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Guinée : la transition réduite à deux ans ?

Le président de la junte guinéenne, le colonel Mamady Doumbouya, à Conakry, en septembre 2021.
Le président de la junte guinéenne, le colonel Mamady Doumbouya, à Conakry, en septembre 2021.
AP Photo/Sunday Alamba
Le président de la junte guinéenne, le colonel Mamady Doumbouya, à Conakry, en septembre 2021.
Le président de la Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embalo, en novembre 2021.

Le président en exercice de l'organisation des États ouest-africains, Umaro Sissoco Embalo, a affirmé jeudi 28 juillet avoir convaincu la junte guinéenne de réduire la transition de trois à deux ans. Une information qui n'a pas été confirmée par Conakry.

Le colonel Mamady Doumbouya, qui a renversé le 5 septembre le président Alpha Condé au pouvoir depuis plus de dix ans (2010-2021), s'est jusque-là engagé à remettre le pouvoir à des civils élus dans un délai de trois ans. La Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), favorable à une transition d'une durée moindre, avait rejeté ce délai, lors d'une réunion à Accra, sans annoncer de nouvelles sanctions contre la Guinée, déjà suspendue des organes de l'organisation.

"J'étais à Conakry avec le président de la Commission (de la Cédéao) pour faire comprendre à la junte militaire la décision du sommet des chefs d'État que la transition ne peut pas dépasser les 24 mois. Eux avaient proposé 36 mois, mais on a réussi à les convaincre", a déclaré Umaro Embalo à Bissau au cours d'une conférence de presse avec le président français Emmanuel Macron, en pleine tournée africaine.

Le principe est acquis mais on attendait de formaliser ça en informant les chefs d'États à la prochaine réunion de la Cédéao avant de l'annoncer.
Un haut responsable de la Cédéao, sous couvert d'anonymat, à l'AFP

"Oui, le principe est acquis mais on attendait de formaliser ça en informant les chefs d'Etats à la prochaine réunion de la Cédéao avant de l'annoncer", a assuré à l'AFP un haut responsable de l'organisation sous couvert de l'anonymat. Les autorités guinéennes n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Le 20 juillet, des médiateurs de l'organisation, dont l'ex-président béninois Thomas Boni Yayi, le chef de l'État bissau-guinéen et président en exercice de la Cédéao Umaro Sissoco Embalo, et le président de la Commission de la Cédéao, le Gambien Omar Alieu Touray, avaient rencontré le chef de la junte et des officiels guinéens à Conakry, pour discuter du retour au pouvoir des civils en Guinée.

Aucune information n'avait filtré jusqu'alors de leurs échanges.

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L'Afrique de l'Ouest a vu se succéder les coups de force de colonels et lieutenants-colonels en moins de deux ans: ceux de 2020 et 2021 à Bamako, putsch le 5 septembre 2021 à Conakry, putsch le 24 janvier 2022 à Ouagadougou.

Depuis 2020, la Cédéao, alarmée du risque de contagion dans une région vulnérable, multiplie les sommets, les médiations et les pressions pour accélérer le retour des civils à la direction de ces pays. Au Burkina Faso, les dirigeants ouest-africains s'étaient mis d'accord début juillet avec la junte au pouvoir à Ouagadougou pour une transition de deux ans à compter du 1er juillet 2022, au lieu des trois prévus.

L'organisation a aussi levé récemment ses lourdes sanctions économiques et financières contre le Mali, après l'adoption par la junte au pouvoir d'un calendrier électoral fixant la présidentielle à février 2024, validé par la Cédéao.

Lire aussi : Mali, Burkina, Guinée : la Cédéao se penche sur les sanctions

Jeudi, des manifestations sporadiques contre la politique de la junte se sont déroulées à Conakry, paralysant la capitale guinéenne, malgré l'interdiction des autorités et un fort dispositif policier. Dans plusieurs quartiers dits d'opposition de la capitale, des heurts ont éclaté entre de jeunes manifestants et les forces de l'ordre.

Des barricades ont été dressées, des pneus brulés, et la police a tiré du gaz lacrymogène pour disperser des petits groupes mobiles qui leur lançaient des pierres.

En fin d'après-midi, un communiqué des organisateurs, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), faisait état de deux personnes blessées par balles réelles dont une femme, 33 manifestants blessés par la police et la gendarmerie, 1 policier blessé et 42 personnes arrêtées.

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Cette manifestation, à l'initiative du FNDC, une importante coalition de partis, de syndicats et d'organisations de la société civile, visait notamment à dénoncer la "gestion unilatérale de la transition" par la junte ainsi que son "refus systématique d'ouvrir un cadre de dialogue crédible" pour définir les termes de la transition.

Trois leaders de ce mouvement ont été violemment interpellés le 5 juillet, provoquant de violentes manifestations spontanées. Ils avaient tous trois été relaxés à l'issue d'un procès où ils étaient jugés pour "outrage à magistrat".

L'ancien parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) et une autre importante coalition formée de partis, de mouvements et d'associations, l'Alliance nationale pour l'alternance et la démocratie (Anad), avaient également appelé à se joindre au mouvement de protestation jeudi.

Voir aussi : Guinée : la junte interdit temporairement les manifestations politiques

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