vie d'autrui, travail dissimulé et exploitation d'un camping sans autorisation" et en zone inondable, a précisé vendredi à l'AFP le procureur de la République de Nîmes, Eric Maurel.

Un Allemand de 66 ans présent sur le terrain privé occupé par la colonie, selon l'appel à témoin publié par la gendarmerie du Gard sur son compte Facebook, est porté disparu depuis jeudi à la suite d'inondations provoquées par de violents orages sur Saint-Julien-de-Peyrolas, dans le nord du Gard. Celles-ci ont entraîné l'évacuation de plus de 180 personnes dont les enfants de la colonie du Planjole.

Neuf enfants de cette colonie dont les tentes, caravanes et installations ont été dévastées jeudi par le ruisseau du Valat d'Aiguèze, proche de la rivière Ardèche, transformé en torrent, "ont été légèrement blessés" et tous les jeunes Allemands évacués "sont traumatisés psychologiquement", a souligné le procureur.

Selon des pompiers sauveteurs, certains ont été retrouvés "accrochés dans les arbres", l'eau, arrivée en vague brutale, étant montée au moins jusqu'à la taille d'un adulte.

La colonie était devenue de fait un camping, sans autorisation de la préfecture et "était installée en zone inondable", a souligné le procureur. Le maire de Saint-Julien-de-Peyrolas, René Fabrègue, "avait alerté les responsables de l'association. Il avait même saisi le tribunal administratif et dans les 48 heures avant le drame, les autorités municipales avaient alerté les responsables de l'association sur le danger à rester là en raison de la montée éventuelle des eaux", a ajouté le procureur.

"Si quelqu'un de la direction a été mis en garde et qu'il n'a pas réagi à cet avertissement, je ne reviendrais pas en Allemagne à leur place. Risquer la vie d'enfants pour n'importe quoi…", a réagi un père de famille sur Facebook. D'autres parents y défendent au contraire des camps "toujours supers".

-"Vives inquiétudes"-

M. Maurel a fait part des "plus vives inquiétudes" des enquêteurs à propos du disparu qui se trouvait sur le terrain privé de l'association allemande lors du déferlement des eaux. "S'il était retrouvé décédé, l'enquête s'orienterait vers un homicide involontaire", a-t-il souligné.

Les opérations de recherche mobilisant gendarmes et pompiers se poursuivaient vendredi, a indiqué la préfecture du Gard, soulignant que la colonie était sur "un terrain de camping non homologué par les services préfectoraux".

Depuis 2017, la commune de Saint-Julien-de-Peyrolas est en litige avec l’association allemande propriétaire du terrain, qu'elle accuse de ne pas respecter le plan d’urbanisme. Cette association est installée à Saint-Julien-de-Peyrolas depuis 2006 après avoir été présente sur la commune voisine de Saint-Martin-d'Ardèche.

Fondée dans les années 1950 par un prêtre catholique à Leverkusen (ouest de l'Allemagne), elle a lancé un appel aux dons en première page de son site internet. "Nous n’en sommes qu’au début et ne savons pas ce qui va arriver. Mais nous savons à coup sûr que nous aurons besoin d’une aide financière", écrit-elle.

Deux camions affrétés par l’association doivent rejoindre Saint-Julien-de-Peyrolas avec des vêtements et des sacs de couchage.

L’association affirme disposer de son propre terrain de camping à Saint-Julien-de Peyrolas, qu’elle a peu à peu aménagé et agrandi. Le nombre d’enfants venant y passer leurs vacances oscille entre 150 et 185.

Proches également de la rivière Ardèche et quasiment au même niveau que ce cours d'eau, les deux autres campings inondés jeudi étaient homologués et jouxtaient la colonie, a indiqué la préfecture à l'AFP.

A cause de fortes pluies jeudi sur le centre-est et le sud-est de la France, 750 personnes avaient été évacuées dans le Gard dont au moins 184 campeurs à Saint-Julien-de-Peyrolas.La situation météorologique est redevenue calme vendredi mais les communes gardoises touchées doivent encore gérer des évacués et des opérations de nettoyage.