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Golden Globe Race : les confidences du vainqueur Jean-Luc Van Den Heede

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Deux mois après la victoire de Francis Joyon, 62 ans, lors de la Route du Rhum 2018, c'est un autre "vieux loup de mer" qui s'impose dans le Golden Globe Race : le Français au nom flamand Jean-Luc Van Den Heede, 73 ans. Surnommé "VDH", il a franchi la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne après presque sept mois de course autour du monde en solitaire. 

Dix-huit aventuriers au départ, cinq rescapés et un vainqueur après plus de 200 jours à tourner seul autour du monde sans moyens modernes : le Français Jean-Luc Van den Heede a été le premier à franchir la ligne d'arrivée aux Sables-d'Olonne (côte Atlantique française) vers 10h15 du matin (heure française) après avoir quitté le port vendéen le 1er juillet 2018.

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©TV5MONDE / Karine Henry

Le marin de 73 ans, qui compte cinq tours du monde en solo à son actif, aura mis 211 jours 23 heures et 12 minutes pour faire le tour du globe à bord d'un petit monocoque de 10m conçu avant 1988 comme le stipule le règlement.

► le point avec notre envoyée spéciale Karine Henry : 

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©TV5MONDE

A titre de comparaison, François Gabart, sur un maxi-multicoque de 32m construit en 2015, avait claqué un record en 42 jours en décembre 2017.

Mais quand Gabart était en quête de performance, Van den Heede et les 17 autres engagés, de différentes nationalités, n'avaient qu'une idée en tête : faire revivre ce vent de liberté qui soufflait dans les années 1960. 


"Ce n'est pas une course de voiliers comme les autres. Le propos n'était pas de faire une réplique exacte de la course de 1968 mais d'être dans l'esprit de 1968 et je pense qu'en ça, on a parfaitement réussi. Les marins ont été complètement isolés, ils ont eu cette impression de revivre 1968", explique à l'AFP l'Australien Don McIntyre, concepteur de la Golden Globe Race 2018 (GGR).
                  

Aucun regret

Cette édition faisait référence à la première course autour du monde sans escale en solitaire à laquelle neuf marins avaient pris part pour un seul revenu à bon port, le Britannique Sir Robin Knox-Johnston, le 12 avril 1969 au terme d'un périple de 312 jours à bord d'un petit bateau, le Suhaili. 
 
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Les impressions de Sir Robin Knox-Johnston sur l'exploit de Jean-Luc Van den Heede
 

Une course "à l'ancienne"

La Golden Globe Race a livré une deuxième édition, 50 ans après le tour du monde à la voile historique de 1968.

Dans l'esprit de ces pionniers, la GGR 2018 avait un cadre clair : une course à l'"ancienne" sans électronique à bord, ni pilote automatique ni moyens de communications modernes, ni désalinisateur. Une radio ondes courtes, des balises de suivi de position et un téléphone pour communiquer une fois par semaine avec le PC course. Et seulement quelques appels autorisés avec la famille. Des cartes en papier et un sextant.

"Le GPS c'est pratique mais le sextant c'est fiable. Et les cartes papier, ça occupe le temps", défend Loïc Lepage, ancien instituteur de 62 ans, qui s'est nourri adolescent des récits de Sir Johnston. 

"On avait une petite vacation obligatoire avec le PC course. On pouvait envoyer un petit mail tous les jours mais pas plus de 40 signes, c'était un peu frustrant", raconte Lepage, dont le bateau a sombré au 114e jour de mer avant d'atteindre l'Australie et qui "enrage de n'avoir fait que le moitié" de la course.
 
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Le Français Jean-Luc Van Den Heede vainqueur de la Golden Globe Race.
©TV5MONDE/ Karine Henry

"Je n'ai jamais eu de moments de regret ou de coups de blues au point d'être démoralisé, jamais", assure le Vannetais.

Lepage a mis ses économies dans cette aventure et fait une souscription pour réunir les quelque 70.000 euros qui lui étaient nécessaires. Il aimerait être du prochain voyage en 2022.

"Ça peut paraître désuet mais il y a un côté romantique, philosophique dans cette idée des libertés qu'avaient les adolescents post soixante-huitard. Et puis, cinquante après, la mer n'a pas changé, le vent est toujours le même. Et un bateau à voile reste un bateau à voile", argue-t-il. 
 

Aux racines de la navigation de base

                  
VDH a navigué contre vents et marées sur un bateau de 11 mètres à peine (Matmut), construit avant 1988. A bord, des conserves, une quinzaine de livres, des cartes papiers et un sextant. Pas de téléphone portable ni de GPS.

"Retrouver les vraies racines de la navigation de base comme il y a 50 ans, c'est ça qui m'a excité dans cette course", a expliqué le septuagénaire, qui a bouclé son 6e tour du monde.

Le marin, qui détient le record du tour du monde à l'envers (d'est en ouest) soit 122 jours, avait terminé 2e du Vendée Globe en 1993 et 3e en 1990.

"Là, c'est très différent (du Vendée Globe) parce qu'on est sans cesse occupé. Le problème avec ces bateaux c'est qu'ils subissent, ils n'échappent pas aux dépressions. Mais je n'ai pas vu le temps passer, je n'ai pas eu de sentiment d'ennui. Je me suis dit: c'est dur et faut subir", a-t-il raconté.

Et dire que cet ancien professeur de maths a failli abandonner à mi-chemin ! Début novembre, au large des côtes chiliennes, son mât s'est cassé. Mais il a réussi à bricoler et sa monture a tenu bon.

Pour son plus grand bonheur alors qu'il n'avait encore jamais réussi à gagner une course autour du monde. De quoi le titiller pour la prochaine édition en 2022 ? Non, répond-il. 

"Je ne la referai pas. Parce que je suis trop vieux, il ne faut pas déconner, je n'ai plus rien à gagner, une seule suffit".

A voir...