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Huawei : la saga Meng Wanzhou au cœur de tensions entre la Chine, le Canada et les États-Unis

Meng Wanzhou quitte sa maison pour se rendre au tribunal. Vancouver, Colombie-Britannique, 27 mai 2020.
Meng Wanzhou quitte sa maison pour se rendre au tribunal. Vancouver, Colombie-Britannique, 27 mai 2020.
© REUTERS/Jennifer Gauthier

Nouvel épisode dans la longue affaire qui oppose Chine et Canada : ce mercredi 3 juin, la Cour suprême de Vancouver poursuit la procédure d'extradition de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou. La directrice financière du groupe de télécoms chinois a été arrêtée en décembre 2018, sur demande des Etats-Unis qui réclament son extradition. Depuis, les relations entre Pékin et Ottawa se sont dégradées sur fond de guerre technologique avec Washington. Retour sur cette affaire.

Qui est Meng Wanzhou ?

Meng Wanzhou est la directrice financière de Huawei. Cette citoyenne chinoise de 48 ans est la fille du fondateur milliardaire de Huawei, Ren Zheng, un ancien officier de l'armée chinoise. L'affaire remonte au 1er décembre 2018. Meng Wanzhou est arrêtée à l'aéroport canadien de Vancouver, sur la base d’un mandat des autorités américaines. Elle vit depuis en liberté surveillée dans l'une de ses propriétés, dans l'ouest du Canada. Mercredi 27 mai, la justice canadienne a considéré que la procédure d'extradition vers les Etats-Unis devait se poursuivre. Pékin réclame sa remise en liberté depuis un an et demi.
 

Quels faits lui sont reprochés ?

Meng Wanzhou est accusée de fraude bancaire par les Etats-Unis. Une fraude qui est aussi un crime au Canada. Pour pouvoir être extradée, la cadre de Huawei doit être poursuivie par la justice américaine pour des faits également punissables dans le droit canadien. C'est ce qu'on appelle la double incrimination. Or les avocats de la défense affirment que l'affaire porte sur des violations de sanctions américaines contre l'Iran. Ce qui n'avait pas d'équivalent au Canada au moment des faits reprochés.

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©TV5MONDE / Antoine Fonteneau, Véronique Perez
Washington accuse en effet la directrice financière du géant asiatique d'avoir violé son embargo contre l'Iran en mentant à la banque HSBC sur la relation entre Huawei et Sky Com, une filiale qui vendait des équipements de télécommunications à Téhéran, depuis au moins 2016. La justice américaine l'accuse également d'avoir, via deux filiales, volé des secrets industriels du groupe de télécoms américain T-Mobile.

Ottawa se retrouve donc au milieu de la guerre technologique et géostratégique que se sont déclarés les Etats-Unis et la Chine, avec de lourdes conséquences à la fois diplomatiques et économiques.

 
Le Canada a un système judiciaire tout à fait indépendant de l'ingérence des politiciens, ce n'est pas tout à fait le même cas en Chine.Justin Trudeau, Premier ministre du Canada

Quelles sont les conséquences pour le Canada ? 

Le sort de Meng Wanhzou semble intimement lié à ceux de deux Canadiens, Michael Kovrig, ancien diplomate auparavant en poste dans la capitale chinoise, et Michael Spavor, consultant et homme d'affaires.

Arrêtés en Chine, neuf jours après l'interpellation de la cadre de Huawei, ils sont détenus sur des soupçons d'espionnage. Des détentions jugées "arbitraires" par Ottawa et largement perçues en Occident comme une mesure de représailles.

Pékin a clairement fait comprendre que la libération de sa ressortissante était une condition sine qua non à une amélioration de ses relations avec Ottawa et à la libération des deux Canadiens détenus sur le sol chinois.

Mais au Canada, la demande ne passe pas. "Le Canada a un système judiciaire tout à fait indépendant de l'ingérence des politiciens, ce n'est pas tout à fait le même cas en Chine. Ils ne comprennent pas que nous n'avons pas la capacité ou le désir de nous ingérer dans notre système judiciaire indépendant", a même expliqué le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, lors d'une rare critique directe à l'égard de Pékin, le 21 mai dernier.

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et le Président chinois, Xi Jinping, lors d'une visite officielle en Chine, le 31 août 2016. ©Wu Hong/Pool Photo via AP
Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et le Président chinois, Xi Jinping, lors d'une visite officielle en Chine, le 31 août 2016. ©Wu Hong/Pool Photo via AP


Depuis 2018, les tensions diplomatiques se sont accrues et ont douché les espoirs d'Ottawa de conclure un accord de libre-échange avec Pékin, son deuxième partenaire économique, et ainsi réduire sa dépendance à l'égard du marché américain. Depuis, les exportations vers la Chine n'ont cessé de baisser en raison des tarifs douaniers imposés par la Chine aux exportations agroalimentaires canadiennes.

Le protectionnisme du grand voisin américain nuit également au désir affiché de rapprochement de Justin Trudeau avec Xi Jinping, lors de son accession au pouvoir en 2015. Et de l'avis des experts, la crise sanitaire du coronavirus, dont Pékin est tenue pour responsable par Donald Trump n'arrange rien.


Pourquoi les Etats-Unis s'intéressent particulièrement à Huawei ?

La réponse tient en un chiffre et une lettre : 5G. Alors bien entendu, il y a les soupçons d'espionnage que nous avons détaillés plus haut, mais les rivalités entre Pékin et Washington sur le marché de la 5G expliquent en grande partie ces tensions. Une guerre technologique et géostratégique exacerbée avec l'arrivée au pouvoir du très protectionniste, Donald Trump.

Les Etats-Unis ont fait pression sur le Canada pour qu'il ne s'équipe pas avec Huawei pour le déploiement de la nouvelle technologie mobile. Le géant des télécoms domine le marché du déploiement de la 5G, suivi par les Européens Nokia et Ericsson.
 

De plus, Washington redoute qu'avec la 5G, Pékin puisse perturber ses communications militaires. Et l'administration Trump voit dans Huawei un cheval de Troie. Une méfiance alimentée par le fait que le fondateur de Huawei et père de Meng Wanzhou - Ren Zhengfei - est un ancien officier de l'armée chinoise. 
 

A la mi-mai, Washington a annoncé de nouvelles mesures pour contrecarrer la capacité du géant chinois des télécommunications à développer des semi-conducteurs à l'étranger, grâce à de la technologie américaine.

Dernier épisode en date : le fidèle allié britannique se serait rapproché des États-Unis et du Canada pour former un club de dix pays qui pourraient ensemble développer leur propre technologie 5G et s'affranchir de Huawei. C'est ce que rapporte ce 29 mai The Times.

Les membres du G7 - l'Australie, la Corée du Sud et l'Inde, pourraient en faire partie selon le quotidien britannique. Une option que compterait présenter le Premier ministre britannique, Boris Johnson, au président américain, Donald Trump, avant le sommet du G7 prévu en juin aux Etats-Unis.