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Gouvernement de coalition en Israël : "Cela n'apportera aucun changement positif pour les Palestiniens"

Yair Lapid, le président du parti Yesh Atid et désormais chef de la nouvelle coalition, le 31 mai 2021, au parlement israélien.
Yair Lapid, le président du parti Yesh Atid et désormais chef de la nouvelle coalition, le 31 mai 2021, au parlement israélien.
(Photo : AP/Debbie Hill)

Le chef de l'opposition israélienne Yaïr Lapid a formé un gouvernement de coalition anti-Netanyahou qui doit encore être validé par un vote de confiance au Parlement. Ce bouleversement politique, s'il survenait, pourrait-il changer la donne entre Israël et la Palestine ? Entretien avec Inès Abdel Razek directrice du plaidoyer de l'ONG  Palestine Institute for Public Diplomacy.

TV5MONDE : Comment l'annonce de cette potentielle nouvelle coalition gouvernementale a-t-elle été perçue en Palestine ?
 
Inès Abdel Razek est directrice du plaidoyer pour le Palestine Institute for Public Diplomacy, une organisation non gouvernementale Palestinienne de plaidoyer et de diplomatie citoyenne basée à Ramallah en Cisjordanie.
Inès Abdel Razek est directrice du plaidoyer pour le Palestine Institute for Public Diplomacy, une organisation non gouvernementale Palestinienne de plaidoyer et de diplomatie citoyenne basée à Ramallah en Cisjordanie.

Inès Abdel Razek : La réaction a été la même en Palestine qu'avec toutes les coalitions israéliennes : cela n'apportera aucun changement positif pour les Palestiniens. La perception palestinienne majoritaire est que soit la situation empirera, ou bien qu'elle se maintiendra. Les Palestiniens savent que les colonies ont été autant construites par le mouvement travailliste que par les colons religieux. Pour les Palestiniens il n'y a pas beaucoup d'espoir et il ne s'agit pas pour eux d'une question de personnalités politiques mais plutôt d'une question structurelle. La question est celle de comment est constitué l'État d'Israël et comment — finalement — est construit le contrat social et la Constitution, qui sont à l'origine pour les Palestiniens des lois et des institutions racistes qui ne les représentent pas.

Mais ce qui est important et historique pour les Palestiniens ce sont les manifestations de ces dernières semaines qui ont démontré une unité palestinienne, de Gaza à Jérusalem, de Ramallah à Haïfa, avec une volonté de briser la séparation imposée par la Ligne verte (délimitation de référence tracée lors de l'armistice de 1949 entre Israël et les Etats voisins, ndlr) en démontrant que les Palestiniens sont un peuple.

Les Palestiniens savent très bien que les changements structurels ne peuvent pas venir de cette coalition.

Ce sont ces manifestations qui marquent la volonté de changement du peuple palestinien, pas le jeu des élections israéliennes de certains Palestiniens qui sont élus à la Knesset (parlement israélien, ndlr), avec la liste jointe. Les Palestiniens étaient dans les rues par centaines de milliers et ils savent très bien que les changements structurels ne peuvent pas venir de cette coalition.

(Revoir) Israël : cette coalition hétéroclite qui veut mettre fin à l'ère Netanyahou

TV5MONDE :  Quel rôle le parti islamiste Raam, qui a permis la formation de la coalition, peut-il jouer ?

I.A.R :
Ce parti a à peine franchi le seuil nécessaire pour avoir des élus au Parlement. Il est dirigé par Mansour Abbas qui est clairement vu et connu pour être un opportuniste politique qui s'est allié à Netanyahou et qui a complètement renié les droits nationaux des Palestiniens. Mansour Abbas est donc dans cette coalition pour sa carrière. Il faut à mon sens éviter de dire que c'est historique qu'il y ait des Arabes dans cette coalition. En réalité, Mansour Abbas représente un peu "le bon Arabe" qui va donner des excuses à cette coalition pour le mettre en avant, alors qu'il fait clairement alliance avec des gens qui sont contre les droits des Palestiniens.

Mansour Abbas et son parti Raam servent le courant nationaliste, pour justifier la continuation de leur politique d'apartheid.

Mansour Abbas n'est pas aimé dans la société palestinienne y compris par les citoyens d'Israël. Il a eu très peu de votes et a été refusé dans de nombreuses instances populaires palestiniennes lors des soulèvements des dernières semaines. Mansour Abbas et son parti Raam servent le courant nationaliste, pour justifier la continuation de leur politique d'apartheid.

TV5MONDE : Cette coalition — qui comporte des partis de gauche — pourrait-elle changer la politique d'Israël envers les Territoires occupés ?

Je pense qu'il va être très difficile pour cette coalition de prendre des décisions. Il y a un tel panel de partis que l'on voit mal comment le consensus pour maintenir le statu quo tel qu'il est avec les Palestiniens pourrait être modifié, que ce soit sur le blocus de Gaza ou la politique stricte envers le Hamas. Les partis qui sont forts à la Knesset et dans la coalition sont des partis de droite, bien que l'on puisse de moins en moins parler de partis de gauche et de droite. Ce sont des partis ultra nationalistes, religieux
pour une grande partie.

Il y a un consensus dans la classe politique israélienne pour continuer le blocus et continuer l'annexion de la Cisjordanie.

Ces forces là, dont le parti travailliste, n'ont aucun intérêt à changer la politique envers les Palestiniens. Ce qu'il peut à la rigueur se passer, c'est que l'on retrouve un statu quo, comme avec Netanyahou il y a quelques années qui avait ouvert et fermé quelques vannes à Gaza. Il ne faut pas oublier que c'est Israël qui contrôle les Territoires occupés, que ce soit à Gaza ou en Cisjordanie. Donc, cette coalition n'augure pas d'une amélioration dans les Territoires occupés, parce qu'il y a un consensus dans la classe politique israélienne pour continuer le blocus et continuer l'annexion de la Cisjordanie.

Aujourd'hui, le seul parti qui est réellement pour une solution à deux États chez les Juifs israéliens c'est le Meretz. Mais comme le Meretz vient de s'allier à cette coalition, sa politique devient très questionnable. Autrement, il reste le parti de la liste jointe palestinienne arabe, dont Mansour Abass s'est détaché. Cette liste demande des droits nationaux pour les Palestiniens, mais elle sera dans l'opposition, pas dans la coalition.

(Re)voir Dans la Bande de Gaza, l'évaluation des dégâts après onze jours de guerre

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