Info

Haïti: la Fifa bannit à vie le président de la fédération accusé de viols

Des joueuses de football lors d'un match au centre technique national à Croix-des-Bouquets, en Haïti, le 12 mai 2020
Des joueuses de football lors d'un match au centre technique national à Croix-des-Bouquets, en Haïti, le 12 mai 2020
afp.com - Pierre Michel Jean

La Fifa a banni à vie Yves Jean-Bart, président de la Fédération haïtienne de football accusé de viols sur des joueuses, et lui a infligé une amende d'un million de francs suisses, a-t-elle annoncé vendredi.

La chambre de jugement de l'instance du football mondial, qui avait récupéré le dossier mi-octobre après la phase d'instruction, a reconnu le dirigeant de 73 ans coupable d'avoir "abusé de sa position" pour "harceler sexuellement et agresser plusieurs joueuses, y compris mineures".

M. Jean-Bart a dénoncé "une parodie de justice et une mesure purement politique" dans une note de presse diffusée vendredi.

"La Fifa n'a pas examiné les preuves réelles" critique le dirigeant haïtien en rétorquant que la justice haïtienne l'a blanchi.

L'ordonnance de non-lieu du juge d'instruction haïtien en charge du dossier a été rendue publique vendredi matin.

Dans ce document de cinq pages, il est notamment précisé que "en dépit des moyens mis à la disposition de la BPM (brigade de protection des mineurs, NDLR) pour mener cette enquête, aucun indice et aucun nom (de victime) n'ont été retrouvés".

A l'inverse, la justice interne de la Fifa a donc mercredi suspendu à vie Yves Jean-Bart "de toutes activités liées au football, au niveau national et international", le condamnant de surcroît à payer un million de francs suisses, soit 925.000 euros.

L'instance poursuit par ailleurs son enquête contre "d'autres responsables de la Fédération haïtienne de football (FHF)", impliqués "dans des actes d'abus sexuel systématiques contre des joueuses entre 2014 et 2020", en tant "qu'auteurs, complices ou instigateurs".

La Fifa avait notamment suspendu fin août Nella Joseph, superviseuse auprès des jeunes filles au centre technique national de Croix-des-Bouquets, et Wilner Etienne, directeur technique national de la FHF. Mi-octobre, elle avait "élargi le périmètre de l'instruction" à Yvette Félix, ex-capitaine de la sélection haïtienne et entraîneure adjointe à Croix-des-Bouquets.

Parties d'une enquête du quotidien britannique The Guardian publiée fin avril, les accusations de viol à son encontre ont amené Yves Jean-Bart à laisser en juin, et pour le temps de l'enquête, la présidence de la FHF qu'il dirigeait depuis deux décennies.

Selon des jeunes filles citées par le Guardian, Yves Jean-Bart aurait violé de nombreuses joueuses mineures ces dernières années.

Témoignant de pressions subies pour garder le silence, des victimes présumées ont affirmé au journal, sous couvert d'anonymat, qu'au moins deux joueuses mineures auraient avorté suite à des viols commis par le président de la fédération dans le centre national d'entraînement.

Niant en bloc les accusations portées contre lui, il a porté plainte à Paris contre le journaliste français co-auteur de l'enquête du Guardian.