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Guerre en Ukraine : les chars occidentaux, atout militaire et symbole politique

Un char allemand Leopard 2A6lors des exercives "Iron Wolf 2022-II" à Pabrade, au nord de Vilnius en Lituanie le 26 octobre 2022. 
Un char allemand Leopard 2A6lors des exercives "Iron Wolf 2022-II" à Pabrade, au nord de Vilnius en Lituanie le 26 octobre 2022. 
© AP Photo/Mindaugas Kulbis
Un char allemand Leopard 2A6lors des exercives "Iron Wolf 2022-II" à Pabrade, au nord de Vilnius en Lituanie le 26 octobre 2022. 
Un char Leclerc lors d'un exercice de tir à Smardan, dans l'est de la Roumanie ce 25 janvier 2023. 600 soldats français sont déployés dans le cadre de l'OTAN en Roumanie.

La décision de l’Allemagne, longuement attendue, de livrer ses fameux "Panzer-Leopard" a une portée à la fois stratégique et symbolique dans le conflit en Ukraine. Elle suit l'envoi d'un escadron de Challenger 2 britanniques en attendant probablement les fameux Abrams américains.
 

C’était une décision lourde de conséquences. En promettant 14 chars d’assaut Leopard 2, réputés être parmi les meilleurs du monde, l'Allemagne ouvre la voie à d'autres livraisons similaires par plusieurs pays européens qui en sont dotés.

(RE)lire : Quelles sont les caractéristiques du char Leopard 2 ?
 
"Du don de 5.000 casques lourds à l'envoi de Leopard en Ukraine: en moins d'un an l'Allemagne a déconstruit sept décennies de politique pacifiste. Peut-être avec réticence, mais cela constitue un tournant majeur en soi", commente sur Twitter Bruno Lete, du centre de réflexion américain German Marshall Fund.
 

"Co-belligérance" ?

 Avant Berlin, Londres avait déjà promis une douzaine de chars Challenger 2. Paris et Washington avaient annoncé la livraison de blindés de reconnaissance et d'infanterie.
 
Deux officiers britanniques devant un tank Challenger 2, au camp militaire de Tapa en Estonie, le 19 janvier 2023. Le ministre de la Défense britannique Ben Wallace a promis d'envoyer trois batteries d'artillerie AS-90, des véhiculés blindés, des milliers de munition et 600 missiles Brimstone en plus d'un escadron de chars Challenger 2.
Deux officiers britanniques devant un tank Challenger 2, au camp militaire de Tapa en Estonie, le 19 janvier 2023. Le ministre de la Défense britannique Ben Wallace a promis d'envoyer trois batteries d'artillerie AS-90, des véhiculés blindés, des milliers de munition et 600 missiles Brimstone en plus d'un escadron de chars Challenger 2.
© AP Photo/Pavel Golovkin
 
Ce front uni derrière Kiev sonne comme un nouveau camouflet pour les Russes, qui misent depuis le début du conflit sur un essoufflement du soutien occidental.
 
Avec cette nouvelle montée en gamme du matériel militaire livré à Kiev, les Occidentaux prennent de nouveau le risque d'être accusés de "co-belligérance" par Moscou. Mais de fait, depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs tabous sont déjà tombés.
 
"Les obusiers et lance-roquettes multiples fournis en 2022 étaient des équipements aussi sérieux, voire plus sérieux que les chars de combat, car l'artillerie est plus puissante", souligne l'analyste militaire ukrainien Mykola Bielieskov.
 
De même, après bien des réticences par peur d’une escalade, Washington a récemment fini par accepter de livrer à Kiev son système de missile sol-air moyenne portée Patriot, considéré comme l'un des meilleurs dispositifs de défense antiaérienne des armées occidentales.

(RE)voir : Ukraine : les États-Unis promettent une livraison de missiles Patriot
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Comment va réagir Moscou?

L'ambassadeur russe en Allemagne Sergueï Netchaev a dénoncé le 25 janvier une décision "extrêmement dangereuse" de Berlin, "qui va amener le conflit vers un nouveau niveau de confrontation".

"Notre appréciation est qu'aujourd'hui (les chars) ne sont pas des outils escalatoires, compte tenu de leur utilisation probable par les Ukrainiens" sur leur territoire seulement, et pas au-delà, affrime-t-on de source gouvernementale européenne.
 
En réaction, Moscou pourrait déployer pour la première fois son char de combat T-14 de nouvelle génération sur le champ de bataille, mais "seuls une vingtaine d'entre eux sont déjà fabriqués", fait valoir Andras Racz, du Conseil allemand des relations internationales.
 
Un  T-14 Armata tank se dirige vers la place Rouge à Moscou lors des répétitions pour les célébrations de la victoire contre les nazis du 9 mai, le 5 mai 2016.  
Un  T-14 Armata tank se dirige vers la place Rouge à Moscou lors des répétitions pour les célébrations de la victoire contre les nazis du 9 mai, le 5 mai 2016.  
© AP Photo/Alexander Zemlianichenko

Ainsi, "à défaut d'une réponse militaire symétrique, on peut s'attendre à une offensive informationnelle accrue de la part de la Russie, qui pourrait aussi être incitée à lancer une seconde vague de mobilisation".
 
Toutefois, estime l'expert, "les Russes savent bien que quelques dizaines de chars occidentaux ne vont pas changer la face de la guerre. Je ne m'attends donc pas à une escalade immédiate de la part de Moscou", prédit-il.

Un atout pour Kiev

Kiev réclame depuis décembre quelque 300 chars aux Occidentaux pour lancer des contre-offensives, alors que le front est relativement stable depuis des mois et que l'arrivée prochaine du printemps fait craindre la lancement d'une vaste opération russe dans le Donbass (est).
 
Les chars et blindés pourraient permettre aux forces ukrainiennes de regagner du mouvement, dans l'espoir de percer les lignes de défense russes avec l'appui de l'artillerie et de sortir de la guerre de tranchées qui se joue dans l'est du pays.

(Re)voir : "Tranchées", de Loup Bureau, cette guerre en Ukraine qui n'en finit pas
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"Les chars de combat font partie intégrante de la guerre interarmes depuis la Seconde guerre mondiale. Aucune opération défensive ou offensive n'est possible sans un arsenal de chars d'assaut", souligne l'expert ukrainien Mykola Bielieskov.
 
Toutefois, les chars ne constituent pas à eux seuls la solution miracle.
"C'est seulement employés de concert avec l'infanterie mécanisée, l'artillerie, la défense aérienne, les missiles, que les chars peuvent apporter des résultats", prévient-il.