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Guatemala : élections et exclusion

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Jour de vote au Guatemala pour des élections présidentielle et législatives sur fond de violence. Plus de 8 millions d'électeurs sont appelés aux urnes après une campagne marquée par l'exclusion de la compétition d'une figure de la lutte anti-corruption, menacée de mort : l'ancienne juge anti-corruption Thelma Aldana.
 

Exclue de la compétition présidentielle de dimanche au Guatemala, visée par des menaces de mort et réfugiée aux Etats-Unis, l'ancienne juge anti-corruption Thelma Aldana continue son combat contre la "vieille politique corrompue".

"J'étais la seule à avoir des possibilités réelles de défier la vieille politique. J'étais une gêneuse", dit-elle à l'AFP pour expliquer son éviction début avril par la justice après des allégations d'irrégularités lors de l'embauche d'un stagiaire lorsqu'elle était procureure générale de 2014 à 2018. 

Un mandat d'arrêt a même été délivré contre elle en mars, la décidant à quitter le pays pour se rendre d'abord au Salvador voisin, puis aux Etats-Unis.

Thelma Aldana figurait en deuxième position des intentions de vote lorsqu'elle a été définitivement écartée du scrutin. Le duel pour succéder au président Jimmy Morales devrait se jouer au second tour le 11 août entre la socio-démocrate Sandra Torres et le médecin Alejandro Giammattei (droite). 

Le président sortant est lui-même soupçonné de corruption dans le cadre d'enquêtes lancées durant le mandat de Mme Aldana à la tête du parquet guatémaltèque.
Pour l'ancienne magistrate, cela ne fait aucun doute: elle a été écartée par "vengeance" en raison de sa lutte contre la corruption, menée en collaboration avec la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (Cicig), une mission de l'ONU. Les milieux criminels "à tous les niveaux", assure-t-elle, n'ont pas supporté qu'elle puisse être élue à la tête de l'Etat.

Interviewée par téléphone depuis un lieu de résidence non révélé, l'ancienne juge anti-corruption dénonce "l'évidente soif de vengeance" de ceux qu'elle a poursuivis lorsqu'elle était procureure générale. "J'ai réalisé avec la Cicig un travail d'enquête sur les puissantes structures criminelles du Guatemala à tous les niveaux", rappelle-t-elle.
                  

Contrôle de l'Assemblée 

                  
La justice guatémaltèque s'est mise "au service de la vieille politique" pour l'écarter et "empêcher le peuple d'avoir un autre choix", dénonce l'ancienne magistrate qui était la candidate du parti Semilla (centre-gauche). 

Ce mouvement avait été le fer de lance des manifestations ayant contraint à la démission le précédent président Otto Pérez (2012-2015) après la révélation de son implication dans un vaste réseau de corruption et de détournements... déjà par la procureure Aldana, en collaboration avec la Cicig.

Elle en est convaincue : si elle revient maintenant au Guatemala, les menaces de mort contre elle seront mises à exécution.

"Le plan, c'est de me mettre en prison et, là, qu'un délinquant me tue", assure Thelma Aldana. Les "structures criminelles" qui l'ont prise pour cible, dit-elle, ont un fonctionnement "pyramidal, avec des chefs, des chargés d'opérations et des exécutants".

A l'entendre, la magistrate qui lui a succédé comme procureure générale, Consuelo Porras, et "quelques magistrats" du tribunal électoral, de la Cour suprême et de la Cour constitutionnelle, figurent parmi ces "exécutants de l'ombre".
Pour l'heure, l'ancienne juge anti-corruption n'apporte son soutien à aucun des 19 candidats à la présidence, mais a appelé à voter dimanche pour les candidats de Semilla à l'Assemblée nationale et pour les élections municipales.

"Il faut reprendre le contrôle de l'Assemblée, et les candidats de Semilla remplissent les conditions d'honorabilité et de connaissance de la réalité du pays", argumente-t-elle.

Le travail de l'ancienne procureure a été salué l'an dernier par le Prix Rights Livelihood, surnommé le "Nobel alternatif", qui lui a été décerné, ainsi qu'au juriste colombien Ivan Velasquez, le chef de la Cicig. 

Ce dernier a depuis été déclaré persona non grata par le président Morales, furieux d'être la cible d'enquêtes sur le financement de sa campagne électorale victorieuse en 2015.

Pour Thelma Aldana, il est absolument nécessaire que la mission anti-corruption de l'ONU, structure unique au monde, puisse poursuivre son travail au delà de la fin de son mandat, prévu en septembre, car selon elle les institutions guatémaltèques sont sous la coupe de "réseaux politico-économiques illégaux".