Info

Haut-Karabakh : après l'accord de cessez-le-feu, quelles réactions ?

Les Arméniens brûlent leur maison pour ne rien laisser aux Azerbaïdjanais. <br />
Karvachar (Haut-Karabakh), le 13/11/ 2020. 
Les Arméniens brûlent leur maison pour ne rien laisser aux Azerbaïdjanais. 
Karvachar (Haut-Karabakh), le 13/11/ 2020. 
AP Photo/Dmitry Lovetsky

Karvachar n'est plus qu'un immense brasier. Dans ce village situé dans la région montagneuse et reculée du Haut-Karabakh, les Arméniens ont préféré incendier leur maison avant l'arrivée des soldats azerbaïdjanais. Un exode massif qui fait suite à l'accord de cessez-le-feu signé le 9 novembre, après six semaines de combats meurtriers dans la région.

L'accord de fin des hostilités, signé sous l'égide de Moscou, consacre la défaite militaire d'Erevan face à Bakou. Il prévoit notamment que tout le territoire contrôlé par l'Arménie depuis trente ans soit rétrocédé à l'Azerbaïdjan. Ce mercredi 18 novembre, cet accord est au menu des consultations du groupe de Minsk  à Moscou. Autour de la table :  la Russie, les Etats-Unis et la France.

Le statut final n'a pas été réglé, selon Moscou


Pour le président russe Vladimir Poutine, cet accord de paix négocié sous son égide entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan permettrait de poser les bases d'une "normalisation durable" au Nagorny Karabakh, même si le "problème" du statut de cette enclave n'est pas réglé.

Le fait que les hostilités se soient arrêtées et qu'il y ait un accord pour débloquer toutes les voies de transport, rétablir les liens économiques, c'est extrêmement important, et cela crée une bonne base pour normaliser les relations à long terme.Vladimir Poutine, président russe

Le président russe a toutefois reconnu que "le statut final du Nagorny Karabakh n'a pas été réglé" et que l'accord signé la semaine dernière entre Erevan et Bakou ne fait que "préserver le statut quo" autour de cette région disputée depuis des décennies.

Washington appelle à reprendre les discussions

Depuis cet accord de fin des hostilités, les réactions internationales se multiplient. Si le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a salué ce cessez-le-feu conclu au Nagorny Karabakh entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan, il  a cependant appelé à reprendre les discussions "dès que possible" pour parvenir à une solution politique "durable".

"Depuis le début des récentes hostilités, les Etats-Unis ont appelé à mettre fin à la violence et condamné l'escalade militaire qui a provoqué de nombreux décès, y compris parmi les civils", a déclaré Mike Pompeo lors de son arrivée à Tbilissi, en Géorgie voisine.

"Mettre fin aux récents combats n'est qu'une première étape vers un règlement pacifique négocié dans le conflit du Nagorny Karabakh", a-t-il ajouté. "Nous exhortons toutes les parties à reprendre les discussions dès que possible" avec la Russie, la France et les Etats-Unis, médiateurs dans le cadre du groupe dit de Minsk, "afin de rechercher une solution politique durable et viable", sans recours à la force et dans le respect de l'intégrité territoriale et du droit à l'autodétermination.

Voir aussi : le président azerbaïdjanais, Ilham Aliev, se rend dans le Haut-Karabakh :

Chargement du lecteur...

Paris appelle Moscou à lever les "ambiguïtés" 

Autre réaction, celle de la France. Le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian a appelé la Russie à lever les "ambiguïtés" entourant le cessez-le-feu conclu au Nagorny Karabakh, notamment sur le rôle de la Turquie et sur le retrait des combattants étrangers.

Ce cessez-le-feu là était indispensable pour sauver des milliers de vie (...). Mais il y a des ambiguïtés. Il faut lever les ambiguïtés sur les réfugiés, sur la délimitation du cessez-le-feu, sur la présence de la Turquie, sur le retour des combattants étrangers, sur le début de la négociation sur le statut du Haut Karabakh.Jean-Yves le Drian, chef de la diplomatie française

Le cessez-le-feu conclu le 9 novembre souligne le rôle déterminant de la Russie dans son pré carré caucasien, ainsi qu'une influence croissante de la Turquie, soutien de Bakou, dans la région et des Occidentaux en perte de vitesse.

Après avoir armé et soutenu l’Azerbaïdjan face à l'Arménie, la Turquie sera associée aux opérations de maintien de la paix, même si les contours de son rôle restent flous et devront être négociés avec Moscou.

Ankara est notamment accusé d'avoir soutenu Bakou en convoyant dans la zone de conflit des rebelles islamistes pro-turcs de Syrie, dont le devenir pose question.
 

Les Arméniens ont brûlé leur maison avant la cession à l'Azerbaïdjan


Dimanche 15 novembre, l'Azerbaïdjan a repris le contrôle de territoires qui étaient sous contrôle arménien depuis le début des années 1990. Résultat : des maisons dans des villages du Haut-Karabakh ont été incendiées par leurs habitants avant leur fuite vers l'Arménie.

"C'est le dernier jour, demain les soldats azerbaïdjanais seront là", a déclaré un villageois de Charektar, situé dans la région de Kalbajar. "Tout le monde brûle sa maison aujourd'hui (...) On nous a donné jusqu'à minuit pour partir". 

Charektar était l'une des principales zones habitées. Plus de la moitié des maisons de ce village, pour la plupart de modestes masures de paysans de montagnes,  ont été incendiées par leurs propriétaires avant leur départ.