Info

"Hold-up, retour sur un chaos" : décryptage du documentaire polémique sur le COVID-19

Le documentaire "Hold-up, retour sur un chaos" est-il réellement un documentaire ?

Le documentaire "Hold-up, retour sur un chaos" du journaliste et réalisateur Pierre Barnérias enflamme les réseaux sociaux depuis sa sortie sur Internet. Ce long métrage de 2h43 met en cause la réalité de l'épidémie de Covid-19, ses origines, les mesures prises par les gouvernements, pour finir par expliquer que l'épidémie serait un complot pour établir un gouvernement mondial. Décryptage d'un objet médiatique à fort potentiel inflammable, malgré ses incohérences et faiblesses plus qu'évidentes.

"Hold-up, retour sur un chaos" est très difficile à résumer. Disons que c'est un documentaire censé analyser l'épidémie de COVID-19 par différents points de vue, mais affirmant tous qu'une exagération de sa dangerosité a été effectuée par la plupart des gouvernements. Au point que l'épidémie aurait été fabriquée et serait pilotée par les puissants de ce monde.

Ce documentaire, sorti ce 11 novembre 2020 sur Internet, a donc immédiatement activé un phénomène en forte croissance sur les réseaux sociaux : la polarisation des opinions. Il y a ceux qui l'encensent et le recommandent, annonçant des révélations qui devraient inciter les populations à "ouvrir les yeux" et se rebeller contre l'ordre établi, et de l'autre, ceux qui dénoncent un documentaire purement complotiste dont les protagonistes seraient pour la plupart des personnes "controversées et conspirationnistes".

Ce documentaire n'est pourtant pas un simple objet délirant purement conspirationniste de bout en bout, mais il n'est pas non plus un documentaire équilibré, cohérent, aux affirmations justes et inattaquables. Bien qu'il en utilise en partie les codes. Il est donc un peu des deux et probablement autre chose. Nous l'avons visionné, pris des notes, fait des vérifications, en avons analysé la structure ainsi que ses procédés. Pour éclairer les lecteurs sur ce que "Hold-up, retour sur un chaos" tente de démontrer et surtout, comment il procède pour le faire. Entre l'utilisation de biais cognitifs et de sophismes, des détournements de faits, des affirmations parfaitement justes et vérifiées, des opinions délirantes, des techniques d'influence propagandistes, des intervenants académiques de haut niveau mélangés à des youtubeurs ou des chauffeurs de taxi, le mille-feuille argumentatif de près de trois heures de Pierre Barnérias mérite réellement que l'on se penche sur son cas. 

"Fausse épidémie", chiffres et accumulations d'"évidences"

Le documentaire débute avec des interventions de spécialistes sur la nécessité ou non des confinements. Tous sont unanimes pour dire que les confinements sont inutiles et absurdes, selon eux. Particulièrement le second. Les courbes des morts par l'épidémie au moment du confinement de mars 2020 sont comparées à celles d'octobre. Il n'y aurait plus d'épidémie grave, puisque les courbes de mortalité sont très faibles depuis cet été, comparées à mars. Un biophysicien, chimiste et prix nobel de chimie, ouvre la première séquence : Michael Levitt. Suivent un ancien docteur en médecine moléculaire, une docteure en médecine. La première partie de "Hold-up, retour sur un chaos" dénonce assez vite une "prise d'otage planétaire" des populations, par l'obligation du port du masque et des différentes mesures sanitaires contraignantes prises par les gouvernements. L'OMS est mise en cause ainsi que différents acteurs scientifiques qui auraient exagéré la gravité de l'épidémie par des projections alarmistes qui se sont révélées fausses.

Le problème d'accès aux soins, d'épuisement des équipes soignantes ne semble pas concerner les analystes, lanceurs d'alerte et autres spécialistes du documentaire, qui ne voient pour leur part que le nombre de morts comme donnée significative.

Le principe d'accumulation d'évidences — via des intervenants — est le cœur du documentaire. Rapidement, se dégage une sorte de photographie de l'épidémie, totalement différente de celle présentée communément. Cette nouvelle image — qu'apportent les témoignages d'experts par différentes problématiques, qui ne sont pas forcément liées entre elles — devient vite une démonstration. En quelques points, celle-ci serait que : les masques sont une absurdité, les gouvernements et les institutions internationales le savent, l'épidémie est gonflée par des chiffres trompeurs, les tests sont truqués en France (par une sensibilité trop haute en doublant les amplifications par cycle dans les tests, deux fois ceux de l'Allemagne, ce qui est faux, ndlr), la contagiosité du virus est exagérée, les effets du masque sont dévastateurs pour les enfants, etc…

Si la séquence peut paraître convaincante au premier abord, elle résiste peu au décryptage et aux vérifications. Au point qu'une démonstration du Prix Nobel de chimie Michael Levitt ne survit pas non plus à la réalité des faits. Ce dernier affirme que l'exemple du navire Diamond Princess démontre le faible taux de contagiosité du Covid-19. Levitt explique que les 3700 passagers enfermés dans le navire plusieurs semaines, représentaient une densité équivalente à 250 000 personne par kilomètre carré, soit 40 fois la densité de Hong-Kong, ce qui est vrai. Un taux de 20% de contagion a été trouvé chez les passagers, soit 700 personnes et il n'y a eu que 7 morts (en réalité 14), ce qui, pour le biochimiste démontre la faible contagiosité et dangerosité du virus. Ce que le prix Nobel oublie de dire et invalide sa thèse, c'est que tous les passagers du navire ont été confinés très vite dans leurs cabines et que malgré ce confinement strict, le virus a réussi à contaminer 700 personnes.
Une analyse scientifique a démontré par la suite que celui-ci s'était transmis via une unique personne, puis après confinement par les systèmes d'air conditionné, menant aux constats scientifiques de sa forte propagation par voie aérienne…


Gerardo Chowell a aussi étudié l’efficacité des mesures de confinement strictes imposées à bord du Diamond Princess pour réduire la propagation du virus. Avec Kenji Mizumoto, de l’université de Kyoto, au Japon, il a révélé qu’au moment où la quarantaine a été décrétée (le 5 février), 1 personne pouvait en infecter plus de 7 autres. Le taux de propagation était probablement aussi élevé (on l’estime entre 2 et 3 dans la population générale) en raison de l’exiguïté et de la promiscuité à bord. Par la suite, quand les passagers ont été consignés dans leurs cabines pendant au moins 2 semaines, ce nombre moyen de personnes infectées par une autre est tombé en dessous de 1. La quarantaine a sans doute évité beaucoup d’infections, affirme Gerardo Chowell, même si elle n’a pas été parfaite : les passagers pouvaient toujours infecter leurs colocataires et les membres de l’équipage. (Extrait de l'article de Pour la science : "Covid-19 : les leçons du Diamond Princess", le 27 mars 2020)

Biais cognitifs et sophismes scientifiques

La démonstration sur la non-gravité de l'épidémie de cet automne, grâce à la seule comptabilité des morts en France est un sophisme, c'est-à-dire une logique qui écarte tous les autres facteurs qui pourraient réfuter la démonstration. La réalité ou non de la gravité de l'épidémie ne peut se calculer sur le seul nombre de morts.

La raison principale de la fausse logique par comptabilité des morts pour déterniner la gravité d'une épidémie est simple : la saturation ou non du système hospitalier et du système de soins en général. Cette réalité-là est totalement occultée dans le documentaire "Hold-up, retour sur un chaos".
Si les cas de Covid prennent toutes les places de réanimation, que les lits d'hôpitaux arrivent à saturation, que se passe-t-il pour la population française ? Le problème d'accès aux soins, d'épuisement des équipes soignantes ne semble pas concerner les analystes, lanceurs d'alerte et autres spécialistes du documentaire, qui ne voient pour leur part que le nombre de morts comme données significatives. Sachant qu'à la sortie du documentaire, ce 11 novembre, les réanimations n'étaient pas encore arrivées à saturation, mais pourraient l'être bientôt (95% de taux d'occupation des lits de réanimation ce 13 novembre, ndlr). Que feront les personnes ayant besoin d'être en réanimation — qu'elles aient le COVID-19 ou non — quand cette saturation surviendra et qu'elles ne pourront pas être sauvées, faute de place? Que fait-on de toutes les personnes touchées par le COVID-19 et qui développent des séquelles respiratoires ou neurologiques à vie ? D'ailleurs, pour un documentaire censé traiter l'épidémie de COVID-19, aucune personne touchée par le COVID-19 n'apparaît à l'écran : les malades seraient-ils eux aussi fictifs, pour le réalisateur ?

Si l'épidémie n'est pas grave, si les masques ne servent à rien, pourquoi venir défendre un médicament, l'hydoxychloroquine… censé sauver des vies de patients contaminés par le COVID-19 ?

Au delà des logiques arrangées de type sophistes, de nombreux biais cognitifs sont utilisés dans "Hold-up, retour sur un chaos" pour convaincre de la théorie d'une épidémie "quasi fictive" ou fortement exagérée, dans cette première partie.
L'un d'entre eux est celui du biais de représentativité : un raccourci mental qui consiste à porter un jugement à partir de quelques éléments qui ne sont pas nécessairement représentatifs. L'exemple de la Suède, qui n'a pris aucune mesure restrictive en mars et avril 2020 et "s'en est bien mieux sortie que nous", comme un intervenant l'explique, représente bien ce procédé qui parsème le documentaire. En réalité, comparer la Suède à des pays comme la France ou l'Italie, sur la simple différence entre mesures restrictives ou non, est biaisé.

La Suède ne fonctionne pas du tout comme les pays du Sud, la culture suédoise est très différente, la démographie aussi. Dans ce pays, les enfants ont cours à l'extérieur la majorité du temps, par exemple. Les gens sont moins "tactiles", la discipline individuelle sur l'hygiène y est bien plus importante. Le pays a une densité très faible de 21 habitants par kilomètres carré. Mais au final, l'affirmation que la Suède s'en serait "mieux sortie" sans confinement, a elle-même été battue en brêche dès juin 2020 par la voix des autorités sanitaires du pays. Le nombre de morts y était bien plus important que dans les pays voisins, la Norvège et le Danemark.  Il reste que les comparaisons sur un ou deux critères ne peuvent mener à une conclusion scientifique fiable sur la valeur des mesures adoptées entre des pays fortement dissemblables.

• L'équipe de Check-News de Libération a opéré une vérification des faits (facts checking) sur 10 affirmations fausses de "Hold-up, retour sur un chaos".

Allers-retours contradictoires sur la crise sanitaire

Plus le documentaire avance, plus le trouble — doublé d'une forme de confusion — augmente. La raison en est simple : ce n'est pas un documentaire normal, structuré par un sujet précis et argumenté de façon cohérente tout du long, mais au moins 6 ou 7 mini sujets de documentaires qui traitent de sujets différents, n'ayant comme point commun que le phénomène de l'épidémie mondiale.
A la suite de la première partie qui tente de démontrer que l'épidémie est une invention, une exagération, que les masques sont un moyen de soumettre les populations, viennent se greffer les discours mensongers du gouvernement français au sujet des masques.

Les séquences d'affirmations de l'inutilité, puis de la necessité absolue des masques, par le ministre de la Santé Olivier Veran, la porte parole du gouvernement, le directeur de la Santé, le président de la République, se succèdent. Elles sont connues, ce sont des archives et ne peuvent que conforter le spectateur sur un phénomène bien réel : les autorités ont menti impunément sur l'intérêt des masques, et ce, de façon publique.

Mais en quoi ces mensonges viennent-ils conforter la thèse d'une fausse pandémie, d'une volonté politique cachée, d'une volonté de contrôle ou d'un complot ? Les responsables politiques censés être à la manœuvre, dans un complot mondial, selon les conclusions du documentaire, n'ont pourtant pas été à la hauteur en ne sachant pas gérer correctement leur communication sur la nécessité ou non du masque, en fonction de l'état des stocks et des difficultés d'approvisionnement. Mais ce constat n'est pas fait par le documentaire, qui se contente d'égrener les contradictions dans la communication du gouvernement français ou celle de l'OMS.

Où veut donc ensuite en venir le réalisateur quand il enchaîne avec l'affaire de l'hydroxychloroquine, un troisième mini documentaire dans le documentaire ? Une série d'intervenants, dont l'ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy (qui a demandé à être retiré de la vidéo aujourd'hui, lors d'une interview) prennent la défense de cette molécule censée soigner le COVID-19, selon le — désormais célèbre — professeur Raoult, directeur de l'IHU de Marseille. Le scandale de l'étude bidonnée et publiée par la revue scientifique The Lancet est abordé longuement dans le documentaire.

• A lire sur notre site : Étude retirée du Lancet : la science à l'épreuve des revues scientifiques ?

Tous ces élements — dans cette partie du documentaire — sont parfaitement sourcés, engagent des personnes qui défendent une vision scientifique ou démontrent des points qui n'ont jamais été bien éclaircis dans cette polémique sur l'efficacité ou non de l'hydroxychloroquine. Cette partie n'est pas construite comme d'autres, elle est bien plus classique et "normale". Mais elle contredit la thèse de départ : si l'épidémie n'est pas grave, si les masques ne servent à rien, pourquoi venir défendre un médicament… censé sauver des vies de patients contaminés par le COVID-19 ? S'il n'y a pas de vies à sauver, nul besoin de médicaments…

La subjugation opérée par ce procédé a été étudiée, elle fonctionne excessivement bien sur des millions d'internautes, dont les adeptes de QAnon, de la Terre plate, des théories Illuminati ou celle des reptiliens. Le spectateur pense avoir compris la réalité du complot par lui-même, grâce aux éléments qu'on lui a fourni, dans une sorte de révélation en direct.

Puis des analyses sur la dénonciation de la restriction des libertés causée par l'urgence sanitaire surviennent — encore un autre sujet de documentaire — pour en arriver à une succession de suppositions à base de documents de la CIA, de la fondation Rockfeller et des activités de Microsoft… et plus encore.

Du chaos documentaire… à la démonstration par suppositions et subjugation du spectateur

C'est à partir d'une heure trente de visionnage de "Hold-up, retour sur un chaos" que la sensation de confusion — entretenue par l'empilement des différents sujets s'opposant pour certains les uns aux autres — commence  à s'estomper.
Le documentaire change de registre et rentre dans une nouvelle approche démonstrative, à base de documents écrits, d'extraits d'articles, de sites web, d'archives télévisuelles, le tout commenté par le réalisateur. Le principe de laisser planer le doute, de supposer des intentions implicites à partir de sources diverses, de montrer un faisceau d'indices qui doit permettre au spectateur de comprendre la réalité de fond du sujet, est connu. Il est celui des documents complotistes ou conspirationnistes : aucune preuve ne peut être apportée quant à la véracité de la conspiration, mais celui qui pense l'avoir comprise — le réalisateur —  apporte au spectateur des éléments factuels censés dévoiler cette réalité cachée, à la façon d'un puzzle. "Comment est-ce possible ? Coïncidence ? On va nous faire croire que", etc : tous ces effets envahissent cette partie du documentaire, qui n'en est alors plus vraiment un.

La subjugation opérée par ce procédé a été étudiée, elle fonctionne excessivement bien sur des millions d'internautes, dont les adeptes de QAnon, de la Terre plate, des théories Illuminati ou celle des reptiliens.

A lire sur notre site :

La Terre est-elle plate ? Les "platistes" en sont convaincus

États-Unis : pourquoi les conspirationnistes de "QAnon" inquiètent


Chaque spectateur a l'impression de faire un travail de décryptage en liant des informations — qu'on lui sélectionne — entre elles (toutes allant dans un même sens), créant la suspiscion, puis par étapes, menant à un biais de confirmation qui emporte la conviction dans une forme de "paralysie mentale" : le sujet abordé est tellement grave que le spectateur est emporté par des émotions très fortes qui  le subjuguent. Il pense avoir compris la réalité du complot par lui-même, grâce aux éléments qu'on lui a fournis, dans une sorte de révélation en direct.

Le documentaire "Hold-up, retour sur un chaos" s'enfonce donc, dans sa deuxième partie, dans un maelstrom de documents et d'interventions subjectives indiquant en cascade au spectateur que : "l'épidémie avait été documentée par avance, les firmes les plus puissantes ont travaillé en amont dans l'attente de ce moment, les labos sont à la manœuvre, le virus a été fabriqué par l'institut Pasteur et envoyé dans le laboratoire de Wuhan en Chine, il est breveté depuis longtemps, Bill Gates, la Fondation Rockfeller, les membres de Davos ont un plan machiavélique qui se nomme "Le grand reset" et c'est une dictature mondiale technologique basée sur le sans contact, l'Internet des objets et donc la 5G." Rien que ça.

Sachant que le projet de "Grand reset" (ou grande réinitialisation) face à l'épidémie de COVID n'est pas si secret que ça, puisque le forum de Davos en fait sa publicité sur son site depuis juin. Le réalisateur, lui, en fait une conspiration visant à déclencher une dictature mondiale.

Le goût, l'odeur, la couleur…

La toute dernière partie de "Hold-up, retour sur un chaos" est aussi une montée crescendo vers des révélations aux accents dramatiques, très proche des fictions d'anticipation dystopiques hoolywoodiennes : plus aucune évidence par la preuve n'est apportée au spectateur, mais simplement des conclusions du réalisateur ou celles de nouveaux intervenants plus inquiétants ou déprimés les uns que les autres. Une musique angoissante enveloppe cette dernière partie, où l'on apprend que les grandes firmes du numérique sont à la manœuvre avant même le début de l'épidémie, avec la 5G et l'Internet des objets comme chevaux de troie, que la planète est une vaste salle d'expérimentation, que la dictature au niveau mondial est en cours : la liste de tous les éléments constituant cette conclusion est trop longue, mais elle reprend toutes les théories alternatives de la conspiration au sujet de l'épidémie que l'on trouve sur Internet.

Le documentaire de Pierre Barnérias est une "fabrique de réalité alternative" (…) La réalité des hôpitaux, elle, n'est pas celle des intervenants de "Hold-up, retour sur un chaos", confortablement installés dans un studio et convaincus d'avoir trouvé une "vérité qui serait ailleurs".

Le clou de cette dernière partie — qui n'a plus rien à voir avec le documentaire de départ — est enfoncé par un extrait de conférence de Laurent Alexandre, laissé au jugement d'une sage-femme, qui finit par se mettre à pleurer. Les prophéties eugénistes du médecin urologue, polémiste et ex-patron du site Doctissimo, sur l'élite mondiale, sont prises comme une réalité objective  — atroce — en train de se créer. La très réputée sociologue Monique Pinçon-Charlot vient elle aussi apporter son analyse sur le grand complot en cours, avec une thèse en 2 minutes chrono sur un "holocauste en cours des très riches qui n'ont plus besoin des plus pauvres et vont se débarasser de 3,5 milliards d'entre eux"… Aucune étude ou rapport ne viennent étayer ces affirmations passablement alarmistes et… délirantes de la chercheuse, mais la fiction prospective de ce — très — long document vidéo, n'est plus visiblement à ça près.

L'épilogue du documentaire met en scène une "profileuse" à qui le réalisateur donne la photographie de Laurent Alexandre et d'un médecin de l'administration américaine pour qu'elle donne son expertise à leur sujet. On ne sait plus alors si l'on doit rire ou pleurer face à ce procédé parfaitement décalé, sans aucune valeur informative ni aucun sens journalistique. C'est à ce moment là, très certainement, qu'il est possible de comprendre que "Hold-up, retour sur un chaos" a le goût, l'odeur et la couleur d'un documentaire — comme dans la célèbre publicité — mais que ce n'est pas un documentaire. Alors qu'il dénonce une volonté des médias et des politiques de faire peur aux populations, c'est exactement ce qu'il fait lui-même. Mais de manière déloyale, en mélangeant des procédés propagandistes, d'influence, avec des codes du documentaire tout en prenant en otage le spectateur par des procédés que les pires conspirationnistes utilisent depuis des années, tout en mélangeant le vrai et le faux, des thèses et des anti-thèses…  souvent sans queue ni tête.

En temps normal ce document vidéo n'aurait jamais eu de succès, ni créé de polémique. Il serait resté au fond d'Internet à côté de "la gouvernance secrète  mondiale par les Illuminati" ou autres "révélations sur le plan de diminution de la moitié de la population mondiale par un groupe secret". Sa structure et son message final sont parfaitement parallèles à ces théories qui pulullent depuis des années. Le hic dans le cas de ce document, c'est que 37 personnes dont une partie sont considérées comme sérieuses et qualifiées, sont venues alimenter la théorie du réalisateur. Et comme cette dernière est relayée depuis des mois sur le réseau mondial par des groupes très radicaux et fortement emballés, il semble logique qu'elle se diffuse massivement et puisse emporter l'adhésion d'une partie de la population.

Pour conclure, le documentaire de Pierre Barnérias est une "fabrique de réalité alternative". Ni plus ni moins. Par respect pour les malades, les morts, leurs proches, les personnels des hôpitaux, nous incitons donc en conclusion de ce décryptage de "Hold-up, retour sur un chaos", à visionner ce documentaire de France 5 (en replay durant une semaine) sur les hôpitaux français face à la crise sanitaire du COVID-19 : "Quand l'hôpital retient son souffle".

La réalité, objective, crue, y est filmée : celle d'une épidémie qui touche des vraies personnes, les fait souffrir, les tue, avec des soignants épuisés. Cette réalité n'est pas celle des intervenants de "Hold-up, retour sur un chaos", confortablement installés dans un studio ou leur salon et convaincus d'avoir trouvé une "vérité qui serait ailleurs". Et la vérité des hôpitaux français filmée par France 5 a une qualité indéniable que n'a pas le document de Pierre Barnérias : elle est vérifiable, prouvée et surtout devant nos yeux.
Même si elle est moins excitante, ne développe pas de suspens et surtout, n'est pas très agréable à regarder…

• Documentaire France 5 : "Quand l'hôpital retient son souffle"