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Haïti : Martine Moïse pointe les failles de la sécurité autour de son mari, le président Jovenel

Martine Moïse lors des funérailles de son mari, Jovenel Moïse au Cap-Haïtien, le 23 juillet 2021. Mme Moïse a été blessée au bras droit lors de l'attaque contre le président haïtien Moïse le 7 juillet et est revenue de Miami aux Etats-Unis où elle a été opérée.
Martine Moïse lors des funérailles de son mari, Jovenel Moïse au Cap-Haïtien, le 23 juillet 2021. Mme Moïse a été blessée au bras droit lors de l'attaque contre le président haïtien Moïse le 7 juillet et est revenue de Miami aux Etats-Unis où elle a été opérée.
© AP Photo/Matias Delacroix

Martine Moïse, la veuve du président haïtien Jovenel Moïse, assassiné dans sa propre résidence par un commando armé début juillet, a crûment décrit l'attaque et exprimé ses soupçons dans un entretien au New York Times publié le 30 juillet.

Le coude explosé par une balle et la bouche pleine de sang, la femme du président Moïse est restée étendue au sol alors que les assassins fouillaient sa chambre. "La seule chose que j'ai vue avant qu'ils le tuent a été leurs bottes", raconte-t-elle au quotidien américain The New York Times. Evacuée par avion en Floride, elle est soignée à Miami.

Une nuit de cauchemar

Réveillée cette nuit du 7 juillet par des coups de feu, la Première dame d'Haïti explique avoir caché leurs deux enfants, tous les deux âgés d’une vingtaine d’années, dans une salle de bain, avec leur chien, avant de s'allonger elle-même sur le sol, sur les conseils de son mari.
 
J’ai eu l’impression d’étouffer à cause du sang dans ma bouche
Martine Moïse, veuve de Jovenel Moïse
"Je pense que c'est là que tu seras en sécurité", lui a-t-il dit. Ses dernières paroles.

Touchée en premier par une rafale, elle reste allongée. "A ce moment-là, j'ai eu l'impression de m'étouffer à cause du sang dans ma bouche, et je ne pouvais pas respirer", décrit-elle.

Les membres du commando fouillent alors la chambre. Elle les entend parler en espagnol entre eux et avec quelqu'un au téléphone : "Ils cherchaient quelque chose dans la pièce et ils l'ont trouvé", dit-elle au New York Times.

Un des tueurs trébuche sur son pied, et un autre dirige sa torche électrique dans ses yeux comme pour vérifier si elle est encore en vie.  "Quand ils sont partis, ils ont cru que j’étais morte" confie-t-elle.

De nombreuses zones d’ombres

Au quotidien américain, la veuve Moïse explique ses soupçons. "Je ne comprends pas comment personne n'a été touché par des balles", dit-elle à propos des forces de sécurité censées protéger son mari. Elle se demande où étaient les 30 à 50 hommes normalement postés autour et dans la résidence quand son mari était chez lui, et pourquoi aucun de ses gardes du corps n’a été touché.

Après les premiers coups de feu, elle entend son mari parler au téléphone :  "J'ai eu Dimitri Hérard, j'ai eu Jean Laguel Civil", lui dit-il après avoir raccroché. "Et ils m'ont dit qu'ils arrivaient."

Les deux hommes, respectivement responsable de l'Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) et coordinateur de la sécurité du président, ont depuis été arrêtés dans le cadre de l'enquête.

(RE)voir : Haïti : les zones d'ombre de l'enquête sur l'assassinat du président Jovenel Moïse
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La police haïtienne a pour l'instant procédé à l'arrestation de 18 mercenaires colombiens ainsi que de plusieurs Haïtiens et Americano-Haitiens. 

Les suspects incluent des commandos colombiens retraités, un ancien juge, un vendeur d’équipements de sécurité, un vendeur d’assurances en Floride et deux commandants de l’équipe chargée de la sécurité du président. La police affirme avoir mis au jour un complot organisé par un groupe d'Haïtiens ayant des liens avec l'étranger, mais de nombreuses zones d'ombre demeurent.

Le FBI enquête

Madame Moïse souhaite que des organisations de justice internationale, comme le FBI – qui a mené des perquisitions dans des maisons en Floride, trouvent d’où vient l’argent qui a financé l’assassinat de son mari.

"Seuls les oligarques et le système pouvaient le tuer"
Martine Moïse, veuve de Jovenel Moïse

Pour Martine Moïse, les personnes pour l'instant citées dans cette investigation ne sont que des exécutants. "Seuls les oligarques et le système pouvaient le tuer", affirme-t-elle.

"S’ils l’ont fait une fois, ils le referont encore"

Au New York Times, elle livre un nom: celui d'un homme d'affaires influent, récemment entré en politique, Réginald Boulos. Se gardant de l'accuser d'avoir commandité l'assassinat, elle estime qu'il avait quelque chose à y gagner, explique-t-elle au journal. Les comptes bancaires de M. Boulos ont été gelés peu de temps avant la mort de M. Moïse et immédiatement libérés après sa mort affirme Madame Moïse.

Contacté par le quotidien américain, M. Boulos a opposé de véhémentes dénégations et indiqué soutenir une enquête internationale indépendante.

"J’aimerai que les personnes qui ont fait ça soit arrêtées, sinon elles vont tuer chaque président qui prendra le pouvoir" déclare-t-elle au quotidien américain. "S’ils l’ont fait une fois, ils le referont encore."

Madame Moïse a déclaré envisager de se présenter à la Présidence quand sa santé le lui permettra. Elle a déjà subi deux interventions chirurgicales et elle risque de ne jamais pouvoir se servir de son bras droit comme avant, ne pouvant bouger que deux doigts de la main.

"Le président Jovenel avait une vision" dit-elle,  "et nous les Haïtiens, n’allons pas laisser cette vision s’éteindre. "

(RE)voir : Assassinat de Jovenel Moïse : "Haïti est une sorte de trou noir"

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