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Guerre en Ukraine : qui est Alexander Dvornikov, l'homme chargé de diriger l'invasion russe dans le Donbass ?

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) vient de nommer Alexander Dvornikov (à droite) à la tête de la nouvelle stratégie russe en Ukraine ce samedi 9 avril.
Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) vient de nommer Alexander Dvornikov (à droite) à la tête de la nouvelle stratégie russe en Ukraine ce samedi 9 avril.
Alexei Nikolsky/Sputnik

​​On connaît pour l'instant peu de choses sur Alexander Dvornikov, nommé à la tête des troupes russes dans le Donbass par Vladimir Poutine. Sa conduite de la guerre en Tchétchénie (1999-2000) et en Syrie (2015-2016) ne laisse rien présager de rassurant pour les populations civiles. Retour sur son parcours.

David Petraeus, l'ancien chef d'État-major américain en Irak, le surnomme "le boucher de Syrie". Le général russe Alexander Dvornikov est connu par les officiers de l'Otan. Il a une réputation internationale. En 2015, il est à la tête des forces russes en Syrie qui bombardent Alep.

Il commence sa carrière en 1982 sous l'Union soviétique, en tant qu'officier de l'Armée de terre. C'est un produit de l'URSS, comme la plupart des généraux actuels de l'armée russe. Lors de la seconde guerre de Tchétchénie (ndlr. conflit armé opposant l'armée fédérale russe aux indépendantistes tchétchènes en 1999 et 2000), il est chargé notamment de prendre la ville de Grozny tenue par les insurgés. L'organisation américaine Human Rights Watch et l'organisation russe de défense des droits humains Memorial estiment à environ 10 000 le nombre de civils tués lors du siège. Des défenseurs des droits humains font état d'exactions commises par les soldats russes. La ville est rasée par l'artillerie et les frappes aériennes.

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Commandant des frappes russes en Syrie

Mais sa notoriété à internationale, Alexander Dvornikov la tient de surtout de son intervention en Syrie. Au mois de septembre 2015, Vladimir Poutine envoie le général pour une mission urgente. Son rôle vise à stabiliser la position des forces du régime syrien, qui, selon Téhéran et Moscou, sont sur le point de tomber aux mains de l'opposition.  

Alexander Dvornikov établit rapidement une base aérienne de Hmeimim, près de la côte nord-ouest, d’où partent les bombardiers à l’origine des destructions des villes de la province d'Idlib. La chute de la deuxième ville de Syrie, Alep, sera en grande partie due à ces frappes aériennes russes, ciblant résidences, hôpitaux et zones de ravitaillements. C'est près de 18 000 civils qui ont péri dans les bombardements aériens russes en Syrie depuis septembre 2015, selon une ONG syrienne mentionnée par quotidien français Libération.

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Malgré l'horreur, c'est une réussite pour le général. La Russie perd très peu de troupes ou d'avions et le général maintient sa suprématie aérienne tout au long de sa mission. Son commandement entre 2015 et 2016 lui vaut de recevoir la médaille de héros de la Russie, l'une des plus hautes distinctions du pays. Sept ans plus tard, ses techniques en Syrie semblent inspirer le commandement russe en Ukraine.

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Le produit d'une culture militaire établie

Utilisation de bombes à fragmentation, bombardements  de zones civiles, le ciblage d'hôpitaux,… Les techniques employées en Syrie sont aujourd’hui les mêmes que celles employées en Ukraine. On ignore cependant dans quelle mesure Alexander Dvornikov a été l'architecte de ces approches, nuance The Washington Post. Le comportement du général en Syrie serait le produit d'une culture militaire établie de longue date.

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Le seul apport du général aux techniques militaires russes tiendrait à son expérience avec le groupe Wagner, détaille le quotidien américain. Alexander Dvornikov avait travaillé avec ce réseau de militaires d’une société privée russes lorsqu’il était en Syrie. À ce titre, “Alexander Dvornikov a probablement coordonné les attaques aériennes russes et les combattants de Wagner sur le terrain en Syrie", déclare Fadel Abdul Ghany, directeur exécutif du Réseau syrien pour les droits de l'homme, pour The Washington Post.

Les tactiques employées en Syrie ou en Ukraine ne sont pas uniques et propres à la stratégie d'Alexander Dvornikov.Chercheurs du think tank Instiute for the Study of War, à Washington.

Pour le reste, le comportement d'Alexander Dvornikov en Syrie ne serait pas inhabituel, souligne une note d'information publiée cette semaine par des chercheurs du think tank Institute for the Study of War, ou ISW, basé à Washington.
 
"L'expérience de Dvornikov en tant que commandant du déploiement russe en Syrie - et le ciblage des civils pendant ce déploiement - n'était pas non plus en soi unique ou un indicateur d'un ensemble de compétences particulières", ont-ils ajouté. "Les tactiques et les approches utilisées (...) tant en Syrie qu'en Ukraine ne sont pas uniques. Elles ne sont pas non plus particulièrement efficaces", peut-on également y lire.

Un parfait candidat pour l’invasion du Donbass

"La désignation de Alexander Dvornikov en tant que commandant général a maintenant du sens. Les principaux efforts russes annoncés se trouvent presque tous dans sa zone de responsabilité", détaille l'ISW. Avant ce changement, Alexander Dvornikov fait partie des deux ou trois autres commandants en charge de différents fronts en Ukraine, selon l'évaluation de l'ISW.
 
Il s'agit donc d'une décision logique. Il est commandant du district militaire sud de la Russie depuis qu'il a quitté la Syrie en 2016. Ce district comprend le Donbass et la Crimée, où la Russie planifie apparemment sa nouvelle offensive. Il est également le commandant le plus haut gradé du pays à l'heure actuelle et le plus grand candidat pour succéder à Valery Gerasimov comme prochain chef d'état-major général de la Russie.
 

Au cours du mois dernier, son axe d'opérations dans cette guerre a connu la plus grande progression de tous les différents fronts. Alexander Dvornikov a également été chargé des opérations autour de la ville ukrainienne assiégée de Marioupol.

Rien n’indique cependant à l’heure d’aujourd’hui si le commandant pourra relever le défi. Les conditions de combat pour l'armée russe en Ukraine et en Syrie ne sont pas les mêmes.  Seulement une centaine de soldats russes auraient perdu la vie depuis 2015 en Syrie, selon un officiel amércain. Selon les services allemands et britanniques, trente bataillons de l'armée seraient hors de combats en seulement six semaines de combats en Ukraine.

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