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Haïti : pillages et appel à la grève générale

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@TV5Monde Léon Sanchez, Eric Fersing

Malgré la suspension de la hausse des prix des carburants par le gouvernement, l'atmosphère reste tendue en Haïti. Après 48h d'émeutes, la capitale hésitait dimanche entre anarchie et timides signes de retour à la normalité. Des contestataires ont lancé un appel à deux jours de grève générale.

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Au cœur de la capitale haïtienne, dans la commune de Delmas, des commerces ont été attaqués et pillés et des protestataires exigeaient le départ du président Jovenel Moïse ce dimanche. Très agressifs, certains jeunes hommes étaient armés de couteaux.

Pour disperser la foule, des policiers d'unités spécialisées en maintien de l'ordre ont tiré en l'air et fait usage de grenades lacrymogènes. Au moins quatre personnes sont mortes depuis vendredi dans les violences, selon un décompte de l'AFP. 

Près d'un des nombreux commerces pillés et incendiés, Alphonse Charles prend quelques photos de ce qui reste de sa voiture. 

J'accuse le coup mais c'est la réalité du pays: dès lors qu'on vit en Haïti on est fâché, frustré face à la façon dont les choses sont gérées par les politiciens.

Alphonse Charles, à côté de la carcasse incendiée de son véhicule

Rien à perdre

Devant les restes d'une barricade placée sur un axe majeur de la capitale, le visage camouflé, un homme disant s'appeler Rubens a témoigné de la détermination de certains à tout faire pour obtenir le départ du président Jovenel Moïse du pouvoir.

Tous ceux qui sont partis au Chili ont été intelligents parce que les choses n'ont fait que commencer. On n'a plus rien à perdre.

Rubens, un manifestant

"Si le président reste encore un jour de plus, le jeu va prendre une toute autre allure: on va couper les routes et tout brûler, parce que nous, on n'a plus rien à perdre", assure-t-il, avec l'approbation de quelques autres jeunes masqués rassemblés autour de lui. 

"Tous ceux qui sont partis au Chili ont été intelligents parce que les choses n'ont fait que commencer", a-t-il ajouté en référence aux plus de 100.000 Haïtiens qui ont émigré vers le pays d'Amérique latine rien que durant l'année 2017.

Ambassades de France et du Canada fermées

Parallèlement aux scènes chaotiques et meurtrières, un léger retour à la vie normale était notable dimanche dans quelques parties de la capitale, avec le retour de quelques marchandes de fruits et légumes en milieu de matinée, et la reprise timide de la circulation sur quelques axes dégagés par la police. 

Trois avions en provenance des États-Unis ont atterri dimanche après-midi à l'aéroport Toussaint Louverture. Toutes les compagnies aériennes avaient annulé leurs vols samedi.

L'incertitude demeure quant à l'évolution de la situation car des contestataires ont appelé à une grève générale de deux jours à compter de lundi.

Les ambassades de France et du Canada ont annoncé qu'elles resteraient fermées lundi, sauf évidemment pour leurs ressortissants qui seraient en détresse.

Jovenel et Lafontant déçoivent

Les troubles ont commencé après l'annonce vendredi par les autorités d'une augmentation des prix de l'essence de 38%, du diesel de 47% et du kérosène de 51% à compter du samedi 7 juillet à minuit, comme prévu par le nouveau cadre de référence entre le Fonds monétaire international (FMI) et Haïti.

Face aux violences, le Premier ministre Jack Guy Lafontant a annoncé samedi la suspension de la mesure "jusqu'à nouvel ordre". A la TV samedi, le président Jovenel a appelé les protestataires à rentrer chez eux, après les avoir assuré qu'il les avait entendus. Mais il n'a pas convaincu, comme l'explique ce député.

Comme la quasi totalité des gens, je suis resté sur ma faim: on s'attendait à un autre discours, à une analyse sereine de la situation qui a prévalu dans le pays ces deux derniers jours et qui a provoqué tant de pertes en vies humaines et matérielles.

Jerry Tardieu, député de Pétionville.

Des discussions entre les blocs parlementaires sont en cours pour déterminer la suite à donner à la crise. Certains élus exigent la démission immédiate du Premier ministre, déjà très critiqué avant la prise de cette mesure controversée.