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Guantanamo : une prison impossible à fermer ?

<p>Des militants des droits humains manifestent devant l'ambassade des États-Unis à Londres, pour le 11e anniversaire de l'ouverture de la prison de Guantanamo, le 11 janvier 2013.</p>

Des militants des droits humains manifestent devant l'ambassade des États-Unis à Londres, pour le 11e anniversaire de l'ouverture de la prison de Guantanamo, le 11 janvier 2013.

AP/Sang Tan

Il y a 20 ans, les premiers prisonniers soupçonnés de terrorisme arrivaient au centre de détention ultra sécurisé de Guantanamo, à Cuba. Alors que le président américain démocrate Barack Obama, puis Joe Biden, avaient promis sa fermeture, celle-ci ne semble plus une priorité aujourd’hui.

« Plus je coopérais et je parlais, plus j'étais torturé ». Lors de son procès en novembre, l’ancien messager d’Al-Qaïda, Majid Khan, n’épargne aucun détail sur ses conditions de détention. Lavements forcés, privation de sommeil, de nourriture, nudité, le détenu liste tous les sévices qu’il a subis en 15 ans de prison. Des techniques qui ont été révélées il y a plusieurs années au public, et qui avaient provoqué l’effroi.

Le simulacre de la noyade

En 2014, un compte-rendu de 500 pages de la commission d’enquête du Sénat (dont plus de 5000 sont restées classées Secret défense) est publié sur Internet et fait état « d’interrogations brutales, bien pires que ce qui était rapporté aux législateurs ». Le monde y découvre avec terreur la méthode du simulacre de la noyade (« waterboarding technique »), provoquant une sensation de noyade au détenu qui peut amener à des « convulsions » et des « vomissements ». Des actes de torture qui n’ont jusqu’ici mené à aucune condamnation.

Extrait du compte-rendu sénatorial sur les techniques de torture pratiqué à Guantánamo
Extrait du compte-rendu sénatorial sur les techniques de torture pratiqué à Guantánamo
DR

À cette même époque, Barack Obama, 44e président des États-Unis, fait de la fermeture de la prison tristement célèbre un point central de ses promesses électorales. Il rappelle notamment le coût exhorbitant que son fonctionnement fait peser sur le budget de l’État :  13 millions de dollars par an et par prisonnier. 240 y sont alors incarcérés. Il émet aussi le souhait de déplacer les procès des détenus dans la ville de New York, explique Sharon Weill, maîtresse de conférences en droit international à l'université américaine de Paris et chercheuse associée au CERI (Sciences-Po) : « Barack Obama voulait amener les justiciables à New York pour que les procès se déroulent aux yeux de tous et avec des juges reconnus pour leur indépendance, plutôt que sur la base militaire, difficile d’accès, dans des tribunaux sous haut contrôle. Finalement, le Congrès, à la majorité pourtant démocrate à l’époque, a empêché cette décision. »

Le procès ne pourrait jamais se terminer

Sharon Weill, maîtresse de conférences en droit international à l'université américaine de Paris

Le risque de rendre public un tel événement judiciaire serait aussi révéler le « procès dans le procès » souligne la chercheuse : « On a d’un côté un procès contre les gens qui ont participé aux attentats du 11 septembre, mais on a aussi un potentiel procès contre ceux qui ont pratiqué de la torture. Amener les détenus à New York, les rendre visibles, ferait sans doute émerger la question dans le débat de société. Et ça, on n’en a pas envie. »

Guantanamo sera-t-elle fermée un jour ?

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39 détenus actuels 

Depuis 2002, plus de 700 détenus sont passés par les cellules de Guatanamo, comptabilise le New York Times qui relaie presque en temps réel l’effectif et le statut des prisonniers. Aujourd’hui, ce sont 39 prisonniers de la « guerre contre le terrorisme » qui restent entre les murs du centre de détention. Parmi eux, 12 ont été inculpés pour crimes de guerres (2 seuls ont été jugés dont Majid Khan), 13 sont détenus et potentiellement transférables vers un autre État et 14 sont détenus sans chef d’inculpation, ni potentialité d’être transféré.

« Ces 14 prisonniers sont toujours estimés comme une menace sécuritaire pour les États-Unis. » explique Sharon Weill. « Ils sont en détention administrative, mais on ne sait combien de temps cela va durer. Probablement jusqu'à la fin de leur vie. Aux États-Unis, il y a encore cet imaginaire que les prisonniers de Guantanamo sont "the worst of the worst » (« les pires du pire »), et on ne veut pas d’eux sur le sol américain. »

C’est sans doute une fois que les détenus seront morts, que l’on pourra envisager de fermer Guantanamo.

Sharon Weill, maîtresse de conférences en droit international à l'université américaine de Paris

L’un des procès les plus attendus est celui du le cerveau présumé des attentats du 11-Septembre, Khalid Sheikh Mohammed. Après 9 ans d’audiences préliminaires, la procédure n’en est toujours qu’à la phase préparatoire et a pris 18 mois de retard en raison de la pandémie de Covid-19. « Le procès ne pourrait jamais se terminer» affirme Sharon Weill.

<p>Des gardes de prison fouillent les détenus de Guantanamo, le 12 mai 2009.</p>

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Des gardes de prison fouillent les détenus de Guantanamo, le 12 mai 2009.

 

AP/Brennan Linsley

Si Joe Biden a repris le combat de son prédécesseur démocrate, et a annoncé, à son tour, qu’il allait fermer le centre de détention, la lenteur judiciaire fait planer le doute autour d’un quelconque aboutissement : « On dit qu'on veut fermer mais l'histoire de ces gens-là est toujours là. On a créé une situation d'attente dont on n’arrive pas à se sortir. Les détenus vont probablement mourir là-bas avant qu’un quelconque procès soit fini. C’est sans doute une fois que les détenus seront morts, que l’on pourra envisager de fermer Guantanamo. »

États-Unis : "Guantanamo est une tache terrible sur la démocratie américaine"

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