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Guerre en Ukraine : qu’est-ce qui va changer pour les territoires annexés par la Russie ?

Un homme met son bulletin de vote dans l'urne dans la région de Lougansk, contrôlée par des séparatistes pro-russes, le 27 septembre 2022.
Un homme met son bulletin de vote dans l'urne dans la région de Lougansk, contrôlée par des séparatistes pro-russes, le 27 septembre 2022.
AP Photo

Quatre régions ukrainiennes sont en passe d’être annexées par la Russie. Les résultats du référendum organisé dans les régions de Zaporijjia, Kherson, Lougansk et Donetsk doivent être proclamés. Qu’est-ce qui va changer pour ces territoires ? Décryptage.

Ce 28 septembre, les résultats des référendums d’annexion de quatre régions de l’Ukraine sont attendus. Mais déjà, les autorités pro-russes des régions ukrainiennes de Zaporijjia, Kherson, Lougansk et Donetsk ont revendiqué la veille la victoire du "oui" en faveur d'une annexion par la Russie. Ils ont annoncé demander officiellement à Vladimir Poutine le rattachement de leurs régions à la Russie.

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La prochaine étape revient au Parlement russe, censé voter dans les jours qui viennent un traité formalisant l'intégration des quatre régions au territoire russe. Dans la foulée de ce processus parlementaire, le président Vladimir Poutine pourrait prononcer un discours dès le 30 septembre pour annoncer formellement l'annexion des territoires ukrainiens, selon les agences russes.

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Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS et ancien ambassadeur de France à Moscou estime que cette annexion a deux objectifs. “D’abord, un objectif extérieur, qui est une apparence de sanctuarisation de ces territoires”, explique-t-il. Ensuite, “un objectif intérieur, qui est à la fois de rassurer les populations russophiles de ces zones et de montrer que Poutine augmente la taille de son territoire.

C’est un processus symbolique qui a une signification forte dans l’ordre juridique russe.Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS

Ce que l’annexion va changer pour ces territoires

C’est un processus symbolique qui a une signification forte dans l’ordre juridique russe”, reconnaît le directeur de recherche à l’IRIS Jean de Gliniasty. Concrètement, une fois que l’annexion des quatre régions sera formalisée, elles “auront le même statut que la Crimée”, explique l’ancien ambassadeur de France à Moscou.

Administrativement parlant, la Russie aura une présence sur ces territoires. “Il y aura un gouverneur, qui a déjà été pressenti, d’après ce que la presse russe annonce, poursuit Jean de Gliniasty. Il s’agit de Dmitri Rogozine, l’ancien patron de Roskosmos. Il sera gouverneur d’une zone regroupant la Crimée et les quatre zones qui viennent de connaître un référendum.”

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Cependant, sur le terrain, ces annexions ne changent rien selon l’ancien diplomate. “Les Ukrainiens sont toujours décidés à reprendre les territoires qu’on leur a pris.

Les régions annexées vont-elles êtres reconnues ? 

Rapidement après la revendication de la victoire du “oui” par les autorités pro-russes, plusieurs pays et institutions contestent ces résultats. Parmi eux, Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères en France. Sur la chaîne de télévision BFMTV, elle estime que ces référendums sont “une mascarade”. “Il n’y a aucune sincérité dans les votes qui ont pu être exprimés", ajoute la cheffe de la diplomatie française. "Ils n’ont aucune légitimité, aucune valeur, poursuit-elle.  Nous ne les reconnaîtrons pas, ils entraîneront des sanctions de la part de la France, de l’Europe et d’autres Etats de la communauté internationale." Par ailleurs, le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, dénonce ces référendums qu'il qualifie de scrutins "illégaux" aux résultats "manipulés". "Il s'agit d'une nouvelle violation de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, dans un contexte de violations systématiques des droits de l'Homme", écrit-il sur son compte Twitter.

L’ONU annonce quant à elle qu’elle soutient l’intégrité territoriale de l’Ukraine. “Laissez-moi répéter que les Nations unies restent totalement engagées envers la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, au sein de ses frontières internationalement reconnues”, déclare la secrétaire générale adjointe de l’ONU pour les Affaires politiques Rosemary DiCarlo au début d’une réunion du Conseil de sécurité, consacrée aux référendums d’annexion. De son côté, l’ambassadeur de la Chine à l’ONU Zhang Jun déclare que la position de son pays est “claire et constante ; c’est-à-dire que la souveraineté et l’intégrité territoriale de tous les pays doivent être respectés”, lors de la réunion du Conseil de Sécurité.

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En 2014, le président Poutine avait signé un traité rattachant la Crimée à la Russie deux jours à peine après le référendum que les autorités russes avaient organisé, lors d'une cérémonie au Kremlin, avant même le vote du Parlement russe. Cette annexion n'a pas été reconnue par la communauté internationale. “Pas plus que la Crimée, personne ne reconnaîtra ces référendums”, estime Jean de Gliniasty.