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Hong Kong : un système fiscal indispensable à la Chine

La crise politique à Hong Kong impacte les marchés financiers
La crise politique à Hong Kong impacte les marchés financiers
(AP Photo/Kin Cheung)

La crise politique que connaît actuellement Hong Kong, avec des manifestations massives depuis quelques semaines, pourrait aussi avoir des conséquences importantes sur un aspect de l’économie chinoise. 

Longtemps considéré comme un paradis fiscal, Hong Kong a d’ailleurs failli se retrouver sur la liste noire de l’Union Européenne, en 2017. Cette dernière l’en a retiré sous la pression de Pékin. Cette liste a été décidée suite aux scandales des révélations comme les Panama Papers, ou encore Luxleaks. En plus de cette liste noire, l’UE a publié également une liste grise. Dans cette autre liste, 63 pays (ou territoires), dont les gouvernements se sont engagés à réformer leurs pratiques fiscales. Parmi eux, Hong Kong. 

Hong Kong est aussi un des principaux centres financiers d’Asie, et la raison pour laquelle des organismes comme Oxfam International le considèrent comme un paradis fiscal, est sa fiscalité avantageuse pour les société offshores dont les revenus viennent de l’étranger. Le secteur tertiaire représente 80 % de l’économie de l’ancienne colonie britannique et les services financiers, en particulier, sont l’un des domaines de l’activité économique les plus importants. 

Révision de la liste des paradis fiscaux de l'UE

L'UE, par l'intermédiaire de ses ministres des Finances, a donc publié la première révision annuelle de la liste noire des paradis fiscaux, il y a quelques semaines. 18 pays et territoires vont passer de la liste grise à la liste noire, et 23 quittent la liste grise, dont Hong Kong.  L'Union Européenne estime donc que les réformes engagées par la province chinoise sont suffisantes. Selon Oxfam International, certaines de ces réformes sont “inefficaces voire contre-productives”. Pour l’organisme, le fait que l’UE ne considère certains arrangements fiscaux comme dommageables, uniquement quand ils ne bénéficient pas aux entreprises nationales, facilite la sortie de cette liste. Hong Kong est donc parvenu à éviter la liste noire, et à quitter la liste grise en étendant ses “incitations fiscales dommageables aux bénéfices réalisés à Hong Kong, en plus de ceux provenant de l’étranger.” C’est suffisant pour Bruxelles, mais Oxfam s’inquiète plutôt de voir une évasion fiscale à Hong Kong s'accroître. 

Le cadre juridique de Hong Kong est largement inspiré de la “common law” britannique, reliquat de l’ancien statut colonial de la province. Le régime fiscal qui découle de cela, est particulièrement favorable aux entreprises, et aux riches particuliers, en fait l’une des deux places offshores d’Asie (avec Singapour). Il y a près d’un million de sociétés enregistrées dans l'île, dont la grande majorité appartient à des étrangers. Créer sa société offshore à Hong Kong se fait parfois en ligne, en 48h, et ne nécessite que 1000 euros en moyenne. Les capitaux peuvent circuler sans restrictions, et il n’y a quasiment pas de taxes sur les gains financiers, ou les dividendes. Autre avantage, la devise, le Hong Kong dollar est convertible, et adossé au dollar américain. 

Ce système aux antipodes des valeurs du Parti Communiste chinois protège pourtant son petit paradis fiscal qui n’en a plus le nom. L’économie de la Chine a besoin de maintenir en place le système fiscal hongkongais, et sa place offshore. La province sert en effet de soupape à la Chine dont la politique empêche encore les investisseurs étrangers d’accéder aux marchés financiers, et aux entreprises nationales de faire face au défi de la mondialisation.