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Hong Kong : l'ONG Amnesty International ferme ses bureaux par peur des représailles de Pékin

Un homme passe devant le logo d'Amnesty International dans son bureau de Hong Kong le lundi 25 octobre 2021.
Un homme passe devant le logo d'Amnesty International dans son bureau de Hong Kong le lundi 25 octobre 2021.
©AP Photo/Vincent Yu

Amnesty International annonce lundi 25 octobre la fermeture de ses bureaux à Hong Kong. L'ONG estime qu'il est "impossible" d'y travailler librement en raison de la loi draconienne sur la sécurité nationale imposée l'an dernier par Pékin. Elle dit craindre les représailles du gouvernement.

"Cette décision, prise le coeur lourd, est due à la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong, qui rend impossible en pratique pour les organisations de défense des droits humains à Hong Kong de travailler librement et sans crainte de sérieuses représailles de la part du gouvernement", a expliqué dans un communiqué le président de l'ONG, Anjhula Mya Singh Bais.

L'ancienne colonie britannique restituée à la Chine en 1997 a longtemps bénéficié de son système légal distinct du reste du pays et garantissant la liberté d'expression et de réunion. De ce fait, de nombreuses organisations non-gouvernementales et médias ont choisi la ville comme base régionale.

"Mais le fait que les groupes locaux de défense des droits et les syndicats aient été récemment pris pour cibles est le signal d'une intensification de la campagne menée par les autorités pour débarrasser la ville de toute voix dissidente. Il est de plus en plus difficile pour nous de continuer à travailler dans un environnement aussi instable", a ajouté le président d'Amnesty.

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Amnesty International, présente depuis plus de 40 ans à Hong Kong, y dispose de deux bureaux: sa section locale et son quartier général régional pour l'Asie du sud-est et le Pacifique. La section locale fermera le 31 octobre, et le bureau régional d'ici fin 2021.

Adoptée en juin 2020, la loi sur la sécurité nationale, qui selon Pékin a permis à Hong Kong de retrouver la stabilité après les manifestations pro-démocratie gigantesques et souvent violentes de 2019, a radicalement transformé le paysage politique, culturel et légal du territoire.

L'environnement répressif et de perpétuelle incertitude créé par la loi sur la sécurité nationale rend impossible de savoir quelles activités pourraient conduire à des sanctions criminellesAmnesty International

Le texte punit tout acte constitutif de "sécession", "subversion", "collusion avec des forces étrangères" ou "terrorisme". Rédigé de façon très floue, il rend en fait illégale l'expression de presque toute forme d'opposition. Certains crimes contre la sécurité nationale sont passibles de la prison à vie.

"L'environnement répressif et de perpétuelle incertitude créé par la loi sur la sécurité nationale rend impossible de savoir quelles activités pourraient conduire à des sanctions criminelles", a déploré Amnesty International.

En juillet dernier, le premier hongkongais jugé en application de la nouvelle loi, un serveur de 24 ans, a été condamné à neuf ans de prison pour avoir foncé à moto sur un policier en brandissant un drapeau portant un slogan considéré comme subversif.

Un deuxième prévenu, un livreur de repas de 31 ans, a été reconnu coupable lundi de "sécession" pour avoir scandé des slogans tels que "Libérez Hong Kong, révolution de notre temps", ou encore "Hongkongais, bâtissez votre propre pays".

Incarcéré depuis son arrestation il y a dix mois, le jeune homme, première personne à être condamnée pour une infraction non-violente contre la sécurité nationale, connaîtra sa peine ultérieurement. Il encourt sept ans de prison.

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Les procès en vertu de la loi sur la sécurité nationale se déroulent sans jury et devant des magistrats spécialement sélectionnés par le gouvernement, ce qui constitue une vraie rupture avec la tradition juridique hongkongaise héritée du système britannique. La plupart des inculpés attendent leur procès en prison, la liberté sous caution leur étant rarement accordée.

Plus de 70 personnes, dont une grande partie des activistes pro-démocratie les plus en vue de la ville, ont été inculpées, la plupart pour avoir simplement exprimé des opinions politiques. De nombreuses autres ont fui à l'étranger.

Plusieurs dizaines d'associations et de syndicats de Hong Kong se sont par ailleurs sabordés ces derniers mois de crainte d'être inquiétés par les autorités. Et le principal quotidien pro-démocratie de la ville, Apple Daily, a fermé en juin après l'incarcération de ses dirigeants et le gel de ses avoirs. 

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