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#HomardMaTuer : d'où vient cette phrase raillant le ministre français François de Rugy ?

Sur les réseaux sociaux, le mot-clé #Homardmatuer a fait son apparition en référence à une polémique impliquant un ministre français. Elle est aussi la déformation d'une phrase liée à une affaire de justice bien connue. 
Sur les réseaux sociaux, le mot-clé #Homardmatuer a fait son apparition en référence à une polémique impliquant un ministre français. Elle est aussi la déformation d'une phrase liée à une affaire de justice bien connue. 
©AP Photo/Robert F. Bukaty

Le mot-clé #HomardMaTuer est devenu viral sur les réseaux sociaux ces dernières heures. Il fait référence à la polémique qui fait rage en ce moment autour du ministre François de Rugy et ses somptueux repas aux homards. Ce mot-clé rappelle surtout une célèbre phrase "Omar m'a tuer ". Mais au fait, d'où vient-elle ? Pourquoi contient-elle une faute grammaticale ? Rappel des faits.
 

Ce mercredi 10 juillet, Mediapart a révélé que François de Rugy, a organisé au moins une dizaine de repas fastueux incluant du homard, aux frais du contribuable, lorsqu'il était président de l'Assemblée nationale (entre octobre 2017 et juin 2018).

Le jeu de mots « Homard m'a tuer » est rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux faisant référence à une autre phrase : "Omar m'a tuer" (sic).

L'affaire Omar Raddad

Il y a près de 30 ans, l'affaire "Omar Raddad" avait fait les gros titres de la presse. C'était le 24 juin 1991. Ghislaine Marchal, 65 ans, est retrouvée sans vie, tuée de plusieurs coups de couteau dans la cave de sa villa de Mougins, dans le Sud de la France.

Près de son corps, les policiers retrouvent cette inscription : "Omar m'a tuer" (sic). Une phrase écrite en lettres de sang sur une porte et qui semble imputer le crime à Omar Raddad, son jardinier. Il est alors arrêté et condamné pour ce meurtre, qu'il dénonce comme une grave erreur judiciaire. 

En 1994, Omar Raddad est condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle pour meurtre, sans possibilité de faire appel. Quatre ans plus tard, il bénéficie d'une libération conditionnelle à la suite d'une grâce présidentielle partielle de Jacques Chirac. A ce jour, le mystère qui entoure le meurtre de Ghislaine Marchal n'est toujours pas éclairci.

"Omar m'a tuer" ou "Omar m'a tuée" ?

Depuis, cette inscription est devenue célèbre, en raison de la faute de grammaire qu'elle contient. L'accord correct étant "Omar m'a tuée". En français, la règle est la suivante. Avec l'auxiliaire 'avoir', le participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct (dans ce cas il s'agirait de Ghislaine Marchal) si celui-ci est placé devant le verbe. Dans cette phrase, l'accord du participe passé du verbe « tuer » doit donc être fait au féminin : « tuée ».

Alors Ghislaine Marchal est-elle l'auteure de cette phrase ? Pour les avocats de Omar Raddad, elle est décrite comme une femme éduquée et de bonne famille qui n'aurait jamais pu commettre une telle faute de grammaire. Certains soulignent en revanche que cette faute d'accord est fréquente chez les locuteurs francophones. Quoi qu'il en soit, la phrase est devenue aussitôt le symbole de toute cette affaire criminelle et fait depuis l'objet de nombreux détournements.
 

"Omar m'a tuer", source d'inspiration

Le 17 février 1994, André Rousselet publie une tribune dans le Monde "Edouard m'a tuer", où il rend responsable de son éviction de la présidence de Canal +, le Premier ministre de l'époque : Edouard Balladur. La même année, Jacques Médecin publie un livre dont le titre est Mitterrand m'a tuer

En 2011, on compte déjà pas moins de douze livres publiés dont le titre inclut cette faute grammaticale, dont "Sarko m'a tuer".

28 ans après l'affaire Omar Raddad, la phrase "Omar m'a tuer" continue d'être une source d'inspiration.