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Grèce : la bourse d'Athènes s'envole, un signe de bonne santé économique ?

La bourse d'Athènes a enregistré une progression record en 2019, poussée par ses plus grandes banques, mais son niveau reste de 70% inférieur à celui d'avant 2009.

Les indicateurs économiques et financiers sont au vert en Grèce en 2019 et la bourse d'Athènes bat des records. Après 10 ans d'une crise majeure, les Grecs sont-ils en train de voir le bout du tunnel ?

La bourse d'Athènes a gagné 46% en 2019 : un record inégalé en Europe. En parallèle, l'économie grecque semble retrouver quelques couleurs, mais après des années de crise financière et de politiques d'austérité drastiques, qu'en est-il exactement de la situation de ce pays, qui fut proche de la faillite et d'une sortie de l'euro il y a encore peu ? Que signifie l'embellie de la bourse grecque ? 

Reprise en demi-teinte

Depuis 2017, la Grèce est sortie de la récession débutée en 2009, avec une croissance du PIB de 2% en moyenne chaque année. Le chômage, qui avait atteint des sommets — à presque 30% en 2013 —, est retombé en 2019 à un niveau plus acceptable, mais reste toujours le plus élevé de l'Union européenne : 16,9%. Ces indicateurs, plutôt positifs, ont des conséquences concrètes sur les finances publiques, mais la population grecque n'en retire pas encore des bénéfices importants. Pour preuve : près de la moitié des emplois créés le sont à temps partiel, rémunérés en moyenne autour de 300€. Le risque de pauvreté en Grèce est le plus élévée d'Europe, il touche près de 35% de la population selon Eurostat. 

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La reprise économie grecque est aujourd'hui portée en grande partie par le tourisme, avec près d'un quart des travailleurs grecs dans ce secteur qui représente plus de 20% du PIB (Produit intérieur brut, la richesse nationale). D'autres secteurs sont en reprise, comme l'agriculture qui tire les exportations vers le haut, mais la Grèce part de très bas : son PIB a reculé de 25% durant la crise, il est aujourd'hui au même niveau qu'en 2013. Malgré tout, les exportations ont bondi, passant de 45 milliards d'euros il y a 10 ans, à plus de 65 milliards d'euros cette année. Autre signe d'une reprise, mais qui ne présage rien de bon pour l'endettement privé : l'immobilier. Dans le centre d'Athènes les prix des logements ont littéralement explosé en 2019 avec une augmentation de plus de 30%...

Coupes budgétaires et privatisations

Les services publics grecs ont été le centre des politiques d'austérité imposées par la Banque centrale européenne, le FMI et la Commission européenne. La réduction des budgets du système hospitalier a été telle, que le terme de "Grexit médical" a fini par s'appliquer à cette cure d'austérité : le ministère grec de la Santé a en effet baissé ses dépenses totales de 50% entre 2008 et 2016 !

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En paralèlle plus de quarante entreprises nationales publiques ont été cédées en totalité ou partiellement au secteur privé : port de marchandise, gaz, téléphonie, autoroutes, aéroports, chemin de fer, société de jeu, plages, les privatisations se sont enchaînées.

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Ces ventes - exigées par les créanciers européens - devaient permettre de payer une partie de la dette : 50 milliards étaient attendus. Le résultat est loin du compte, puisque seulement 7 à 8 milliards d'euros ont été engrangés par l'Etat après ces cessions. 

Une bourse qui remonte... après effondrement

La bourse d'Athènes caracole en tête des places financières europénnes en 2019 avec une croissance de près de 50% en moins d'un an - à comparer avec  les +24 % de l'Euro STOXX 50 (50 plus grandes entreprises de la zone euro). C'est un record en termes de progression depuis 20 ans pour la place financière grecque, mais qui n'efface pas les pertes colossales de 80% de sa valeur entre 2009 et 2012. L'indice ASE (Athens Stock Exchange) a retrouvé en cette fin d'anné son niveau de mars 2018, soit autour de 900 points, mais ce niveau reste encore de... 70% inférieur à celui d'avant 2009 ! en 2013, le MSCI mondial, l' indice boursier mesurant les performances des marchés des pays développés avait déclassé la bourse grecque des pays développés pour la placer dans la même catégorie que les pays émergents...

L'embellie boursière actuelle serait due avant tout au secteur bancaire : les quatre plus grandes banques grecques ont engrangé des gains mirifiques cette année, 275 % de progression pour Piraeus Bank  et 180 % pour National Bank of Greece, par exemple. La possibilité depuis 2018 pour l'Etat grec d'emprunter de nouveau sur les marchés obligataires (emprunts par la vente de dettes d'Etat) de façon autonome n'est évidemment pas étrangère à cette embellie boursière.

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Un pays qui revient de loin

La Grèce a d'ailleurs pu rembourser le Fonds monétaire international de façon anticipée d'un emprunt de 2,7 milliards d'euros, une annonce saluée par les marchés financiers : les taux grecs sont désormais au plus bas historique. Le taux d'emprunt grec à 5 ans est tombé à 0,36 %, moins que son  voisin italien, et fin du fin : la Grèce peut désormais emprunter de l'argent en en gagnant, puisqu'Athènes a émis  en octobre des titres à 3 mois... à -0,02 %. Ces "taux négatifs", réservés jusque là aux pays les plus riches et stables de la zone euro comme la France et l'Allemagne, sont donc offerts aujourd'hui à un pays, qui empruntait encore en 2015 sur les marchés financiers à 28% pour des emprunts à 2 ans, et à 13% pour ceux à 10 ans ! 

La Grèce revient donc de très loin et semble être de nouveau apte à se financer, relancer son économie et créer des emplois. Mais le chemin est encore long et semé d'embuches malgré une croissance attendue en 2020 de 2,8%. Sachant que pour la population, l'embellie tant financière qu'économique globale, ne permet toujours pas de compenser les sacrifices faits par celle-ci en 10 ans, tant en matière de perte de pouvoir d'achat que de réduction des services publics.