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Immigration : la gauche allemande chasse-t-elle sur les terres de l'extrême droite ?

Sahra Wagenknecht lors d'un discours au Parlement allemand, le Bundestag. Berlin, le 27 avril 2017.
Sahra Wagenknecht lors d'un discours au Parlement allemand, le Bundestag. Berlin, le 27 avril 2017.
© AP /Markus Schreiber

Mardi 4 septembre, Sahra Wagenknecht, la coprésidente du groupe parlementaire du parti de gauche Die Linke, devrait présenter à la presse Aufstehen ! (Debout !). Ce mouvement crée la polémique car il propose de durcir la politique migratoire outre-Rhin, au moment où l'extrême droite multiplie les manifestations anti-migrants à Chemnitz. 

Un mouvement en rébellion contre la "bonne conscience de gauche sur la culture de l’accueil", comme le rapporte le quotidien Libération. Voilà comment se présente Aufstehen !, un nouveau rassemblement issu du parti de la gauche allemande anti-libérale Die Linke, dont les présentations officielles avec la presse sont prévues ce mardi 4 septembre. À sa tête, deux figures de proue de l'aile gauche du parti Die Linke : Sahra Wagenknecht, députée du Bundestag, et Oskar Lafontaine, ancien président du SPD.

Ce mouvement détonne car s'il émane d'une formation de gauche, il reprend la rhétorique de l'extrême droite allemande, notamment de l'Afd. L'Alternative pour l'Allemagne (Alternative für Deutschland) est ce parti qui mène les cortèges contre la présence d'étrangers en Allemagne dans la ville de Chemitz, dans le Land de l'ex-RDA, la Saxe. Quatre manifestations en une semaine, dont une rassemblant 8000 personnes, ce samedi 1er septembre. La ville est devenue le théâtre de ces défilés "anti-migrants" après le meurtre d'un Allemand de 35 ans, poignardé par deux personnes le 26 août dernier. Un Irakien et un Syrien ont été arrêtés.

Notre reportage du 27 août 2018 sur les manifestations de Chemnitz :
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© TV5MONDE
Un autre homicide donne du grain à moudre aux mouvements xénophobes en Allemagne : la mort d'une adolescente de 15 ans, poignardée par son ex-compagnon, un demandeur d'asile, qui affirme être afghan. La justice l'a condamné à huit ans et demi de prison ce lundi 3 septembre.


Des positions anti-immigration qui défraient la chronique

Sahra Wagenknecht n'en est pas à son coup d'essai. Déjà en décembre 2016, après l’attentat revendiqué par l'organisation État Islamique à Berlin, la députée surnommée la "Mélenchon allemande" avait dénoncé l’«ouverture incontrôlée des frontières », selon le journal Le Monde.
Cette position anti-migratoire lui avait déjà valu d’être entartée le 28 mai 2016 à Magdebourg, lors du congrès de son parti Die Linke. Alors tranquillement assise au premier rang, Sahra Wagengnecht reçoit en pleine figure un gâteau, violemment envoyé par un militant antifasciste.
 
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À l’époque, la députée appelle de ses vœux la limitation des quotas de réfugiés accueillis en Allemagne. Des propos qui n'ont cessé de faire grincer des dents au sein de sa famille politique.
Aujourd’hui la cinquième force politique en Allemagne, Die Linke a été créé en 2005, suite aux mesures jugées trop libérales du SPD.
Ont participé à sa création des anciens communistes de l'ex-Allemagne de l'est, comme Gregor Gysi, ainsi que des anciens partisans du SPD, et de Gerhard Schröder, chancelier entre  1998 et 2005. Oskar Lafontaine, est l'un des premiers à avoir rejoint Die Linke. Il est aussi à l'initative de Aufstehen !.
 

Un projet controversé au sein même de « Die Linke »

Aufstehen rassemble pour l’instant des personnalités issues de Die Linke, des Verts et du SPD. Lancé sur Internet au début du mois d’août 2018, le mouvement compte pour l’instant près de 36 000 abonnés sur Facebook, et 12 000 sur Twitter.
 
Page Facebook du mouvement Aufstehen !
Page Facebook du mouvement Aufstehen !

Lors de son congrès en juin 2018, Die Linke s’est exprimé pour le maintien d’une ligne « claire et solidaire » avec les migrants. Un pied-de-nez aux déclarations-choc de Sahra Wagenknecht, pour qui « plus de migrants économiques, cela signifie plus de concurrence pour les bas salaires. »
Ces propos, et d’autres, rapportés par le journal conservateur allemand Die Welt (Le Monde) n’ont pas plu à Die Linke. Le parti se désolidarise officiellement de Sahra Wagenknecht, et de ses idées anti-immigration.


"Aufstehen !" n’est pas le projet du parti Die Linke. C’est uniquement le projet d’individus.

Bernd Riexinger, président du parti Die Linke

Dans les colonnes du Frankfurter Allgemeinen Sonntagszeitung, le président du parti Bernd Riexinger, renchérit, et montre son étonnement face à ce nouveau mouvement : "Si je comprends bien, le projet (Aufstehen !) devrait s’adresser à des personnes qui n’ont pas encore quitté leur formation politique, mais qui ont choisi d’autres partis, dont elles sont maintenant déçues".

Car Aufstehen table sur un hypothétique rassemblement des « déçus ». Des écologistes, des ouvriers, voire des citoyens de gauche séduits par les proposition anti-immigration du parti d’extrême droite de l’AFD (l'Alternative pour l'Allemagne). Le tout, à des fins électorales ?
 

La gauche européenne se redessinerait-elle avant les élections européennes de mai 2019 ?

Sur fond de rejet de la social-démocratie, et de la politique migratoire d’Angela Merkel, l’Alternative für Deutschland (AfD) est aujourd’hui la principale force d’opposition au Bundestag (92 sièges), face à la coalition CDU-CSU-SPD (399 sièges), et devant Die Linke, qui n’a obtenu que 69 députés aux dernières élections de septembre 2017.

Sahra Wagenknecht avait indiqué que l'entrée du parti d'extrême droite AfD au Parlement était « le résultat de plusieurs années d’une politique qui a donné aux citoyens le sentiment d'avoir été mis de côté ». Pour la députée, cette situation « a donné naissance à l’AfD ». Avec Austehen, d'aucuns pointent du doigt une volonté de récupérer des voix acquises, jusqu'à présent, à l'extrême droite.

 

"Aufstehen", copie du modèle italien ?

Ce mouvement de gauche radicale, aux idées proches – sur l’immigration- du parti d’extrême droite de l’AFD, n’est pas sans rappeler l'alliance "rouge-brune" en Italie, entre le mouvement 5 étoiles, anticapitaliste, et la Ligue du nord, parti d'extrême droite anti-immigration.