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Guerre d’Algérie : le Sénat français adopte le projet de loi de réparation envers les harkis

Emmanuel Macron remet la Légion d'honneur à Salah Abdelkrim (gauche), ancien harki blessé durant la guerre d'Algérie, et au général François Meyer, qui dirigea des troupes de harkis et parvint à en rapatrier plus de 350 en France après la proclamation de l'indépendance. Paris, le 20 septembre 2021.<br />
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Emmanuel Macron remet la Légion d'honneur à Salah Abdelkrim (gauche), ancien harki blessé durant la guerre d'Algérie, et au général François Meyer, qui dirigea des troupes de harkis et parvint à en rapatrier plus de 350 en France après la proclamation de l'indépendance. Paris, le 20 septembre 2021.

 
© AP - Gonzalo Fuentes

À l’unanimité des suffrages exprimés, les sénateurs français ont adopté un texte visant à demander pardon et à proposer des réparations aux harkis, ces militaires autochtones d'Algérie qui servaient aux côtés des Français .
 

"Je demande pardon, nous n’oublierons jamais", avait déclaré Emmanuel Macron le 20 septembre 2021, s’adressant aux harkis et à leurs familles. Il avait aussi promis "un projet de loi visant à inscrire dans le marbre de nos lois la reconnaissance et la réparation à l’égard des harkis". Après avoir été adopté à l’unanimité par le Sénat mardi 25 janvier, le texte doit être examiné par l’Assemblée nationale mercredi 26 janvier.
 
(Re)voir - Guerre d'Algérie : la demande de pardon de la France aux Harkis
 
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Des combattants oubliés et persécutés

 
Les harkis sont des musulmans recrutés comme auxiliaires de l'armée française durant la guerre d'Algérie (1954-1962) pour lutter contre le Front de Libération Nationale (FLN), le mouvement indépendantiste algérien. L'armée française aurait recruté localement près de 200 000 Algériens. Leur nom, "harkis", vient du mot "harka" qui signifie "groupe mobile" en arabe. Ces combattants étaient en effet souvent recrutés pour des opérations spéciales.

Lire :  qui sont les harkis, ces auxiliaires de l'armée française à qui Emmanuel Macron demande pardon ?

 Après les accords d'Évian du 18 mars 1962, qui consacrent la défaite française en Algérie, le gouvernement français refuse toutefois leur rapatriement massif. Seuls quelque 42 000 harkis sont évacués en France par l'armée vers des camps aux conditions de vie souvent indignes. D'autres y parviennent clandestinement et au total environ 90 000 personnes arrivent en France, pour la majorité entre 1962 et 1965.
 
Ceux qui restent, considérés comme des traîtres par le nouveau régime, sont victimes en Algérie de sanglantes représailles. Une plainte pour "crimes contre l'humanité" déposée par huit harkis en 2001 à Paris, qui faisait état de 150.000 victimes, n'a pas abouti. Les harkis et leurs descendants formeraient aujourd'hui une communauté de plusieurs centaines de milliers de personnes.

(Re)lire - Guerre d'Algérie: Macron fait un geste pour les harkis


Une longue attente de reconnaissance

 
Depuis 1974, plusieurs de leurs enfants ont mené des grèves de la faim et manifesté pour obtenir la reconnaissance de leur drame. Leurs parents ont connu une intégration difficile en France, à la fois assimilés à des immigrés et rejetés par les immigrés. En 2000, le président algérien Abdelaziz Bouteflika les avait qualifiés de "collaborateurs", excluant leur retour en Algérie.
 
En 2001, la France a instauré la première journée d'hommage national aux harkis, fixée au 25 septembre. Ce jour-là, le président Jacques Chirac déclarait que "les massacres commis en 1962, frappant les militaires comme les civils, les femmes comme les enfants, laisseront pour toujours l'empreinte de la barbarie. Ils doivent être reconnus".
 
En 2005, une loi prévoit une allocation de reconnaissance pour les harkis et leurs orphelins. Le président François Hollande reconnaît en 2016 les "responsabilités des gouvernements français dans l'abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d'accueil inhumaines des familles transférées dans les camps en France". 
 
En 2018, un "plan harkis" débloque 40 millions d'euros sur quatre ans pour revaloriser les pensions des anciens combattants et aider leurs descendants. La même année, le Conseil d'État condamne l'État à indemniser un fils de harki ayant subi des "séquelles" d'une vie aux conditions "indignes" dans les camps.
 
Le 20 septembre dernier, le président Emmanuel Macron présente ses excuses au nom de la France pour leur "tragédie" vécue et promet "réparation". Cinquante millions d'euros inscrits dans le projet de budget 2022 doivent abonder le fonds d'indemnisation. 

(Re)lire - 1954 - 1962 : l'histoire de la guerre d'Algérie