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Guerre du Donbass en Ukraine : « Une perspective de paix » ?

Soldat ukrainien au Donbass
Soldat ukrainien au Donbass
© Wikimedia Commons

Emmanuel Macron a annoncé lundi 26 août qu'un sommet réunissant les dirigeants ukrainien, russe, allemand et français se tiendrait en septembre 2019 pour avancer vers la paix en Ukraine. Quelques jours avant le début du G7 qui s'est tenu à Biarritz du 24 au 26 août 2019, le président français Emmanuel Macron avait rencontré le 19 août Vladimir Poutine à Brégançon, dans le Sud de la France. L'occasion pour les deux présidents d'évoquer la guerre du Donbass en Ukraine qui, en 2014, a provoqué l'exclusion de la Russie du G8.

Depuis le début du conflit il y a cinq ans, la guerre du Donbass a fait plus de 10 000 morts, des chiffres évoqués par plusieurs sources mais difficiles à confirmer. Malgré un dernier accord de cessez-le-feu signé à Minsk en février 2015, les affrontements persistent toujours entre séparatistes pro-russes et armée ukrainienne à l’est du pays.

« Nous sommes dans une situation où l'on continue à avoir un certain nombre de morts et ce, de manière régulière » précise Florent Parmentier, professeur à Sciences Po et chercheur à HEC. Une affirmation qui fait écho aux quatre soldats tués le 6 août dernier lors d'une nouvelle attaque entre séparatistes et Ukrainiens.
 
Carte du Donbass en Ukraine
Carte du Donbass en Ukraine
©TV5MONDE

Des propos confirmés par Loup Bureau, journaliste indépendant qui travaille régulièrement à TV5MONDE. Réalisateur, il se rend aussi régulièrement au Donbass depuis trois ans pour filmer les combats côté ukrainien: « Les moyens déployés dans le cadre de ce conflit sont énormes. Quand il y a un ou deux morts, ça veut dire que les combats ont été très violents. C’est pour cela qu’il est trompeur de parler d’un conflit gelé ».


Des espoirs de paix ?

Florent Parmentier observe un changement radical dans la politique ukrainienne depuis l’élection du nouveau président Volodymyr Zelensky le 21 avril 2019. « Sa position est assez différente de celle de Petro Porochenko (ancien président ukrainien). Volodymyr Zelensky considère véritablement une perspective de paix dans le Donbass ».

Loup Bureau lui, n’est pas si optimiste, « Zelensky a appelé Poutine plusieurs fois pour des accords de paix, une zone de désescalade a été mise en place où les deux armées se sont retirées, mais ça reste anecdotique par rapport à la zone de front. »

Sur place aussi, les avis divergent.  « Les Ukrainiens  sont partagés entre aboutir à des accords de paix pour mettre fin à cette guerre qui dure depuis plus de 5 ans et qui a fait beaucoup de victimes, et d’autres veulent que l’armée ukrainienne lance l’offensive pour récupérer les territoires russes, mais pour ça ils sont en très mauvaise position » raconte Loup Bureau.

Il vaut mieux une paix insatisfaisante qu’une bonne guerre.

Florent Parmentier, professeur à Sciences Po et chercheur à HEC

Pour ces deux spécialistes, aucune perspective de paix n’est possible sans l’accord de la Russie. « C’est la Russie qui chapeaute tout le conflit du Donbass. Pour avoir été sur le terrain, ce ne sont quasiment jamais les Ukrainiens qui ouvrent le feu. Ils ne font que répondre. La Russie peut choisir de mettre fin ou non au conflit », raconte Loup Bureau.


 Mais ces nouvelles perspectives de paix pourraient également être bénéfiques à la Russie, qui semble ouverte aux  négociations, comme l’explique Florent Parmentier. « Ce conflit a un coût et les Russes commencent à fatiguer économiquement. D’autant plus qu’actuellement un certain nombre de manifestations ont lieu en Russie notamment pour des raisons économiques.  Pour Poutine, il vaut mieux une paix insatisfaisante qu’une bonne guerre ».

Poutine utilise l’Ukraine comme une zone tampon avec nous Européens.Loup Bureau, documentariste qui se rend régulièrement au Donbass

Mais Florent Parmentier le concède : le Donbass est avant tout  un lieu stratégique pour la Russie, « l’occasion de se rapprocher des Européens tout en gardant une influence en Ukraine. L’idée est de se dire que si on [la Russie]  veut continuer à avoir une influence en Ukraine, il faut permettre que le Donbass réintègre l’Ukraine, de manière à contrôler l’ensemble du processus politique ».

« Poutine utilise l’Ukraine comme une zone tampon avec nous Européens », affirme Loup Bureau. « C’est le moyen pour lui de faire pression pour empêcher  l’Ukraine d’entrer dans l’Union européenne et dans l’OTAN », un projet auquel le pays aspire.
 

La nécessité d’une « position constructive » de la Russie sur l’Ukraine

Mais mettre fin au conflit du Donbass est également un point important dans la perspective d’une entente entre la Russie et les Etats européens. « Débloquer les relations entre la Russie et les Européens, ne peut passer que par des positions constructives de la Russie sur l’Ukraine". D’après Florent Parmentier,  « rien ne se fera entre Européens  et Russes tant que l’Ukraine se trouvera dans la situation actuelle ».

Un enjeu que semble avoir compris le président français Macron.  La résolution du conflit en Ukraine a été au cœur de sa rencontre avec Vladimir ce 19 août. Il a d’ailleurs souhaité « un sommet à quatre sur l’Ukraine, dans les prochaines semaines », pour "éviter que la Russie ne dérive trop vers la Chine et ne sorte de l’orbite des Européens », selon Florent Parmentier.