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Guerre d'Algérie : de nouvelles mesures en faveur des harkis

Ce mardi 25 septembre, des mesures financières et mémorielles ont été lancées par le gouvernement français en faveur des harkis. 
Ce mardi 25 septembre, des mesures financières et mémorielles ont été lancées par le gouvernement français en faveur des harkis. 
©TV5MONDE

Travail de mémoire, geste financier : la Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq a présenté, mardi 25 septembre, de nouvelles mesures en faveur des harkis à l'occasion de la journée nationale leur rendant hommage. Des mesures jugées insuffisantes par les harkis et leurs descendants.

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Vendredi 21 septembre, Emmanuel Macron a promu six anciens combattants harkis et la cofondatrice d'une association de harkis, chevaliers de la Légion d'honneur.

Le 13 septembre, le président français demandait "pardon"  à la veuve de Maurice Audin et reconnaissait que ce mathématicien communiste, militant de l'indépendance de l’Algérie, disparu sans laisser de traces en 1957, était bien "mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France".

Ce mardi 25 septembre marque un nouveau chapitre dans le travail mémoriel sur la guerre d'Algérie lancé par l'Etat français. De nouvelles décisions ont été dévoilées au cours d'une cérémonie aux Invalides "en matière de reconnaissance, de réparation et de solidarité envers les harkis", ces anciens supplétifs de l'armée française pendant la guerre d'Algérie.
 

Nous souhaitons dire : aux harkis, la France reconnaissante.

Geneviève Darrieussecq, Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Armées. 

"Oui, il y a eu défaillance de la France, admet Geneviève Darrieussecq. Ils ont été reçus ici dans des conditions souvent très difficiles, qu'ils ont parfois eu à subir toute leur vie".

Au cours de la cérémonie, elle a ajouté : "La République rend un hommage solennel à ceux qui, abandonnés par la France, subirent de violentes représailles ou connurent le pire. (...) La République a manqué à son devoir de protection envers ceux qui lui avaient fait confiance.
 

Aide aux première et deuxième générations

Quelles mesures doivent être annoncées ? Une enveloppe de 40 millions d'euros sur quatre ans, sera débloquée, pour revaloriser les pensions des anciens combattants et venir en aide à leurs enfants qui vivent en grande précarité.

Ce dispositif sera accompagné d'une aide personnalisée au retour à l'emploi. Elle "concerne potentiellement quelques milliers de personnes, sur 80 000 à 100 000 individus qui dans leur grande majorité se sont très bien intégrés", selon le ministère de l'Armée.

Le gouvernement va également faire un geste en direction des harkis de première génération en augmentant de 400 euros leur allocation de reconnaissance et l'allocation viagère versée à leurs veuves. La mesure concerne 9 000 à 10 000 personnes.

Initiatives mémorielles


Des mesures jugées insuffisantes par les harkis.

Ces annonces ne nous conviennent pas du tout. (...) Cette journée c'est de l'enfumage. 

Mohamed Badi du Comité national de liaison des harkis.

"Avec les autres présidents d'associations, a ajouté Mohamed Badi, nous voulons désormais aller devant la Cour européenne des droits de l'Homme pour une loi de reconnaissance et une réparation."

Pour le député Les Républicains, Michel Herbillon, invité de TV5MONDE, ces mesures sont une bonne nouvelle. "Je trouve que ces décisions vont dans le bon sens. La France s'est mal conduite avec les harkis (...) qui se sont battus sous les couleurs du drapeau français.

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D'autres initiatives mémorielles doivent être lancées par le gouvernement portant sur la reconnaissance du sort de cette communauté. Emmanuel Macron prévoit lui-même "un geste mémoriel très fort" à l'égard des harkis en décembre. Il s'agirait d'une grande exposition nationale sur l'engagement des harkis et d'une cérémonie d'hommage exceptionnelle. 


 

Qui sont les harkis ? 

> Explications de notre éditorialiste Slimane Zeghidour
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Les harkis sont des musulmans recrutés comme auxiliaires de l'armée française durant la guerre d'Algérie (1954-1962) pour lutter contre le FLN, le mouvement armé pro-indépendance.  Ils tirent leur nom du mot "harka", qui signifie "mouvement" en arabe.
L'armée française a recruté localement pour des opérations particulières jusqu'à 150.000 de ces Algériens, qui reprocheront ensuite à la France de les avoir désarmés, abandonnés en Algérie et livrés avec leurs familles, à des tortures et exécutions sommaires.

Au lendemain des accords d'Evian du 18 mars 1962, consacrant la défaite française en Algérie, le gouvernement français rejette en effet le rapatriement massif des harkis.
Environ 60.000 d'entre eux parviennent toutefois à partir pour la métropole avec les pieds-noirs.
Les autres - entre 55.000 et 75.000 selon les historiens - sont livrés à leur sort en Algérie et, considérés comme des traîtres par le nouveau régime, victimes de sanglantes représailles.
Pierre Messmer, à l'époque ministre des Armées du général de Gaulle, déclarera en 2003 que "la position de la France était la seule possible", "inévitable et légitime".
Une plainte pour "crimes contre l'humanité" déposée par huit harkis en août 2001 à Paris, qui faisait état de 150.000 victimes, n'a pas abouti.

Les harkis et leurs descendants, qui ont pu rejoindre la France ont été accueillis dans dans des conditions précaires (camps, hameaux de forestage et cités urbaines), sans réelles perspectives d'intégration pour eux-mêmes ni leurs enfants, principalement dans le sud de la France.  Ils formeraient aujourd'hui une communauté de 500.000 personnes.