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Handball de plage : les Norvégiennes à l'amende pour avoir porté des shorts

L'équipe féminine de handball de plage norvégienne - Fédération norvégienne de handball
L'équipe féminine de handball de plage norvégienne - Fédération norvégienne de handball
© D.R. Fédération norvégienne de handball

Sexisme ? Discrimination ? Le 20 juillet, l’équipe nationale norvégienne de handball de plage s’est vue infliger une amende de 150 euros par joueuse, soit 1500 euros, pour ne pas avoir porté le bikini réglementaire. Elles rencontraient dimanche 18 juillet les joueuses espagnoles pour le match comptant pour la médaille de bronze dans le championnat d’Europe de handball de plage à Varna en Bulgarie.

Milieux sportifs et commentateurs norvégiens se sont indignés de l'amende infligée par les instances sportives européennes aux beach-handballeuses qui ont bravé la réglementation en renonçant à jouer en bikini. En effet les Norvégiennes ont préféré revêtir un short panty plutôt que le bikini réglementaire.

"Une vision aussi macho de la femme appartient à une autre époque", s'est indigné mardi un journal régional norvégien dans son édito.

"En 2021, ça ne devrait même pas être un sujet", renchérissait le président de la Fédération norvégienne de volley-ball, Eirik Sørdahl, auprès de l'agence nationale NTB.

La question des tenues agite depuis des années les milieux des sports de plage, où des joueuses jugent le bikini dégradant ou peu pratique.

Dans le règlement, des bikinis "ajustés et échancrés"

Si le port du bikini n'est plus obligatoire pour les beach-volleyeuses depuis 2012, le règlement de la Fédération internationale de handball stipule que "les joueuses doivent porter des bas de bikini (...) ajustés et échancrés". Il est même précisé que "les côtés doivent être larges d'au maximum 10cm".

Les hommes quant à eux peuvent porter des shorts 10 cm au-dessus du genou, "du moment qu’ils ne sont pas trop larges". Une porte-parole de la fédération internationale de handball, Jessica Rockstroh, a dit qu’elle ne connaissait pas les raisons de ces règles et que la fédération allait les examiner en interne. "Nous savons que d’autres nations aiment jouer en bikini surtout en Amérique du Sud" expliquait-elle au New York Times.

Si elle s'est "engagée à faire avancer ce sujet dans l'intérêt de ses fédérations membres", la Fédération européenne de handball a fait valoir "qu'un changement des règles ne peut se produire qu'au niveau de l'IHF (la fédération internationale, NDLR)".

"C'est ridicule"

Dès lundi, le ministre norvégien de la Culture et de l’Égalité, Abid Raja, en charge des questions sportives, s'était insurgé contre l'amende.
"C'est complètement ridicule", avait-il tweeté. "Punaise, que de changements d'attitudes sont nécessaires dans l'univers international macho et conservateur du sport."

L’immense championne de tennis Martina Navratilova a commenté "C’est ridicule".
 


En amont du Championnat d'Europe, la Norvège avait contacté la Fédération européenne pour demander la permission de jouer en short, mais elle s'était seulement vu répondre que les entorses à la réglementation étaient passibles d'amende.

Après s'être conformées au règlement pendant presque tout le championnat, les Norvégiennes avaient décidé de disputer leur dernier match, comptant pour la médaille de bronze, en short.

Déjà en 2006, la fédération norvégienne de handball avait adressé un courrier à la Fédération internationale pour souligner que l’obligation de porter des bikini ne prenait pas en compte les cultures de certains pays et pouvait embarrasser celles qui ne souhaitent pas exposer autant leurs corps. En avril de cette année, lors d’une réunion de la Fédération européenne de handball, les Norvégiens avaient remis la question sur le tapis, et la Fédération l’a mise à l’ordre du jour d’une prochaine réunion en novembre, après les JO.

Martine Welfler, portant le maillot n°4 de l’équipe norvégienne, explique que beaucoup de joueuses en Norvège n’ont pas envie de jouer dans l’équipe nationale car elles ne se sentent pas à l’aise en bikini (dans les compétitions nationales elles peuvent jouer en shorts) et qu’elles en ont assez d’être observées dans des tenues étriquées.
Les équipes de handball de plage féminine et masculine de Norvège, avec leurs tenues réglementaires. (La comparaison se passe de mots.)
Les équipes de handball de plage féminine et masculine de Norvège, avec leurs tenues réglementaires. (La comparaison se passe de mots.)
© Fédération de Handball de Norvège
Au-delà des clichés sexistes une question politique

En février 2021, les joueuses allemandes de beach volley refusent de participer à un tournoi à Doha au Qatar, la Katara Cup qui se déroule du 8 au 12 mars car le bikini leur a été interdit, alors qu’en 2019, lors des Jeux mondiaux de plage, les joueuses étaient autorisées à porter un maillot de bain. "Pour les tenues des femmes, afin de respecter la culture et la tradition locales, avec le soutien total des sportives, il est prévu que toutes les équipes féminines participantes utilisent un tee-shirt à manches courtes à porter sous le haut féminin officiel du tournoi et un short jusqu'aux genoux, à l'entraînement et en match", stipule l'article 10 du texte disponible en ligne selon l'Agence France Presse.

(RE)voir : Terriennes "Qatar : les joueuses allemandes refusent de jouer sans leur bikini"

Cela remet en lumière la question de l’hyper-sexualisation du corps de la femme. En effet, personne ne sera choqué de voir un homme torse nu mais on ne dira pas de même pour une femme. Dans cette parodie d'humoristes américains, tout est dit !
 
Pourquoi le bikini pour les sports de plage ?

Le beach-volley nait sur les plages de Santa Monica en Californie dans les années 1920. La discipline devient sport olympique de démonstration à Barcelone en 1992 et comme sport olympique à part entière en 1996 à Atlanta. Progressivement des voix s’élèvent pour dénoncer le bikini porté par les joueuses, tenue issue de la  "culture plage" du beach-volley.

Pour respecter les "croyances culturelles et/ou religieuses" de certains pays, la Fédération internationale de volley-ball autorise un premier rallongement des tenues en 2012 . "Auparavant, il y avait deux choix d’uniformes pour les joueuses, un maillot de bain une pièce ou un bikini dont le bas ne devait pas dépasser une largeur de côté maximale de 7 cm, tandis que des combinaisons intégrales pouvaient également être utilisées sous le bikini par temps froid. Maintenant, il y a trois choix supplémentaires", précise l’instance.

Selon l’actuel code vestimentaire de la FIVB, ces options sont les suivantes : l’association short/tee-shirt sans manches, ou bien bermuda/tee-shirt avec manches, ou encore legging long/tee-shirt avec des manches allant jusqu’aux poignets. L’autre motif pour revêtir une tenue un peu plus couvrante sont les températures qui doivent être inférieures à 15° C.