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"Gilets jaunes": les syndicats obligés de se renouveler

Une manifestante "gilet jaune" parmi un rassemblement à l'appel de la CGT, le 5 février 2019 à Rennes
Une manifestante "gilet jaune" parmi un rassemblement à l'appel de la CGT, le 5 février 2019 à Rennes
afp.com - Damien MEYER
Yves Veyrier, numéro un de Force ouvrière (à gauche) et Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, lors d'une mobilisation unitaire à Paris, le 19 mars 2019
Yves Veyrier, numéro un de Force ouvrière (à gauche) et Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, lors d'une mobilisation unitaire à Paris, le 19 mars 2019
afp.com - Philippe LOPEZ
Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, le 10 décembre 2018 à Paris
Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, le 10 décembre 2018 à Paris
afp.com - ludovic MARIN

Bousculés par les "gilets jaunes", les syndicats traditionnels, en crise depuis déjà plusieurs années, se voient obligés de se renouveler et de repenser leur positionnement, conscients que leur survie en dépend.

"La première leçon qu'on doit tirer de ce mouvement des +gilets jaunes+, c'est qu'ils sont le reflet de tous les déserts syndicaux de la CGT: petites et moyennes entreprises, retraités, précaires, privés d'emplois et beaucoup de femmes", a reconnu le secrétaire général de ce syndicat, Philippe Martinez, avant son congrès qui a lieu cette semaine.

"Si on ne fait rien, je suis inquiet pour mon organisation", a-t-il poursuivi.

Il faut "une profonde accélération de notre regard" sur les travailleurs qui subissent les changements du monde du travail car le périmètre de la CGT "se rétrécit de plus en plus", a-t-il ajouté.

"Les +gilets jaunes+ ont obtenu plus en six mois que la CGT en 20 ans", constate de fait un représentant patronal, en référence aux mesures annoncées par Emmanuel Macron pour répondre à la crise, évaluées à 17 milliards d'euros par Bercy. "Cela les a secoués, ils en sont traumatisés", a-t-il dit.

"Les syndicats souffraient d'une perte de crédibilité avant le phénomène des +gilets jaunes+", remarque le politologue Frédéric Dabi (Ifop). "Maintenant, les +gilets jaunes+ ont exacerbé le phénomène. Pour beaucoup de Français, les mobilisations des syndicats sont justes, mais elles ne sont pas marquées par des résultats".

Yves Veyrier, numéro un de FO, reconnaît que l'action syndicale n'a pas permis de "grande conquête sociale depuis 35 ans", mais défend "ses résultats dans les entreprises" où "36.000 accords sont signés chaque année".

Selon lui, le mouvement des "gilets jaunes" consacre un double échec: celui de ceux qui n'ont pas entendu les syndicats, et celui des syndicats qui n'ont pas réussi à se faire écouter. D'où la nécessité de l'action syndicale, ajoute-t-il, d'autant plus que les instances syndicales ont été affaiblies avec par exemple le remplacement du CHSCT par le Comité social et économique dans les entreprises.

- "de la colère à l'engagement" -

Si les syndicats sont écartés "de la gestion de l'assurance chômage, des retraites complémentaires, de la concertation sur le Smic... que restera-t-il à faire d'autre que de la politique aux organisations nationales ?", s'est-il interrogé.

Côté syndicats réformistes, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger, l'un des premiers à avoir suggéré l'idée d'un grand débat national, souligne que "les +gilets jaunes+, pour une part d'entre eux, ont porté des revendications sociales justes", et les appelle à passer "de la colère à l'engagement".

M. Berger, qui préside la première organisation syndicale en termes de représentativité, a choisi d'associer la CFDT à un collectif de syndicats et d'associations, dont la Fondation Nicolas Hulot, en présentant un pacte de 66 propositions liant écologie et social.

Il estime qu'"il y a un changement de méthode" au niveau de l'exécutif, avec le lancement récent par le gouvernement de la "mobilisation générale pour l'emploi et l'écologie".

Laurent Escure (Unsa) observe également "une crise" de la représentativité syndicale, "peut-être liée à la division" et à "la baisse de l'efficacité" des syndicats.

"Avec la pratique actuelle du gouvernement, nous avons un contournement des partenaires sociaux qui a été presque théorisé", dit-il. "Et les bureaucraties syndicales ont oublié cette évidence: l'organisation des solidarités de proximité", accuse-t-il aussi. "On donne une image très politisée".

Au congrès de la CGT, des militants ont critiqué l'ambiguïté de Philippe Martinez à l'égard des "gilets jaunes" et réclamé d'"aller au devant" de ce "surgissement d'en bas" qui les a dépassés.

Une frange d'entre eux plaide pour une convergence avec les "gilets jaunes". Le 27 avril, les puissantes fédérations des industries chimiques, des commerces et services, ou des unions départementales (Val-de-Marne, Val-d'Oise, Bouches-du-Rhône..) ont organisé une manifestation à Paris avec des partis politiques de gauche, des "gilets jaunes" et des associations. M. Martinez ne s'y était pas joint.